lundi 16 octobre 2017

Alma de JMG Le Clezio

Oui, il faut lire " Alma" , le dernier roman, paru chez Gallimard,  de notre prix Nobel de littérature ( je dis "notre" comme tout français fier de ses écrivains..), JMG Le Clezio. 
Il faut le lire parce que c'est de la bonne littérature, de la très bonne. De la belle écriture, un langage riche, une syntaxe originale. Il faut le lire qu'on connaisse l'Ile Maurice pour s'y replonger, ou qu'on ne la connaisse pas - ce qui est mon cas, à mon plus grand regret, et qui mérite vraiment réparation !- pour la découvrir . Pour admirer sa géographie,  la mer et ses lagons turquoise, mais surtout la forêt si dense, riche, puissante. Pour apprécier sa Culture, mélangée, métissée. Pour s'émouvoir de cette histoire douloureuse, celle de l'esclavage et de la traite des noirs. 
Un livre d'ambiance construit intelligemment et tout en sensibilité autour de deux héritiers lointains d'une même famille, l'européen éduqué qui revient sur la terre de ses ancêtres pour comprendre, et " Dodo" le vagabond qui porte le nom de l'oiseau géant et mythique de l'île , mi clochard-mi artiste, simple d'esprit au visage dévoré par la lèpre. Le dialogue à distance de ces deux sensibilités et d'une grande beauté.

samedi 7 octobre 2017

Le moment Macron de Jean-Noël Jeanneney

Il faut lire " Le moment Macron" de Jean-Noël JEANNENEY, qui parait ces jours-ci au Seuil mais que l'auteur a eu l'amitié de m'offrir en primeur et que j'ai dévoré avec ravissement avant de le relire stylo en mains. Il faut le lire non pas parce que son auteur est mon ami et qu'une vieille complicité politique et personnelle me lie à lui, ce qui ne suffit pas, j'en conviens , à assurer une qualité littéraire et culturelle au- dessus de la moyenne. Encore que...
Non, il faut le lire parce que c'est le produit du regard d'un historien sur l'actualité . Le produit de la réflexion et de l'analyse d'un historien remarquable, amoureux par nature du temps long sur un temps court où trop d'entre nous se précipitent vers les jugements hâtifs. Bref, pour une fois, une très très rare fois depuis la disparition de De Gaulle et Mitterrand, le produit d'un regard "longtermiste" sur une conjoncture politique et des débats tellement "courtermistes".
Disons tout de suite que, justement parce qu'il est longtermiste et se garde de jugements hâtifs, l'auteur est, globalement, d'une grande bienveillance à l'égard du Président élu il y a 5 mois. "Ne nous hâtons pas de juger, laissons-lui le temps". Soit. Mais disons aussi que, du coup, ses flèches en sont d'autant acérées ! Qui aime bien châtie bien...J'y reviendrai. 
Alors, retenons de ce voyage dans l'histoire pour retrouver des ancêtres du "moment Macron", que l'auteur balaye aussi bien Napoleon - n'a-t-on pas déjà abusé de cette comparaison à propos de Sarkozy ?- que De Gaulle ( qui fut  d'abord Président du Conseil et provoqua un premier bouleversement institutionnel avant sa présidence ), pour retenir deux références historiques : sur le fond, le " Saint-simonisme ", glorification des créateurs et des entrepreneurs (mais qui n'oublia point les pauvres et les démunis, lui) , et sur la forme...Waldeck Rousseau ! Le chef du gouvernement de 1899 à 1902, qui gouverna à partir de la "concentration " des forces de droite et de Gauche. Passionnant rapprochement.
Il y a tant à dire sur cet essai. Retenons peut-être que des flèches acérées auxquelles je faisais allusion, on peut tirer une cohérence : c'est bien la Culture républicaine qui manque le plus dans ce pouvoir quand on enfourche par trop les chevaux de l'antiparlementarisme, ceux du "management " et, à certains égards, ceux du communautarisme bien peu laïque.
Mais gardons-nous de toute hâte et donnons du temps au temps avant de juger. " En même temps " ( il faut bien céder à la mode !) , certains signes.....

lundi 2 octobre 2017

Ce matin , j'écoute France Inter et l'émission d'Augustin Trappenard, un homme qui fait beaucoup plus pour la diffusion de la Culture que bien des professionnels de celle-ci, dont l'invité est Yves SIMON, le poète, compositeur et chanteur, romancier aussi, que je connais depuis bien longtemps et que j'ai perdu de vue ce que je regrette beaucoup.       ( Yves, si tu m'entends..) . Augustin demande à Yves de lire son texte " Les gauloises bleues", joli moment. Mais le meilleur est à venir : après cette lecture vient la chanson reprise par une jeune chanteuse, de moi inconnue, " Clou" . Une voix limpide, musicale , gracieuse, intelligente sur ce beau texte. Un moment de grâce.

Hier, je vois " Nos années folles ", le dernier film d'André Techiné avec Pierre Deladonchamps et Céline Salette. Paris, 1916 : Paul qui est au front depuis deux ans , déserte. Sa femme le cache dans leur cave et résiste aux inquisitions de la police. Mais il étouffe et elle imagine alors un stratagème pour lui permettre de sortir : le travestir en femme. Paul devient Suzanne. Et il fréquente, chaque nuit, le bois de Boulogne et les nuits de débauche parisiennes. Quelques années plus tard, amnistié, il tente de redevenir Paul. Mais , entre temps, il est vraiment devenu Suzanne et tout se dérègle dans sa vie... un scénario bien intéressant, des acteurs de qualité. Pourquoi l'émotion est-elle si absente ?

mercredi 27 septembre 2017

Lu "Le jour d'avant" de Sorj Chalandon paru chez GRASSET.

 Sorj Chalandon est une belle personne, journaliste humaniste et progressiste , longtemps à Libération, et désormais au Canard Enchaîné où, chaque semaine, il nous recommande une émission de télévision intelligente . 
Il démontre depuis longtemps une sensibilité et une qualité d'écriture qui font les bons écrivains. Ce "jour d'avant" est un livre noir, sombre ,triste qui tourne autour de la tragédie minière de Lievin en 1974 qui tua 42 mineurs , et  raconte l'histoire d'une famille d'agriculteurs dont le fils aîné était mineur dans cette fosse et mourra deux jours plus tard, peu de temps avant le suicide du père . Le petit frère va porter tout ce poids sur les épaules . Il part du bassin minier pour devenir chauffeur routier et épouser une institutrice pour un mariage doux et harmonieux. Mais sa femme, Cecile, va mourir d'un cancer et cette rupture douloureuse dans sa vie va provoquer son retour vers le bassin minier animé d'un fort sentiment de vengeance qui ne l'avait jamais quitté . La vengeance, que l'on voit venir violente, va buter sur deux difficultés qui révèlent une sorte de Mythomanie visant à transformer l'histoire et donner de la cohérence à la démarche : le message posthume du Père et les conditions réelles de la mort du frère. 
Du coup, c'est l' étude psychologique du petit frère vengeur qui fait l'intérêt de la fin de ce très beau livre.

lundi 25 septembre 2017

Un week-end politique bien dense.

Mélenchon qui dérape encore avec ses amalgames , qui ne sont sans doute qu' oratoires mais qui troublent profondément un esprit républicain normalement constitué.Franchement, mettre Juppé, le CPE et les nazis dans la même phrase c'est , au minimum, terriblement maladroit .Et dire que c'est la rue qui a eu raison de ces derniers, est une appréciation historique bien hasardeuse...
Des Sénatoriales où le "ni droite ni gauche"  ( à moins que ce ne soit et droite et Gauche...) semble laminé, où le vieux clivage droite-Gauche réapparaît et où, dans mon département, la Gauche rassemblée fait un carton . " Dernier soubresaut du vieux Monde " comme dit mon amie Bariza Khiari, ou bien début de la fin d'une parenthèse. Soyons prudents...
Mais c'est vers  le domaine du logement social que vont mes préoccupations les plus graves du moment. Il est vrai que je préside - bénévolement , je préfère le préciser par les temps qui courent !- l'Office départemental de l'Habitat des Hautes Pyrénées, petit Office de moins de 8000 logements, qui en construit 130 à 150 et en rénove 2 à 300 par an. Un organisme d'assez petite taille auquel je suis très attaché, y compris parce qu'il a failli mourir il y a une vingtaine d'années après une crise d'une grande gravité et que , patiemment , avec ses personnels, nous avons redressé . Il dégage ces dernières années 3 à 4 millions d'euros de résultat, ce qui prouve sa bonne gestion . Et que croyez-vous qu'il fît de ses résultats ?  Eh bien, c'est assez simple: d'abord il pense à ses locataires qui sont pour une grosse majorité aux minimas sociaux - ce qui prouve que nous sommes un organisme plus social que la moyenne- en gelant les loyers depuis plusieurs années ; ensuite il pense à ses personnels dont la grille salariale est loin d'être exorbitante en leur distribuant un intéressement; enfin, il réinvestit tout dans l'économie locale du bâtiment en construisant et rénovant les logements affichés plus haut. C'est un modèle économique assez simple et opérationnel. 
Et voilà que ce gouvernement nous annonce des mesures très dirigistes de baisse des Aides Personnalisées au Logement ( la fameuse APL) et, concomitamment , des loyers " afin que , dit-il, les locataires ne soient pas pénalisés ". Soit. Qui donc va payer ces mesures ? Les bailleurs sociaux...
Je veux dire ici avec la plus grande modération mais , en même temps ( pour employer le balancier macroniste !) toute la force de mes convictions, ce que je pense de ces annonces.
D'abord sur la forme : aucune, mais alors aucune concertation, aucun dialogue,  avec les bailleurs sociaux, ce qui me paraît relever des modes de gestion du vieux Monde.Nous, bailleurs sociaux, nous apprenons tout ça dans la presse...
Ensuite, aucune évaluation de la situation concrète du logement social dans notre pays, ce qui me paraît aussi très archaïque : sachez que ces mesures ne toucheront pas le parc privé mais seulement le logement social et, dans celui-ci, d'une façon indifférenciée les gros organismes avec d'importantes réserves et les petits qui se battent avec de faibles moyens, ceux qui jouent trop facilement avec les loyers et ceux qui font preuve d'une grande modération, ceux qui touchent un public très social et ceux qui "sélectionnent" leurs locataires ...
C'est ma troisième critique de forme : l'absence d'évaluation entraîne le manque de différenciation . Allez ouste ! Tout le monde dans le même sac ! L'amalgame aussi relève  du vieux Monde, la gestion moderne est plus fine, elle différencie...
Sur le fond , ma première remarque sera d'ordre philosophique : je ne vois pas celle qui se cache derrière ces mesures. Je vois des chiffres assénés, des ratios, des critères, des objectifs mais je ne vois pas l'humain, les locataires en particulier , ceux que nous côtoyons tous les jours. Or, la politique, dans le logement aussi, c'est d'abord le service de ses concitoyens. Où est-il en la circonstance ?
Ma deuxième remarque de fond tient aux conséquences qu'auront ces mesures sur un organisme comme le nôtre : en première approche, un résultat d'exploitation réduit à zéro, le juste équilibre et , donc, l'arrêt total de nos constructions neuves et de nos rénovations. Est-ce bien cela que le gouvernement recherche ? On a du mal à l'imaginer.
Ma troisième et dernière remarque sera  la plus constructive possible : le gouvernement veut faire des économies ? Qu'il nous les demande !! Je vois trois pistes  possibles : le calcul de l'APL sur les revenus de l'année n plutôt que n-2 , qu'il propose est une bonne idée ; lutter contre la fraude à l'APL ( il ne le propose pas mais il a tort; même s'il ne faut pas en attendre des milliards, c'est une question de morale publique. Or, la CAF qui distribue ces aides ne veut ou ne peut les contrôler); enfin, la baisse des loyers , différenciée et négociée dans notre parc de 8000 logements , nous savons où il nous faudra le faire , non pas par idéologie mais parce que la situation du marché l'impose) .Il suffit de nous le demander et de nous y inciter .
Sur tous ces sujets, je voudrais tant que le dialogue s'instaure et que la raison l'emporte. J'y suis disponible.

lundi 11 septembre 2017

Comme ça, s'octroyer trois jours de trêve culturelle, histoire de s'enrichir sans réserve :

- ça commence par l'expo des portraits de Cézanne au musée d'Orsay. Même si le peintre impressionniste d'Aix-en-provence est plus connu et apprécié pour ses paysages et notamment ceux de la Sainte Baume, cette galerie de portraits à quelque chose de bien intéressant. En particulier les nombreux portraits de sa femme, si différents qu'on se demande si cette femme avait tant de visages ou, plutôt, si Cezanne le tourmenté l'a vu avec tant de regards...
- ça se poursuit, puisqu'on est avec les impressionnistes, par une escapade de 24h à Auvers sur Oise. Histoire de voir la chambre de Van Gogh, celle où il mourut, les tombes de Vincent et Théo, l'église du village dont le tableau a fait le tour du monde, l'atelier de d'Aubigny, la maison du bon docteur Gachet...une belle promenade dans les rues bien préservées de ce petit village
- ça continue avec la lecture de "Ma mère cette inconnue" , de Philippe Labro paru chez Gallimard. On connaît Labro, pétri de culture américaine , journaliste libéral au sens politique du terme , et humaniste souvent tenté par l'autobiographie. Le romancier prolixe qui avait si bien raconté sa vie d'étudiant ou la terrible dépression qu'il avait traversé, raconte ici sa mère Netka, petite fille abandonnée d'origine polonaise. Un portrait de grande tendresse.
- et ça se termine par une cure de cinéma : " 120 battements par minute" de Romain Campillo, qui raconte de l'intérieur, la vie de l'association "Act up" au début des années 90, que je qualifierais presque de "film d'histoire contemporaine" relatant les épisodes douloureux des débuts de l'épidémie du SIDA en France. Parfois irritant, très poignant en tout cas . Puis " Barbara" de Mathieu Amalric avec le même et Jeanne Balibar, un film original qui n'est pas un biopic mais une " variation autour du biopic". Bien  fait et parfois troublant tant on se demande souvent si c'est la chanteuse ou la comédienne  que l'on entend. Intéressant. Enfin, "Petit paysan" de Hubert Charuel avec Swann Arnaud et Sara Giraudeau, l'histoire d'un éleveur de vaches laitières qui tue, en cachette,  l'une de ses vaches atteinte de la vache folle pour éviter que son troupeau ne soit totalement abattu. Mais sa sœur est vétérinaire...Pour avoir vécu ce drame comme Ministre de l'Agriculture, j'ai traversé cette histoire, silencieuse et triste,  avec gravité.

vendredi 8 septembre 2017

Je connais bien Saint-Martin , cette drôle d'île je nous partageons avec les Pays-Bas.

Une petite île d'ailleurs, pas très jolie mais entourée de son archipel de grande beauté : Anguilla, Tintamarre, Fourchue, Saint Barth....
Nous, les marins, nous aimons mouiller notre ancre après une longue traversée dans ces eaux turquoises, devant ces cocotiers. 
J'y compte des amis, de bons amis. 
Et je suis depuis deux jours, comme beaucoup de français, en sidération devant le désastre engendré par Irma, le cyclone...
Sidéré et triste pour cette population . Désolé et solidaire. Disponible et attentif.
Il faut savoir qu'aux Antilles, la population a la culture du cyclone en elle. Elle en a vu tant. Elle s'y prépare. Elle sait comment agir. Sauf que là.... Lá, ça  a atteint un degré jamais connu  depuis des décennies . Il faut, il faut absolument que l'on en tire toutes les leçons : sur le réchauffement climatique, bien sûr, puisqu'il est au cœur des mécanismes cycloniques par le réchauffement de l'eau des océans ; mais aussi sur l'urbanisme des bords de mer.Il y a tant à faire.. Mais aujourd'hui, compassion.

lundi 28 août 2017

Lu "Rue de la sardine" de John Steinbeck paru chez Gallimard, collection Folio

Je n'avais jamais lu de livre du romancier américain, prix Nobel de littérature des années 60 et j'ai voulu corriger ce manque cruel dans ma culture personnelle. 
"Rue de la sardine" se passe à Monterey en Californie, dans ce port de pêche où la vie est rythmée par les retours des bateaux de pêche, les soutes pleines de sardines, et l'activité adjacente des usines de conditionnement des pêcheries. Cette rue est un monde à elle toute seule , avec son commerçant chinois, son bordel, son vieux sage , " le doc" , et son terrain vague avec ses zonards plus ou moins douteux. C'est un livre d'ambiance d'une belle richesse de descriptions diverses des personnages et des lieux. De la littérature de qualité. 

vendredi 25 août 2017

Lu aussi:

" Sauver l'Europe ! " de Hubert  Vedrine aux éditions Liana Levi ( petite maison d'édition courageuse et sympathique où j'avais publié " La Joconde et PLATINI " dans les années 80...).


Hubert Vedrine, que je connais bien, puisque nous avons travaillé ensemble pendant des années à l’Élysée d'abord auprès de François Mitterrand, puis au gouvernement aux côtés de Lionel Jospin, est un européen convaincu. Mais il n'est pas un " européiste " , c'est le moins que l'on puisse dire. Il considère même que les  européistes, ces béats élitistes de l' Europe, sont les principaux responsables de la crise profonde que traverse l'Europe. Parce qu'à force de foncer têtes baissées dans toujours plus d'Europe, plus d'élargissement, plus de transferts de compétences, sans lever la tête et , surtout se retourner, ils n'ont pas vu que les peuples ne suivaient plus . Parce qu'à force de concevoir cette Europe élitiste qui dénigre tous ses critiques en les traitant de souverainistes ou de populistes, ils n'ont pas vu la révolte démocratique venir, celle qui a provoqué le résultat du référendum de 2005, celle du Brexit.
Hubert dénonce tout cela avec force.
Mais il propose aussi un schéma de sortie de crise autour du triptyque " Pause-conférence-refondation" qui ne manque pas d'ambition.

Lectures de vacances, bien sûr :

1. " Les mémoires de la Méditerranée" de Fernand Braudel, aux éditions Fallois, paru en 1998. Un livre que j'ai trouvé dans la bibliothèque de la maison de Bretagne  de mon regretté père. Un livre qui fait écho à celui de l'ami Daniel HERRERO ( " Mes Méditerranées ") dont je relatais la lecture il y a peu dans ces pages. Il y fait écho car Braudel écrit que " sur l'immense passé de la Méditerranée, le plus beau témoignage est celui de la mer elle-même (...) Bien sûr, elle n'explique pas tout , à elle seule, d'un passé compliqué construit par les hommes (...) Mais elle restitue patiemment les expériences du passé, leur redonne les prémices de la vie , les place sous un ciel, dans un paysage que nous pouvons voir de nos propres yeux, analogues à ceux de jadis. Un moment d'attention ou d'illusion : tout semble revivre." La terre vue de la mer , telle celle du marin, différente et complémentaire de la mer vue de la terre, celle de Daniel le terrien. Le travail de Braudel porte sur la préhistoire et le monde antique, c'est à dire toute la période d'avant la naissance du calendrier chrétien. On y trouve des traces de géographie et, notamment, des phénomènes volcaniques - Ah ! Le tremblement de terre de Santorin...quel séisme ! - , une étude passionnante de la naissance de la mer vue à travers les bateaux de guerre ou de commerce, et , bien sûr, la succession des civilisations, la Crête d'abord, les Phéniciens, , les Étrusques, Athènes et Rome.  À travers ce travail si riche et passionnant, ce qui m'a frappé, c'est la mise en valeur du caractère exceptionnellement " carrefour " de cette mer : frontière du Nord et du sud, de l'Europe et de l'Afrique, elle l'est aussi de l'Occident et de l'Orient. Sur ces frontières-là, des migrants , il y en eut et beaucoup depuis des siècles et des millénaires, on semble l'avoir oublié . Ce double carrefour, c'est tout ce qui fait la complexité ..et le charme de la Méditerranée.

2. "Fendre l'armure" de Anna Gavalda, aux éditions Le dilettante, paru au printemps dernier.Un recueil de sept nouvelles. Des nouvelles inégales,  par leurs longueurs et leurs qualités mais qui ont toutes un point commun : leur auteure, avec son écriture soignée qui se lit facilement, et surtout cette sensibilité particulière qui peut la rendre aussi bien drôle qu'émouvante voire bouleversante. Cette romancière contemporaine  qui m'avait beaucoup intéressé  avec son " Ensemble c'est tout" poursuit son chemin de qualité.


3. " Les jours de mon abandon" de Elena Ferrante, traduit de l'italien par Italo Passamonti - remarquable traduction dans un français très riche - , dans la collection Folio de Gallimard. En attendant ( avec impatience !) le quatrième tome de " L'amie prodigieuse", j'ai trouvé et lu ce roman de l'auteure italienne qui date de 2004. L'histoire douloureuse d'une femme de 38 ans, vivant à Turin avec un mari cadre supérieur et deux enfants en bas âge, qui apprend du jour au lendemain que son mari la quitte. J'allais dire " une histoire banale ". Sauf que l'histoire de cette femme, de son naufrage , la mène aux frontières de la folie. Sauf,  aussi,que l'écriture et la sensibilité d'Elena Ferrante, avec son féminisme subtile et bouleversant , en fait un livre très attachant. 


4. " Cezanne"  de Bernard Fauconnier dans la même collection , Folio, de Gallimard. Une biographie fort bien faite du grand peintre Aixois, caractériel notoire au point que beaucoup le disaient fou. J'en retiens, entre autres choses passionnantes, deux faits étonnants : d'abord sa longue amitié avec Émile Zola, amitié née dans l'enfance du collège d'Aix en Provence. Amitié nourrie dans les difficultés rencontrées par l'un et l'autre à percer, chacun dans sa discipline. Amitié ressentie par Cezanne jusqu'à la mort de l'écrivain , même si les écrits de celui-ci dans " l'œuvre" , particulièrement durs pour le peintre et ses amis impressionistes, ont sonné comme une trahison . L' autre fait que je retiens,c'est que  Cezanne a commencé par être recalé au concours des Beaux Arts à Paris, avant que ses toiles ne soient refusées plusieurs années de suite au Salon officiel des peintres , organisé par les responsables de l'empire. Il faut dire que, dans ce traitement paradoxal et à bien des égards scandaleux, il était en très bonne compagnie : Manet, Monet, Renoir, Pissaro... perspicacité des responsables culturels de ces temps !

jeudi 29 juin 2017

Vu, à Chaillot, le dernier spectacle du Nederlands Dans Theater.


Le NDT est, assurément, l'une des meilleures compagnies de danse contemporaine au monde, longtemps dirigée par Jiri Kylian, chorégraphe exceptionnel, et désormais menée par Sol León et Paul Lightfoot, deux anciens danseurs de la compagnie. Le spectacle présenté est composé de trois ballets, deux créés par ces deux chorégraphes et l'un par Crystal Pite, la chorégraphe de Vancouver qui  nous a tellement éblouis l'an dernier avec " The Seasons'Canon " créé pour l'Opéra de Paris.
- "Safe as Houses" de León et Lightfoot est, comme les deux autres ballets, magnifiquement dansé. Mais il est  décevant parce qu'un peu esclave de son décor, un mur tournant autour d'un axe un peu comme l'aiguille d'une grosse horloge. Ce décor tournant est obsédant et obère les mouvements des danseurs qui passent au second plan, en même temps qu'il empêche le déploiement d'une chorégraphie construite.
- " In the Event"  de Crystal Pite est plus intéressant et abouti. Huit danseurs, hommes et femmes, forment un groupe très "soudé" physiquement, formant chaîne ou bloc compact, réagissant à des impulsions comme des décharges électriques issues d'un orage qui gronde. C'est bien fait, harmonieux et toujours magnifiquement dansé.
- Mais le clou du spectacle vient en troisième, avec " Stop-Motion " de Sol León et Paul Lightfoot à nouveau, d'une formidable harmonie,  pour huit danseurs et des pas de deux qui se succèdent sur une musique de Max Richter très apaisante. Remarquable ballet.

lundi 26 juin 2017

Vu « Le vénérable W »

Vu « Le vénérable W », film-documentaire de Barbet SCHROEDER avec un texte lu par la femme du réalisateur, Bulle OGIER.
Le vénérable « W » en question est un moine bouddhiste dénommé WIRATHU et il anime, en Birmanie, un mouvement bouddhiste qu'on peut qualifier d'intégriste et violent contre la présence d'une communauté musulmane dans plusieurs provinces de la Birmanie. Depuis quelques années, c'est une véritable guerre des religions, terriblement violente, avec des centaines de morts (certaines images du film sont insoutenables) qui oppose là-bas, sans que la communauté internationale ne s'en émeuve vraiment, ces deux communautés.
Trois réflexions :
- je croyais le bouddhisme être une religion de non-violence … erreur. Elle a donc son intégrisme violent, terriblement violent et ce WIRATHU est un fasciste véritable.
- le discours de cet homme et ses proches, « on n'est plus chez nous », « ils portent atteinte à notre identité », « ils nous volent nos emplois », rappelle d'autres discours …
- tout cela se fait sous les yeux passifs d'un régime toujours militaire dont « la grande dame », AUNG SAN SUU KYI semble malheureusement otage.

vendredi 23 juin 2017

Les récentes mésaventures de François Bayrou et sa conférence de presse tonitruante d'hier, ont relancé le débat sur cette sacro-sainte transparence que l'on met à toutes les sauces.


« Le peuple exige la transparence de ses élus" crient les commentateurs, plus exigeants avec les autres qu'avec eux-mêmes, quand tel ou tel philosophe dit ses craintes devant une "dictature de la transparence" qui menacerait nos libertés individuelles et collectives. Eh bien ! Si ce débat vous intéresse et il est, de fait, intéressant, vous pourrez aller voir bientôt "The Circle ", le dernier film de James Ponsoldt avec Tom Hanks et Emma Watson, que j'ai pu voir hier soir en avant-première. Ce n'est pas, à proprement parler, un film de fiction mais plutôt d'anticipation : il se passe à San Francisco dans ..."quelques" années, mais peut-être pas tant que ça, dans une grande entreprise mondialisée du type GAFA.  Et, justement, The Circle - c'est le nom de l'entreprise en question parce que son siège social est construit comme un immense cercle - fait de la transparence l'alpha et l'oméga de son projet qu'il faut bien qualifier d'idéologique autant que d'économique, cette transparence étant selon elle  la condition incontournable des libertés, de la démocratie et de la sécurité. Rien que cela. Sauf que...sauf que, bien sûr, rodent derrière tout cela des risques, de vrais risques qui touchent à ce qu'on peut bien qualifier de totalitarisme. Risques que la jeune Mae, magnifiquement jouée par Emma Watson, va prendre en pleine face.


vendredi 16 juin 2017

Lu "Mes Méditerranées" de Daniel Herrero

Lu "Mes Méditerranées" de Daniel Herrero, aux éditions de l'Aube. Petit livre d'entretien avec José Lenzini sur la thématique des racines, de la nature profonde et de la Culture méditerranéennes de l'auteur.
Daniel est un ami et je n'en parlerai pas avec la moindre objectivité. Il est venu du rugby avec le talent et la réussite que l'on sait, pour en arriver au voyage à travers le monde et au goût profond du récit, oral ou écrit , avec la passion de la transmission, de l'échange.
Sa famille était espagnole, immigrée de la 3eme génération pour ce qui le concerne. Une immigration économique, celle de la pauvreté, qui s'est d'abord posée sur les terres du Languedoc avant de rejoindre Toulon , "sa" ville. Daniel est espagnol, occitan, provençal et , donc, méditerranéen dans le fond de l'âme. Il raconte ici ses Méditerranées, qu'il connaît si bien pour en avoir arpenté tous les rivages avec gourmandise depuis des années. Car Daniel est un très beau voyageur, celui de la solitude ou des petits groupes, celui des trecks et des bivouacs, des levers et des couchers de soleil, celui du goût des autres et de l'échange, de l'ouverture à l'altérité enrichissante, qu'il traduit dans des carnets de voyage avec des croquis très spontanés et riches. Mais, curiosité, Daniel n'aime la Méditerranée que pour ses rivages, ce qui est déjà beaucoup, mais sans attirance pour le large et les bateaux qui peuvent la sillonner. Je l'y ai attiré, pourtant, une ou deux fois, avec prudence. Je crois qu'il n'a pas autant détesté qu'il y paraît. Et je ne désespère pas de revenir à la charge pour un projet ambitieux, auquel il fait indirectement allusion dans ce livre : remettre nos pas dans ceux d'Ulysse....compagnero, porque no ?
Il faut accepter la défaite, la reconnaître honnêtement.
Il faut respecter le verdict des urnes, le choix des électeurs.
Il faut savoir perdre, avec dignité, avec élégance .
Tout autre commentaire risquerait de verser dans l'amertume, la vanité ou l'aveuglement.
Une nouvelle vie commence !

mardi 13 juin 2017

lundi 15 mai 2017

Je souris, mi-ironique mi-indulgent...




Je souris, mi-ironique mi-indulgent, quand je vois que la grande vague de " dégagisme " 

qui a ravagé le débat politique pendant l'élection présidentielle, et dont je croyais qu'elle était essentiellement l'apanage de Le Pen ou de Mélenchon, a désormais gagné largement les responsables du nouveau parti présidentiel. Ainsi donc le "sortez les sortants" devient le nouveau slogan à la mode.

Je souris, mi-ironique mi-indulgent devant cette poussée de  " jeunisme " selon laquelle du passé il faudrait  donc faire table rase, comme si le futur d'un pays, d'une société , ne pouvait se construire que dans le reniement de son passé, de son histoire, comme si l'expérience n'était plus une vertu mais une tare indélébile...

Je souris, mi-ironique mi-indulgent, d'entendre le Président de la commission d'investiture du nouveau parti présidentiel, expliquer fraîchement du haut de ses 70 ans et de ses 34 ans de mandats électifs locaux et nationaux, que l'élu ancien et expérimenté, voilà l'ennemi ! 

Je souris, mi-ironique mi-indulgent, quand je vois que se multiplient les "couacs" dans ces investitures, là  un conseiller du président-sortant  qui renonce, ici un député socialiste qui dément, là un candidat dénoncé par le Crif , ici un président de club de rugby qui dément , comme quoi le neuf n'est pas toujours professionnel...

Je souris, mi-ironique mi-indulgent, quand je vois que ce parti investit dans la circonscription dont je suis l'élu, un homme " neuf", sans passé politique , puisqu'il a déjà été membre de l'UDF, du Modem, de l'UDI, et qu'il fut le délégué départemental de Juppé à la primaire de la droite.

Je souris, mi-ironique mi-indulgent, en constatant que ce parti ne semble  pas plus respecter  ses militants dont je comprends l’amertume, que les critères qu'il affiche publiquement avec une certaine arrogance,  quand il investit un candidat qui n'était pas militant d'en marche  et qu'il n'avait nullement déposé sa candidature " dans les règles " comme ils disent... c'est cela sans doute la nouvelle façon de faire de la politique. 

Je souris, mi-ironique, mi-indulgent, d'entendre cet homme, maire de Bagnères de Bigorre, expliquer à ses concitoyens que ce mandat est celui auquel il tient le plus sans leur dire qu'il est candidat pour ne plus l'être. À moins qu'il ne dise pas aux électeurs de notre circonscription, qu'il se présente pour  ne pas être élu afin de rester maire. C'est sans doute cela la transparence et la sincérité de cette " nouvelle manière " de faire de la politique...

Je souris, mi-ironique mais un peu moins indulgent, quand je vois le maire de Tarbes, chef de la droite locale, envisager de se porter en soutien du candidat du parti présidentiel en ne présentant pas de candidat de droite, puisque le seul objectif valable serait de " sortir le sortant", en me donnant des leçons de renouvellement, lui qui doit avoir 5 ans de plus  que moi et qui fut député 7 ans avant moi, et au nom du " mal" que j'aurais fait à notre département , lui qui est le meilleur juge  du bien et du mal puisqu'il est mis en examen trois fois pour des affaires privées et publiques...Et je souris mi-ironique mi-indulgent quand je constate que ce soutien si peu estimable et bien compromettant ne paraît pas gêner celui qui veut défendre le renouveau de la politique..

Oui, je souris, mi-ironique mi-indulgent devant tout cela.

Et je me dis bien modestement qu'il y a sans doute un moyen d'aider plus  et mieux le nouveau Président. En défendant le territoire de Bigorre dans la sincérité et le respect des électeurs. En homme loyal, qui affiche clairement son soutien au Président sans arrière-pensée ; en homme debout, la tête haute, fort de ses convictions d'homme de Gauche qui ne renie pas ses engagements,  de républicain laïque depuis toujours ; en homme-libre qui ne sera jamais un godillot car les meilleurs amis sont ceux qui disent la vérité. 

mardi 2 mai 2017

Déclaration de Bertrand Delanoe sur RTL


Vendredi, sur RTL, Bertrand DELANOE a développé un raisonnement visant à dénoncer le non-choix d'une partie de l'extrême-gauche pour le deuxième tour de l'élection présidentielle. Il a rappelé l'histoire de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres quand l'extrême-gauche allemande, refusant de choisir entre la social-démocratie et Hitler, avait permis l'accession au pouvoir de ce dernier par les urnes. Aussitôt, les commentateurs se déchaînent pour  l'excès de Bertrand : pensez donc, comparer Madame La Peine à Hitler, c'est une dramatisation bien excessive ! Sauf que...
Sauf que Bertrand, d'un point de vue objectif, ne voulait pas faire  cette comparaison, son raisonnement portait  d'abord et avant tout sur le non-choix et ses conséquences. Et, de ce point de vue, il faut bien dire les choses clairement : ne pas choisir, c'est indirectement mais concrètement faire le jeu de l'extrême-Droite.

mardi 25 avril 2017

Après le 1er tour de l'élection présidentielle …

La surprise de dimanche, c'est qu'il n'y a pas eu de surprise ! Les sondages ne s'étaient donc pas trompés et nous aurons donc un 2ème tour Macron / Le Pen comme annoncé depuis des mois.
Les seules surprises, au fond, ce sont la percée de Mélenchon d'une part, l'effondrement de Benoît HAMON d'autre part, les deux étant en partie liés. J'y reviendrai.
J'oserai ajouter une deuxième surprise : la présence de Marine Le Pen au 2ème tour a semblé ne plus surprendre personne !
En 2002, l'élimination de JOSPIN et la présence du papa de Marine au 2ème tour avait été un coup de tonnerre ! Une surprise désagréable, une blessure terrible pour la Gauche.
Là, rien, on s'habitue.
Et pourtant, c'est encore plus grave. D'abord car on le voyait venir et rien ni personne n'a pu l'empêcher. Signe que la crise démocratique est toujours plus importante et profonde.
Ensuite parce que, à la différence de 2002, « Madame La Peine » comme l'appelle un de mes amis journaliste engagé, va faire un score beaucoup plus élevé que son père au 2ème tour.
La faute à l'élimination de la Droite et à la proximité des électorats droite extrême – extrême droite ; la faute aussi à la « trahison » de Chirac en 2002 oubliant dès son élection, la majorité des électeurs qui l'avaient porté au pouvoir pour 5 ans supplémentaires. Des électeurs désormais tentés de dire « on ne m'y reprendra plus ».
C'est d'ailleurs la question majeure qui se pose à Macron : il vient de réaliser 24 % ce qui le place en tête, bravo à lui.
Mais pour être élu et obtenir 51 % (au moins ! Espérons plus, beaucoup plus) il faut en réunir 27 % de plus soit bien plus que les « convaincus » du 1er tour.
Et ce sont ceux-là qu'il ne faudra pas oublier demain. Alors, bien sûr, à la différence de Chirac, Macron s'est engagé sur une ligne d'unité nationale, rassemblant des femmes et des hommes de son parti nouveau, du centre, de gauche et de droite.
Soit. Mais on ne pourra pas réunir une majorité présidentielle solide le 7 mai et législative en juin, sans faire toute leur place, dans la clarté à ceux qui vont s'additionner aux 24 % du 1er tour.
Soyons clairs : le 7 mai, nous serons nombreux à voter Macron. Mais soyons lucides aussi : nous ne le ferons pas tous avec les mêmes arrière-pensées. A Gauche comme à Droite, il y aura des hommes et des femmes qui voteront surtout « contre » Madame Le Pen, sans la moindre adhésion à MACRON. Ceux-là, dès le cycle électoral achevé, s'engageront dans l'opposition. C'est leur droit et la loi de la démocratie.
Mais il y en aura d'autres qui, comme moi, voteront pour Macron et souhaiteront sa réussite. Et seront disponibles pour l'aider.
Non pas parce que c'est l'intérêt de Macron, celui-là n'est pas l'essentiel, mais parce que c'est l'intérêt de la France ! Parce qu'il faut que la France avance et réussisse !
Alors, bien sûr, nous le ferons, je le ferai avec mes convictions, celle d'un socialiste qui n'a pas changé depuis son engagement en 1973. Un socialiste réformiste, un social- démocrate assumé, un socialiste de gouvernement.
Et un socialiste qui voudra peser !
Un socialiste, en particulier, qui voudra peser pour que le progrès économique et le progrès social marchent de pair. C'est vrai que j'ai plus confiance en Macron pour le premier que pour le second. Eh bien, pour le second, il faudra l'aider !! Et il faudra qu'il nous écoute.
Au fond, c'est le débat essentiel qui est là : le débat sur la République, son histoire et ses valeurs.
Cette République à laquelle Madame Le Pen tourne le dos, cette République qu'Emmanuel MACRON doit incarner.
Liberté – égalité – fraternité. Avec la liberté, la République assure le libéralisme au sens politique – et donc économique – du terme. Mais elle le conjugue harmonieusement avec l'égalité c'est à dire la lutte acharnée contre les injustices et, peut-être surtout, la fraternité, condition essentielle de notre capacité à vivre tous ensemble dans la République et à y construire notre avenir commun.
Voilà l'enjeu de ce 2ème tour puis des élections législatives. Voilà ce que j'attends de Macron. Avec espoir et avec vigilance. Avec exigence.
C'est l'essentiel.
Après, il restera à la Gauche de se refonder, de se reconstruire et de se mettre au travail, courageusement.
Le score pitoyable de Benoît n'est pas que de sa responsabilité, même si sa responsabilité est première. Mais il sanctionne aussi un quinquennat que les socialistes n'ont pas su assumer dans la clarté et la cohérence et le président – sortant n'est pas indemne de cette responsabilité.
Et il sanctionne un Parti qui n'est plus un Parti, qui n'est plus une intelligence collective, un émetteur d'idées et de propositions, pas plus qu'il n'est porteur d'une stratégie politique ni d'une discipline librement consentie ou d'une solidarité.
Bref, un champ de ruines.
Chic ! Voilà du travail pour ceux que seul l'avenir intéresse.

lundi 24 avril 2017

"l'identité de la France" de Fernand Braudel

Lu le tome 1 de "l'identité de la France" de Fernand Braudel, paru dans la collection "Champs" chez Flammarion, tome 1 consacré à "l'espace et l'histoire". Je vais, bien sûr, me plonger dans les autres tomes pour bien savourer la cohérence et la profondeur de ce travail magnifique, sur lequel j'avais travaillé lorsque j'étais étudiant et vers lequel je m'étais promis de revenir. J'y suis et je m'y retrouve avec délectation. Et c'est toujours ce balancier subtile et fécond entre diversité et unité de la France qui m'intrigue et me fascine, balancier que Braudel aborde avec tant de méthode scrupuleuse, faisant appel à toutes les sciences humaines pour étayer son raisonnement : la France est diverse et une, une et diverse. Tout est dans le "et". L'histoire comme on l'aime.

jeudi 20 avril 2017

" Marlène" de Philippe Djian


Lu " Marlène" de Philippe Djian , paru chez Gallimard . Le dernier roman du romancier français installé au pays basque. Deux anciens commandos du Yémen, d'Irak et Afghanistan essayent de se reconstruire dans une petite ville de province dont on ne connaîtra jamais le nom mais ça n'a aucune importance. L'un est aussi rigoureux, propre et autodiscipliné que l'autre est chien perdu sans collier, borderline et menant une vie dissolue . Le premier veille sur l'autre, son frère d'arme mais c'est parfois compliqué. Et, bien entendu, les femmes, deux sœurs en l'occurrence, vont compliquer les choses..
C'est du pur Djian , au style si particulier, sans guillemets ni ponctuation, passant du coq à l'âne sans vergogne, mais si vivant. Et le problème de la reconstruction psychologique des soldats de retour des théâtres d'opération est subtilement abordée . À lire.

mardi 18 avril 2017

Mes dernières lectures

Lu "Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une" de Raphaëlle Giordano, paru chez Eyrolles. Un livre qui aurait dépassé les 500.000 exemplaires, ce qui m'avait intrigué. Un jeune femme de 38 ans, mariée, un enfant, un boulot intéressant, semble tout avoir pour être heureuse. Mais elle ne l'est pas. Elle a l'impression de ne plus être joyeuse et épanouie, d'être victime d'une routine dévastatrice. Et les hasards de la vie vont lui faire rencontrer un "routinologue" qui va lui apprendre à réenchanter sa vie par plein de petits trucs simples et concrets.
Le livre est intéressant, amusant même. Très positif, constructif. Mais il semble être un objet commercial pour coach spécialisé dans ce genre de problème ...

Lu aussi "De sang et de lumière" de Laurent Gaudé paru chez Actes Sud. Un recueil de 8 poèmes d'un des meilleurs écrivains français contemporains, prix Goncourt 2004 pour le remarquable "le soleil des Scorta". Ces textes sont tristes, noirs, poignants. Ils parlent d'exil, d'exode, de camps de réfugiés. Mais ils sont pleins d'une humanité bouleversante. Et il commence par un hymne à la poésie très convaincant. Manifestement, Laurent Gaudé n'est pas qu'un grand écrivain, c'est aussi une belle personne.

Exposition Pissarro

De bref passage à Paris, j'en profite pour aller voir l'expo Pissarro au musée Marmottan. L'ami de Monet, son voisin à Giverny, au cœur de l'histoire des Impressionnistes, est très représentatif des influences diverses qui ont marquées les époques de sa vie. Ses longs séjours à Rouen ou au Havre, en particulier, ont donné des œuvres très puissantes et éternelles. J'en profite pour aller faire un tour à l'expo permanente du musée et à sa salle consacrée à Monet pour revoir « Impression soleil levant » (et non pas « couchant » comme disent certains ignares que je ne citerai pas...), ce tableau qui donna son nom à l'impressionnisme et qui fut peint à Londres par le grand maître. Un tableau qui a marqué ma vie d'amateur d'art.

lundi 3 avril 2017

Disparition d'Ahmed Kathrada

Disparition, en Afrique du Sud, d'Ahmed Kathrada, dirigeant historique de l'ANC, et compagnon de captivité de Nelson Mandela. J'ai eu le privilège de connaître ce grand Monsieur : en 1994, après les premières élections libres auxquelles j'avais eu le bonheur de participer comme observateur de l'ONU et de l'Union Européenne , Francois Mitterrand m'avait invité à l'accompagner pour la première visite officielle d'un chef d'Etat au nouveau Président de l'Afrique du sud, Nelson Mandela. Et , à cette occasion, Danielle Mitterrand m' avait demandé de l'accompagner à Robbin Island pour visiter le pénitencier où Mandela et ses compagnons avaient passé 27 longues années. Et Kathrada nous avait servi de guide, nous accompagnant dans la cellule de Mandela, la sienne, la carrière où ils cassaient des cailloux...J'ai le souvenir d'un vieux sage avec un charisme très différent de celui de Mandela, plus secret , moins chaleureux , mais avec une profondeur de pensée impressionnante.
Je crois savoir , au moment où le Président Zuma  vient de procéder à un remaniement gouvernemental d'ampleur qui ressemble fort à une " prise de tous les pouvoirs" , qu' Ahmed Kathrada avait, ces derniers mois, manifesté une très grande sévérité à l'égard du Président sud-africain , sévérité qui pourrait bien révéler une fracture irrémédiable au sein de l'ANC....il faut obsever cette situation avec une grande attention. En attendant : Hommage et grand respect pour Ahmed Kathrada.

jeudi 30 mars 2017

" Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes" Charb


" Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes" est un texte de Charb, un des grands anciens de Charlie-Hebdo sauvagement assassiné dans l'attentat, mais c'est aussi un spectacle autour de la lecture de ce texte. Ce spectacle  devait être donné à Arras le deux mai prochain et il a été déprogrammé à la demande de la Ligue des droits de l'Homme et du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples.  Avec toujours ""cette vieille rengaine selon laquelle critiquer l'islam  en dénonçant  l'islamisme serait une forme de racisme . Oui , vous m'avez bien lu !

Quand les organisations antiracistes ou pour La Défense des droits de l'homme se font censeurs ...décidément, cette époque fait perdre bien des repères !!

Je crains d'être contraint de déchirer ma carte de la LDH...

" Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson


Lu " Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson , paru chez Juillard . Je n'avais encore jamais lu de roman de Philippe Besson- il en a pourtant déjà écrit pas loin d'une vingtaine !-, et des amis délicats , en m'offrant ce livre, m'ont permis de corriger cette erreur ou cet oubli. Philippe Besson est un romancier contemporain, homosexuel assumé, un homme libre de son temps. Dans ce roman autobiographique, il raconte son premier amour avec Thomas A. , à l'âge de 17 ans . On est dans les années 80, dans la petite ville de Barbezieux en Charentes, époque et lieu où l'homosexualité n'est sûrement pas facile à assumer. Les deux adolescents se cachent mais vivent une liaison courte et passionnelle détruite par la séparation des études supérieures à Bordeaux pour Philippe, quand Thomas, fils de paysan, reste à la ferme. Tout cela ne serait resté qu'un beau souvenir si le fils de Thomas, vingt ans plus tard, n'avait resurgi, par hasard, dans la vie de Philippe. La suite, vous la lirez dans ce beau livre émouvant , d'une grande tendresse et d'une belle humanité,  qu'on lit avec facilité.

J-25... Le premier tour de l'élection présidentielle approche à grands pas.


Les médias m'assaillent pour me demander ce que je pense de la décision de Manuel VALLS, annoncée ce matin, de soutenir Emmanuel MACRON, comme l'avait déjà fait Bertrand DELANOE il y a quelques jours.

Je n'ai pas répondu aux médias car je ne veux pas m'exprimer sous  la pression, dans l'instantanéité de l'émotion. Mais je veux essayer d'être clair, car un responsable politique, qui plus est élu du peuple et candidat aux législatives de juin prochain, se doit à la sincérité vis-à -vis de ses concitoyens.

Je suis un homme de Gauche depuis toujours, adhérent du Parti Socialiste depuis 44 ans. Ma Gauche à moi, elle n'est ni gauchiste ni social-libérale. C'est la  Gauche qui met les mains dans le cambouis et assume ses responsabilités pour faire avancer la société dans le sens de la justice et des libertés. C'est une Gauche de gouvernement, une Gauche réformiste, une Gauche social-démocrate, une Gauche progressiste. C'est la Gauche de Mitterrand et de JOSPIN qui ont été mes mentors en politique.

Eh bien, cet homme de la Gauche socialiste, militant depuis 44 ans, élu depuis 28 ans, parlementaire depuis 24 ans, est comme un grand nombre de Français, indécis.

À 25 jours du premier tour, je ne sais pas pour qui je vais voter.

Restons dans la sincérité : dans l'offre politique de cette élection, les deux candidats dont je me sens le plus proche sont Benoit HAMON  et Emmanuel MACRON . Ma Gauche à moi se situe entre les deux...je trouve le programme de BENOIT trop à Gauche économiquement et societalement, et celui de MACRON pas assez à Gauche socialement. C'est comme ça que s'exprime le fond de ma pensée et de mes analyses.

Et cette indécision se traduit par une hésitation entre deux votes : le vote de fidélité à mon maillot, comme on dit au rugby, à mon parti, à mes couleurs, c'est le vote HAMON. C'est celui vers lequel je me suis engagé en donnant mon parrainage à BENOIT et en faisant une conférence de presse pour lui donner mon soutien public,  d'abord parce que j'aime beaucoup l'homme, ensuite parce que c'était la règle que nous nous étions fixée lors des primaires. Et cela malgré mes réserves très fortes sur son programme.

Et le vote utile, celui qui pourrait me faire changer d'avis et accorder mon suffrage à MACRON. Car je veux continuer à être clair et sincère : je n'ai pas oublié le 21 avril 2002 et je ferai tout pour éviter que cette tragédie se renouvelle dans notre démocratie. J'ai la hantise d'un second tour Fillon-Le Pen, y compris parce que je pense que dans l'état actuel de l'opinion, ce second tour serait de tous les dangers pour la République. Je garde en tête, précisément, tout ce qui a été dit en 2002 avant le premier tour à propos du vote utile sur le thème " il n'y a aucun risque".

Eh bien je ne prendrai aucun risque, j'en préviens toujours en sincérité.

Aujourd'hui, rien ne semble accréditer ce risque, mais tout peut changer d'ici au premier tour, et donc, mon vote aussi.

Voilà pourquoi, je suis très sévère à l'égard de ceux qui rivalisent de violence verbale pour condamner les prises de position hier de Bertrand, aujourd'hui de Manuel. Qui sont-ils, ces excommunicateurs, ces gardiens d'un temple dont ils ne voient même pas qu'il est en ruines ? Pourquoi mettent-ils tant de passion à insulter l'avenir ?

lundi 27 mars 2017

Lu "Bilqiss" de Saphia Azzeddine dans la collection "J'ai lu".


Dans un pays indistinct -on a l'embarras du choix, hélas- où la charria est appliquée avec une rigueur brutale, une femme, Bilqiss,  est emprisonnée pour avoir lancé l'appel à la prière à la place du muezzin défaillant. La jeune femme, il est vrai, est une femme libre et provocatrice, qui ne rechigne pas à la tentation de dénoncer les incohérences et excès du totalitarisme islamiste. Le tribunal populaire du village exige sa mort par lapidation. Mais le juge fait durer le procès d'une façon inexplicable. Jusqu'à avouer son amour pour la prisonnière.

Mais celle-ci refuse de céder à un chantage affectif qui, pourtant, lui sauverait la vie.

C'est très facile à lire bien qu'un peu répétitif, et la fin est inattendue pour un roman si engagé et poignant.

21 rue de La Boétie


J'ai profité d'un séjour à Paris afin de défendre le dossier de l'hôpital de Lannemezan auprès de la Ministre de la Santé, pour faire un saut au musée Maillol et voir l'exposition « 21 rue de La Boétie » en hommage à Paul Rosenberg , qui fut l'un des plus grands marchands d'art de l'entre-deux-guerres, expo réalisée à partir du livre éponyme dont l'auteur est Anne Sinclair, petite-fille de l'intéressé.

Cette expo permet de voir de beaux Picasso, Matisse, Braque, Léger et Marie Laurencin, dont un portrait émouvant d'une petite fille de 4 ans aux yeux bleus, très bleus, Anne Sinclair  justement.

Mais l'intérêt de l'expo vient, plus encore, d'ailleurs : le 21 rue de La Boétie, en 1940, l'adresse de la galerie de Paul Rosenberg et les allemands y ont installé un centre d'études sur les juifs de la plus abjecte inspiration. Et Paul Rosenberg, comme beaucoup de juifs, a été spolié de ses biens, de nombreuses et magnifiques œuvres d'art. L'expo décortique les mécanismes de cette spoliation avec précision et émotion. 

samedi 25 mars 2017

Faut-il interdire les signes religieux dans les entreprises ?


(article rédigé à partir du sujet de l’émission de RFi du 20 mars).



Quand des questions relatives à l’expression de convictions religieuses sont posées dans les entreprises, a fortiori si elles le sont sous le coup d’une offensive du radicalisme…, il ne faut pas dramatiser en disant qu'il y a des problèmes qui se posent partout avec une violence inouïe. Mais il y a des problèmes qui se posent et il ne faut pas se masquer les yeux, il faut les regarder tranquillement, sereinement et lucidement. Je vais prendre deux exemples que j'ai vécu comme législateur, deux exemples très différents mais qui posent la même question. Un exemple d'une crèche dont vous avez entendu parler qui s'appelle Baby loup, dans les Yvelines, tenue par une jeune femme originaire d'Amérique du Sud, très courageuse, qui avait monté une crèche, cette crèche Baby Loup faite pour les personnes de quartiers populaires des Yvelines, une crèche qui travaillait 24h/24h c'est à dire au fond très adaptée à des boulots de femmes de ménage, très tôt le matin, ou très tard le soir, une crèche qui travaillait en 3-8 et qui rendait des services considérables. Un incident survient : une de ses salariées qui était partie en congés revient voilée de la tête aux pieds –ce qu’elle n’avait jamais fait avant !- dans une sorte de provocation. La directrice de la crèche lui dit: "non c'est pas possible, ici c'est un espace laïque, on reçoit des gens de toutes les confessions, on reçoit des gosses en très bas âge, c'est une sorte de service public, même si ça n'est pas un service public au sens juridique du terme...". Et l'affaire part en conflit devant la justice, où elle a trainé pendant des années, pendant 4, 5,6 ans jusqu'à ce que la cour de cassation, in fine, tranche en faveur d'ailleurs de la directrice de la crèche en allant dans son sens en disant: on peut interdire.

Mais cela avait duré beaucoup trop de temps parce que justement la loi n'était pas claire et que des tribunaux avaient jugé de manière différente le sujet.

Deuxième exemple, une entreprise très connue de collecte et de traitement des déchets qui s'appelle PAPREC, avec des milliers de salariés, des dizaines de nationalités parmi les salariés et qui décide de négocier, dans le règlement intérieur de l'entreprise, avec les syndicats des salariés une Charte de la Laïcité. Et cette Charte est adoptée par un referendum dans l'entreprise à l'unanimité : tous les syndicats la votent, et ça se passe très bien.



Oui mais cette Charte, de fait est fragile juridiquement, au sens où l'entreprise PAPREC est un lieu privé où les règles de laïcité ne s’appliquent pas. C'est pour cela qu'avec d'autres parlementaires, notamment Françoise Laborde sénatrice de Haute-Garonne avec qui je travaille beaucoup sur ces problèmes de laïcité, nous avons voulu, dans une loi que vous connaissez bien puisqu'elle a défrayé la chronique pendant des mois et qu'elle continue, la loi El Khomri du 8 août 2016, nous  avons voulu proposer une disposition qui mette fin à ces atermoiements d'un côté ou à ces illégalités de l'autre. Il ne s'agit pas d'interdire, mais il s'agit de ne pas s'interdire d'interdire.





Parlons donc de cette notion d’ « interdit ».



Il faut savoir que quand on parle des valeurs de la République et la Laïcité en est une fondamentale, il y a toujours eu deux écoles extrêmes : ceux qui maniaient l'interdit matin, midi et soir si vous voyez ce que je veux dire, surtout quand ils regardent une religion, une seule: interdire, interdire, interdire le voile le matin, le midi et le soir. La passion de l'interdiction.

Puis il y en a d'autres qui ont, au contraire la passion de la Liberté: tout autoriser, y compris ce que l'on a connu dans l'idéologie de 68, il est interdit d'interdire.

Et bien la République c'est un subtil équilibre entre les deux ! Il ne s'agit pas d'interdire tout, il ne s'agit pas de permettre tout, il s'agit de permettre et parfois d'interdire. Et la République doit se donner les moyens d'interdire. Et c'est ce que nous avons fait dans cet article de la loi El Khomri. On a dit que le règlement intérieur peut, non pas doit, mais peut contenir des dispositions portant restriction de liberté religieuse, et il dit les conditions dans lesquelles on pouvait le faire:

1. Si ces restrictions sont justifiées par l'exercice d'autres libertés, c'est toujours: ma liberté finit la où commence celle des autres, donc un conflit entre des libertés.

2. si c'est lié au bon fonctionnement de l'entreprise et à condition que ça soit proportionné au but recherché.

Voilà l'équilibre qu'on a trouvé. Donc il s'agit de dire : oui c'est possible, ça veut pas dire qu'il faut le faire tout le temps, ça ne veut pas dire qu'il ne faut jamais le faire, ça veut dire qu'il faut le faire avec raison et rationalité.

Et je crois que, ce faisant, nous avons fait progresser la Laïcité dans le droit français alors que certains nous assenaient que légiférer en la matière était … interdit !

vendredi 24 mars 2017





Hier soir , je suis allé à Laurède, petit village de Chalosse, au domicile d'Henri EMMANUELLI, lui dire un dernier au revoir et embrasser sa femme et ses enfants avec lesquels tant de souvenirs anciens ont resurgi ... j'ai été très ému, notamment , de constater que sur la page Facebook de son fils Antoine, la photo d'Henri qu'il a choisie pour illustrer un portrait bourré  de tendresse de son père se situe sur un voilier et  date d'une croisière en Grèce où j'avais entraîné nos familles dans les années 80. Souvenirs, souvenirs...



Mais surtout, me recueillant devant le visage apaisé d'Henri, je pensais à cette fâcheuse tendance de la vie politique qui ne retient que la face "publique" des hommes sans imaginer, jamais, leur face privée :  cet homme-là n'était pas seulement un homme sévère et dur, ferme et intransigeant sur ses convictions, il n'avait pas seulement une personnalité écrasante et une autorité naturelle impressionnante, il était aussi un père et un grand-père  au cœur tendre,  pétri d'humour, capable de déconnade, passionné de culture et de lecture, fana d'informatique et de digital depuis des années , visionnaire quand , par exemple, il a décidé de construire un "village-Alzheimer" dans les Landes.



Cet homme-là était un ours du Béarn côté pile, un grand tendre côté face.

Mais qui le savait ?