jeudi 30 mars 2023

Vu « Dans la solitude des champs de coton », la pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès mise en scène par Kristian Frédric, des décors et costumes d’Enki Bilal,( le célèbre auteur de BD) et deux acteurs, Ivan Morane et Xavier Gallais dans un « mano a mano » pathétique.

 Une rencontre au milieu de nulle part entre deux inconnus, sont-ce un voyageur et
un autochtone, un vagabond errant et un sage reclus, un vendeur et un acheteur, un dealer et un consommateur ?? On ne sait. Mais leurs âmes dialoguent de choses ô combien sérieuses: le sens de la vie, l’amour et l’amitié, le désir, oui beaucoup le désir, la mort aussi bien sûr…

Et ce dialogue rugueux, poignant, douloureux parfois, est ponctué de divagations de l’un des deux acteurs, le « vendeur », dans la langue araméenne, ce qui ajoute à l’ésotérisme ambiant !
La pièce est longue, deux heures, le texte est âpre, dur, profond, le dialogue tout sauf vif mais plutôt une succession de monologues parfois longs, et on en sort k.o. , abasourdi, assurément époustouflé par la performance des deux acteurs autant au plan physique que sur celui de la diction, et coupable de n’avoir pas retenu le dixième du texte. Il faudra donc y revenir pour avoir un avis plus élaboré. Avec une certitude malgré tout: tout cela n’est pas anodin….

Vu l’exposition-rétrospective d’Elliott Erwitt au musée Maillol.

 Le célèbre photographe franco-américain ( il est né à Paris en 1928 et parle un
remarquable français), qui a dirigé l’agence Magnum, présente une rétrospective de 215 photos soigneusement réparties entre noir ( pour l’émotion suivant ses termes) et la couleur ( pour la description-réalité ). Il y a de l’humour en pagaille dans ces photos et le talent d’un grand maître. Des portraits de Marylin Monroe, Jackie Kennedy, De Gaulle ou Che Guevara et une photo extraordinaire de Khrouchtchev avec Nixon, face-à-face 
dans la foule, l’américain pointant un index presque agressif vers le russe qui tord le nez, résumé incroyable de l’arrogance légendaire de bien des Présidents américains.

Une série étonnante de photos de chiens, drôles, tendres, émouvantes qui en dit long sur l’homme.
Et puis il y a des vidéos où le photographe explique sa façon de faire avec une pédagogie saisissante: quand il cadre , fût -ce des personnages, et qu’il met sur pause en expliquant qu’il « arrive toujours un moment où la vie survient » ( exemples à l’appui) ou bien quand il parle de ses planches de photos « qu’on ne devrait jamais montrer car elles révèlent tout de notre façon d’être et de faire, comme une psychanalyse ».
Une très belle expo, vivante et captivante.

dimanche 26 mars 2023

Lu «  Carnets » de Goliarda Sapienza, paru aux Editions Le Tripode.

Quand l’auteur finit d’écrire « L’art de la joie » en 1976, elle a trente-deux ans et vient de consacrer dix années de sa vie à ce qui sera, bien plus tard, son immense succès.
Elle est épuisée, exsangue financièrement, dépressive…son deuxième mari, Angelo Pellegrino, homme de lettres également, inquiet pour elle, lui suggère de tenir un journal intime en lui offrant un premier carnet. Jusqu’à sa mort en 1996, il va comme cela lui offrir des carnets à remplir régulièrement au rythme de son écriture. Ce sont donc près de 8000 pages réparties sur une quarantaine de carnets qu’il récupérera après la mort de l’écrivaine et qu’il publiera d’abord en deux volumes, puis dans cette édition d’extraits choisis par lui et traduits en français par Nathalie Castagné.

Une page de vie très émouvante d’une femme libre et engagée dans l’Italie des années 1970-90, un journal intime qui porte bien son nom en ce qu’il révèle les tourments profonds de son autrice: tourments d’une féministe assumée qui fait face aux contradictions de sa vie, d’une femme engagée à gauche, de parents socialistes anarchistes face aux ruptures vécues par la Gauche italienne ( et pas seulement elle !) dans la deuxième partie du XXème siècle, tourments d’une femme remariée après un divorce douloureux, qui n’a pas d’enfants, tourments d’une écrivaine qui vient d’achever l’œuvre de sa vie dont les éditeurs ne veulent pas, d’une actrice qui a joué pour Visconti mais ne trouve plus de rôle à son goût, à sa mesure, d’une fille qui voudrait écrire un livre sur sa mère qu’elle vénère mais qui n’y parvient pas, d’une femme dans la difficulté financière qui a connu la prison pour avoir dérobé un collier, tourments, tourments, tourments….il y aurait une thèse de lettres passionnante à élaborer sur les traits d’union, de ressemblance ou de dissemblance, d’inspiration autobiographique directe ou indirecte de Goliarda Sapienza, telle qu’elle se révèle dans ces Carnets et Modesta, son héroïne de « L’art de la joie », deux femmes siciliennes, libres, profondément libres… 

lundi 20 mars 2023

Vu « Mon crime » de François Ozon avec une incroyable pléiade d’acteurs exceptionnels,

 

    depuis Isabelle Huppert en vieille actrice reconvertie en maître-chanteuse, Fabrice Luchini en magistrat en quête de son bâton de maréchal avant la retraite, André Dussollier en industriel inquiet des fréquentations de son fils, Dany Boon en marseillais affairiste à l’accent caricatural, Daniel Prévost en Président de tribunal,
Dominique Besnehard en serveur de restaurant. N’en jetez plus ! La coupe est pleine…..non, pas tout à fait, il manque deux jeunes actrices inconnues ou presque et talentueuses: Nadia Tereszkiewicz et Rebecca Marder, héroïnes de l’histoire. Dans le Paris des années 30, une jeune actrice victime d’un viol de la part d’un producteur est accusée du meurtre de celui-ci, à l’issue d’une enquête bâclée et sans preuve véritable. Elle est innocente mais son amie avocate avec qui elle partage une sous-pente dans un dénuement notoire, la convainc de plaider coupable pour retourner l’accusation et défendre la cause des femmes victimes de viol en plaidant la légitime défense. Et ça marche: fortes de leurs talents d’actrice et d’avocate prometteuses, elles parviennent à convaincre les jurés et elle est acquittée. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, l’acquittement spectaculaire et médiatisé ayant lancé la carrière de l’actrice - et celle de l’avocate !- quand…..une vieille actrice surgit pour revendiquer le crime, jalouse du succès de sa jeune collègue, et les menace d’un chantage lamentable. Le dialogue où Luchini explique à la néo-coupable que l’affaire a été jugée et qu’il n’est plus temps de réouvrir le dossier est un sacré moment de cinéma.

Film savoureux. Du Ozon pur jus, imaginatif, décalé, aux dialogues truffés de répliques aussi inattendues que drôles.
Un bémol , peut-être : c’est tellement burlesque qu’on en oublie la cause des femmes.

samedi 18 mars 2023

Lu « L’art de la joie » de Goliarda Sapienza paru aux Editions Le Tripode dans une traduction de Nathalie Castagné.

 Un sacré pavé que ce roman de 800 pages, pas le genre de livre à emporter en
voyage…Et une sacrée histoire que celle de son auteur, Goliarda Sapienza, sicilienne et fille de deux militants et responsables du parti socialiste italien - du temps de Gramsci - , actrice et écrivaine, qui mit une dizaine d’années à l’écrire ( de 1967 à 1976), sacrifiant tout pour l’œuvre de sa vie, jusqu’à vendre ses meubles et même voler des bijoux et connaître la prison, sans connaître le bonheur de voir ce roman publié de son vivant, les éditeurs considérant qu’il est par trop féministe, libertin, anarchiste que sais-je….Elle meurt en 1996 à 72 ans et son livre ne fut publié qu’en 1998, à compte d’auteur par son mari Angelo Pellegrino, passant inaperçu en Italie.( On découvrit alors que de 1976 et la fin de l’écriture de ce roman et sa mort, pendant vingt ans donc, elle écrivit un journal intime, « carnets », considéré comme sa deuxième grande œuvre) . C’est en Allemagne et en France que «L’art de la joie » connut ses premiers succès en 2005 avant d’être traduit et publié dans le monde entier, devenir un best-seller et…connaître enfin le même sort en Italie.

Ce roman raconte la vie de Modesta, sicilienne comme l’auteure mais née en 1900 soit 24 ans avant elle. Il n’est pas strictement autobiographique mais il s’en rapproche tant, tout du moins à partir de l’adolescence, que la confusion n’a rien d’abusif. Modesta est la fille d’une famille pauvre, très pauvre du centre de la Sicile, tellement pauvre que la charité chrétienne l’accueille dans un couvent où elle noue une relation personnelle intense avec la supérieure. A la mort de celle-ci, Modesta hérite d’une belle propriété qu’elle va rejoindre rompant avec la vie cloîtrée du couvent. Alors va commencer une vie de liberté absolue, une valeur qui va marquer la vie entière de Modesta.
Elle va connaître l’amour, celui des hommes comme celui des femmes, à de nombreuses reprises, avec passion mais sans désespoir, comme une femme forte qui maîtrise son destin. L’amour sans jouissance et la jouissance sans amour. L’amour maternel avec plusieurs enfants, les siens ou ceux de ses proches, et ses petits-enfants, cette grande famille vivant avec elle, autour d’elle et étant rythmée par les départs, les absences, les retours, les querelles, les réconciliations. La terrible difficulté d’être mère, protectrice et tendre autant que distante et respectueuse de la liberté des siens, heureuse de la tendresse, malheureuse de la distance.
Elle va connaître la montée du fascisme de Mussolini dans l’entre-deux guerres et résister avec sa famille imprégnée du socialisme de Gramsci, de communisme et même d’anarchisme.
Elle va connaître la guerre, les soldats allemands en Sicile, l’emprisonnement pendant plusieurs années.
Enfin, elle va connaitre l’apaisement comme libraire à Catane et avec un vieux compagnon.
L’art de la joie ou cette plénitude que donne l’excitation vitale de défier le temps et de le vivre aussi intensément que possible avant que vienne l’heure de la dernière aventure…..
Un très beau livre vous l’aurez compris.

mercredi 15 mars 2023

Deux belles expositions parisiennes:

- « Promenades » d’Eva Jospin au Carreau du Temple, un parcours inspiré des paysages de Champagne, sur les chemins qui joignent les vignobles aux carrières de craie, au croisement du végétal et du minéral. On est au cœur du savoir-faire et du talent de cette artiste qui sculpte les feuilles de carton en les collant dans leur épaisseur pour les transformer en végétaux ou en pierres. Eva, que j’ai connue toute petite, continue de grandir et sa réussite est aussi époustouflante qu’émouvante.

- Chagall , Paris-New York » à l’atelier des Lumières. J’ai déjà dit et écrit ma passion pour le travail de cette jeune entreprise française que j’avais découverte dans les carrières des Baux de Provence et qui, après s’être installée à Paris, est désormais partie à la conquête du monde puisqu’elle a investi dans plusieurs grandes villes françaises et étrangères. Cette technique qui est la leur de projection en multidimension de photos enchaînées et d’illustration musicale originale est très envoûtante. Pour cette expo sur Chagall la réussite est encore au rendez-vous et on passe une nouvelle fois un moment d’extase esthétique. Le petit film sur Paul Klein est moins convaincant.

mardi 7 mars 2023

Quelques milliers de pas effectués sur le pavé de Paris parmi les manifestants, bien nombreux, contre le projet de réforme des retraites.

 J’ai déjà dit pourquoi j’étais délibérément opposé à ce projet profondément injuste, fruit du compromis édifiant entre le pouvoir et sa droite. Quoiqu’en dise ce pauvre Dussopt qui n’en finit pas de son auto-justification de ses reniements, négocier avec Ciotti plutôt qu’avec les syndicats, cela signe une réforme.

Mais ce qui me reste ce soir des échanges avec les manifestants que j’ai côtoyés, ce sont deux choses, révélatrices spectaculaires de la profonde méconnaissance de la société de la part d’un pouvoir enfermé dans sa bulle de certitudes. Ce sont deux sous-estimations majeures:
- celle de l’état d’angoisse économique et sociale des couches sociales les plus défavorisées. Celles-ci, aujourd’hui, ont une angoisse majeure:  tout simplement celle du pouvoir d’achat, de la confrontation à l’inflation, de l’interrogation poignante du « comment finir le mois ». D’où l’allongement considérable des files d’attente devant les restos du cœur et les banques alimentaires. Et c’est le moment que choisit le gouvernement pour dire à ces couches sociales, aux pauvres, qu’il va falloir « faire un effort supplémentaire» ! Invraisemblable.
- celle d’un bouleversement sociologique à l’égard du travail: la pandémie, les confinements, l’apparition et le développement du télétravail, les expériences de semaines de quatre jours démontrent que le « travailler plus pour gagner plus » cher à un ancien président, n’est plus du tout à l’ordre du jour des préoccupations des actifs. Il est en train de se passer des choses très profondes dans la société à l’égard du travail, avec des aspirations croissantes pour le MIEUX plutôt que pour le PLUS. Et c’est le moment que choisit le gouvernement pour dire « circulez, y’a rien à voir, il faudra travailler deux ans de plus »! Invraisemblable.
Le débat n’est pas clos sur la réforme. Et encore moins sur ces sujets de fond.

Vu « The son » ( le fils) le film de Florian Zeller,

avec Hugh Jackman, Laura Dern, Vanessa Kirby et la participation d’Anthony
Hopkins ( dans un rôle beaucoup moins émouvant que dans «  The father », le précédent film du réalisateur). Un drame familial qui se déroule à New York et raconte la douleur d’un adolescent, fils de divorcé, et plus particulièrement son ressentiment profond à l’égard de son père, accusé d’avoir 

« abandonné » sa mère et lui pour refaire sa vie et avoir un autre enfant. Douleur, ressentiment et, au fond, dépression profonde. Le film est réalisé par Florian Zeller «à l’américaine », avec une soigneuse exploitation des bons sentiments et des émotions fortes où le contraste entre les images du passé heureux ( tournées en Corse !) et les pleurs et crises du présent est surjoué. Hugh Jackman est très convaincant en père déchiré et culpabilisé. Mais c’est un film à déconseiller aux parents d’enfants dépressifs… 

Vous avez peut-être vu sur les réseaux sociaux cette vidéo étonnante de la scène finale des obsèques de la Professeur d’espagnol assassinée dans sa classe à Saint-Jean de Luz:

 devant son cercueil placé sur le parvis de l’église de Biarritz, son compagnon entame un solo de danse sur une chanson de Nat King Cole, suivi quelques instants après par quelques amis. Ballet improbable mais surtout émouvant, bouleversant. Absolument bouleversant. 

Je m’interrogeais sur le pourquoi de cette émotion particulière - après tout, des obsèques tristes, et donc émouvantes, c’est bien naturel mais à ce point…- quand Thomas Legrand dans son éditorial de Libé évoque notre monde de violence et d’agressivité, d’anonymat et de mépris dans lequel ce moment est apparu comme un monument d’humanité. 

Oui, d’humanité, simple, naturelle. Explication convaincante. C’est pourquoi, à cet homme en deuil, compagnon d’Agnès Lassalle, on ne doit pas seulement des condoléances mais des remerciements très chaleureux.

Vu « Pour la France », le film de Rachid Hami avec Karim Leklou, Shaïn Boumedine, Lubna Azabal et Laurent Lafitte.

 Encore un film tiré de faits réels, en l’occurrence la mort par noyade de Jallal Hami,
le frère du réalisateur, lors d’une soirée de « bizutage » - parce qu’il faut bien appeler les choses par leurs noms- à l’école militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan où il venait d’être reçu comme élève-officier. « Mort pour la France » ( d’où le titre du film ), c’est la reconnaissance que cherche à obtenir la famille de la victime puisque leur fils est mort sous l’uniforme et dans l’école. Mais la hiérarchie militaire refuse pour des raisons purement juridiques, donc idiotes et choquantes, dans la mesure où cette soirée n’était pas « officielle » au sens militaire du terme….pour information : trois des organisateurs de la soirée ont été condamnés à des peines de prison avec sursis pour homicide volontaire.

Le film, autobiographique aussi est un hommage du réalisateur à son frère disparu et a donc des résonances autobiographiques. 
C’est assez bien fait malgré quelques longueurs et émouvant .

Vu « La syndicaliste », le film de Jean-Paul Salomé avec Isabelle Huppert, Yvan Attal, Marina Foïs.

 Encore un film inspiré de faits réels , l’histoire d’une syndicaliste
CFDT, Maureen Kearney, du groupe Areva, violemment agressée chez elle un soir de 2012 ( c’était hier …) et menacée de récidive si elle continue à s’intéresser au dossier de la négociation secrète Areva-Edf- investisseurs chinois. On y découvre, ahuris, que non seulement l’enquête, menée curieusement, n’a pas abouti mais, pire, que la victime a été accusée de simulation et condamnée à ce titre avant d’être acquittée en appel. 

Un gros intérêt du film est que les personnages de l’affaire sont cités avec leurs vrais noms : on retrouve donc Anne Lauvergeon, patronne d’Areva, virée de son poste par Sarkozy parce qu’elle s’opposait à cette alliance, Luc Oursel, son successeur, mort depuis, plus docile et, derrière tout cela, Henri Proglio, patron d’EDF et son compère Alexandre Djouhri, intermédiaire sulfureux. Résultat désastreux : l’industrie nucléaire française pillée par les chinois…Isabelle Huppert est, comme toujours, magnifique de talent.

lundi 6 mars 2023

Vu « La Nuit du 12 » le film de Dominik Moll tant récompensé aux derniers Cesars, avec Bastien Bouillon, Anouk Grinberg et des acteurs inconnus ( de moi en tout cas ).

 Un film, inspiré de faits réels,  qui est presque un reportage sur une enquête d’une
équipe de la PJ dans la région grenobloise sur le meurtre d’une jeune fille d’une vingtaine d’années brûlée vive un soir tard alors qu’elle rentrait à pieds chez elle après une soirée amicale pas très éloignée. Enquête méticuleuse, interrogatoires diverses, suspects nombreux, écoutes téléphoniques, planques fastidieuses…on vit la démarche des enquêteurs de l’intérieur. Et on vit leur échec puisqu’ils ne trouveront pas le coupable, malgré la relance de l’enquête trois ans après, à l’instigation d’une juge d’instruction accrocheuse. 

C’est interessant et instructif. Mais, comment dire? Ça ne «décolle pas ». Ni dans le suspens, ni dans l’émotion, ni dans le jeu des acteurs assez fade. Bref, on ne passe pas un mauvais moment mais on a du mal à comprendre l’enthousiasme de la profession.

Lu « Français mais pas gaulois » de Daniel Cohn-Bendit et Patrick Lemoine paru chez Robert Laffont .

Le premier des deux auteurs, le plus connu, le «juif allemand» de 1968, écrit une
longue introduction assez intéressante pour dire son bonheur d’avoir obtenu, après bien des vicissitudes, la nationalité française, tout en observant une certaine distance dans son «J’aime la France », distance qui peut paraître gênante quand, parfois, il se laisse aller aux amalgames superficiels du genre «  mais je n’aime pas la France raciste » comme si tous les français étaient racistes. On suppose qu’il peut dire ça de tous les pays. Mais si je savais que lui et moi avions fait une grande partie de nos études supérieures dans la même Université ( Nanterre !) , j’ai découvert qu’on avait aussi fréquenté la même école primaire, celle de la rue Olivier de Serres à Paris dans le XVème arrondissement….sacrées racines communes ! Quant à mon vieux compagnon Patrick Lemoine, marxiste-léniniste de la vieille école, ancien journaliste de l’Equipe, une des meilleures plumes de la presse française ( qui le démontre encore dans ce livre) et mémoire vivante ahurissante de précision de l’histoire de France, contemporaine ou pas, amicale aussi ( genre «  tu te souviens où on était tous les deux le 25 avril 1985 à 18h30?»), il écrit ici une multitude de bio-express de ces personnalités d’origine étrangère qui ont fait la richesse culturelle - au sens civilisationnel du terme- de notre pays : de Marie Curie bien sûr à Pablo Picasso, en passant
 par Joséphine Baker, Zola, Henri Krasucki, IONESCO, Brel, Romy Schneider ou ….Rachida Dati. La démonstration d’ordre idéologique pour la défense de l’immigration est imparable mais, on le voit, les apports culturels ou civilisationnels de ces personnalités sont d’ordre très divers !

Amusant à lire.