dimanche 17 mars 2019

Vu " Green book " ...

...le film de Peter Farrelly avec Vigo Mortensen et Mahershala Ali. Film biographique racontant la tournée réalisée dans les États du sud des Etats-Unis , en 1962, par le pianiste noir, Don Shirley, et son chauffeur-garde du corps blanc . 

1962, on est en plein combat pour les droits civiques aux Etats-Unis et ces États du sud sont les derniers bastions d'un racisme structurel qui ressemble, à bien des égards, à une forme d'apartheid. Dans ce contexte, la tournée de ce pianiste noir, riche, distingué, accessoirement homosexuel, accompagné par un chauffeur blanc d'origine italienne, simple et vulgaire , est un mélange très attachant de moments surprenants entre ces deux êtres qui apprennent à se connaître, parfois drôles, très drôles, parfois graves , ou émouvants, très émouvants . Le concert improvisé dans un bar fréquenté par des noirs après l'annulation d'une représentation chez de  riches blancs qui se sont montrés racistes à en vomir, m'a procuré la même émotion que la représentation joue par cet orchestre juif d'Europe de l'Est dans " Le concert " avec Mélanie Laurent il y a quelques années.
 Une émotion musicale très forte dans un film très divertissant et pédagogique.

Lu " Au nom du temple. Israël et l'irrésistible ascension du messianisme juif (1967-2013) de Charles Enderlin, paru au Seuil.


Charles Enderlin, qui fut pendant près de trente ans le correspondant
permanent de France 2 à Jérusalem démontre que le fondamentalisme messianique juif, qui plonge ses racines dans l'antiquité biblique a, de fait, pu se développer après la guerre de six jours de 1967 et la conquête de la Cisjordanie par Israël et, en particulier, le Haram Al-Sharif, ce troisième lieu saint de l'Islam où se trouvent aussi les ruines du temple d'Herode , là où Abraham avait prétendu sacrifier Isaac, son fils. 
Et on retrouve-là les fondements théologiques qui font le lien entre croyance et territoire . Car ces militants politico-religieux, orthodoxes et extrémistes, sont convaincus que le monde est entré dans l'ère eschatologique, la fin des temps et le retour annoncé, et s'opposent à ce titre non seulement à  toute concession territoriale mais, plus fortement encore, à  toute création d'un État Palestinien souverain et, donc, à  tout  traité de paix reposant sur la solution dite " à  deux États" . 
Ces militants politico-religieux tournent donc ouvertement et agressivement le dos aux idéaux et aux aux principes qui avaient inspiré la création d'Israel, ce sionisme libéral et pragmatique peu à peu marginalisés dans la société israélienne.  Dans son très beau livre, Charles Enderlin, démontre avec sérieux et méthode comment la diffusion, la progression de l'idée messianique a, de fait, un corollaire incontournable, le développement de la colonisation juive en Cisjordanie et, donc l'empêchement concret - et inexorable ?- de toute solution de Paix dite " a deux États". 
Ce livre est passionnant. 
Il me rappelle un souvenir bien précis : en 1995, j'étais allé en mission parlementaire en Israël et en Palestine. Et j'avais été stupéfait et bouleversé par les nombreuses inscriptions sur les murs " à mort Rabin"...  quelques semaines, Ytzak Rabin, le Premier Ministre israélien qui voulait la Paix, était assassiné. Il n'était pas assassiné par un djihadiste ou un terroriste  palestinien mais par un israélien, un jeune nationaliste et religieux orthodoxe qui déclara avoir agi  "au nom de dieu" ...

dimanche 3 mars 2019

Une navigation, à voile bien sûr - magnifique mais inconfortable-  en Patagonie autour du cap Horn que j' ai donc franchi pour la deuxième fois de ma vie - mais d'Est en Ouest cette fois-ci ! - et des glaciers chiliens, somptueux et émouvants , m'a permis de lire beaucoup . En particulier : 
- "  sortir du chaos " de Gilles KEPEL, paru chez Gallimard dans la collection Esprits du monde. Le livre est sous-titré " Les crises en Méditerranée et au Moyen-Orient" et il est, de fait, un passionnant survol de l'histoire contemporaine de cette région si tourmentée du monde. L'auteur, remarquable spécialiste du monde arabe, Professeur d'université et Directeur de la chaire " Méditerranée et Moyen- Orient"  de l' École Normale Supérieure, revient sur l'éternel conflit du proche Orient, mais aussi sur l'espoir né lors des printemps arabes qui n'en furent pas puisque suivis, sauf en Tunisie, par des hivers démocratiques glaciaux ou bien, comme en Libye, sur un chaos qui n'en finit pas sur lequel la communauté internationale n'a pas de prise,  sur les guerres d'Irak et de Syrie et leurs conséquences, mais aussi sur la réalité du monde musulman, profondément divisé par la fracture entre chiisme et sunnisme et, au sein de ce dernier, par la rivalité agressive entre Arabie Saoudite et Qatar. Il y a , dans cet ouvrage, pays par pays, événement par événement, une mine de renseignements et d'analyses extrêmement précieuse. C'est peut-être sur la conclusion qu'il pourrait être un peu moins convaincant  : il faut dire que pour prôner une " sortie" de cet invraisemblable chaos il faut une bonne dose d'optimisme dont ne semble pas dépourvu l'auteur. Passionnant ouvrage.
- " Frères d'âme " de David Diop paru au Seuil. Ce roman qui revient, vu de l'intérieur, sur l'épisode douloureux de la participation des tirailleurs sénégalais à la première guerre mondiale et à la terrible bataille des tranchées, aurait pu être un grand livre. Cette manière de s'exprimer à la première personne, comme un de ces soldats venus d'Afrique pour sauver la puissance coloniale, de décrire la détresses simple et profonde de voir son ami d'enfance mourir décapité par un obus sous ses yeux, d'exposer ce naufrage vers une forme de sauvagerie démente, de raconter ce séjour en hôpital psychiatrique au retour vers l'arrière des combats, est très touchante, émouvante, convaincante. Mais hélas, la fin est incompréhensible à force d'ésotérisme et on reste  vraiment sur sa faim. Je n'ai, pour la part, rien compris à cette fin. C'est bien dommage car il reste un beau livre mais passe à côté du grand .
- " La nouvelle question laïque" de Laurent Bouvet paru chez Flammarion. Laurent Bouvet, Professeur de Sciences politiques à l'Université de Versailles, est un des fondateurs du Printemps républicain. Il est aussi un de ceux , avec Gilles CLAVREUL, avec qui nous avons créé l'Aurore, ce Think- tank composé de femmes et d'hommes profondément de Gauche et porteur de l'idéal républicain, dont j'ai le plaisir d'assumer la présidence. C'est aussi un compagnon de bien des combats laïques de ces dernières années en France, et il n'en pas manqué. Laurent livre là un essai très théorique , on dirait même de philosophie politique , sur la nouvelle question laïque en France, telle qu'elle se pose avec l'avènement de l'Islam comme deuxième religion dans notre pays, l'irruption d'un terrorisme islamique qui vise à détruire les fondements -mêmes de notre civilisation et, face à cela, la prédominance et l'hégémonie dommageable d'une conception essentiellement libérale de la laïcité , validée par le pseudo -observatoire de la laïcité du gentil Bianco aux convictions soixante-huitardes où il est surtout interdit d'interdire, et de l'ineffable Cadène qui était le mieux placé  pour écrire " la laïcité pour les nuls", mais aussi par le laisser-faire du Président HOLLANDE que ces choses-là n'intéressaient pas, puis les convictions bien peu républicaines du Président Macron . 
Pour toutes ces personnalités, derrière quelques intellectuels guidés par Jean Bauberot,  tous gonflés  de libéralisme exacerbé, la laïcité n'est qu'une liberté , un droit, jamais un devoir. Et ce libéralisme-là, comme toutes les formes de libéralisme, aboutit au même résultat : l'exaltation du droit à la différence qui débouche sur l'avènement de l'individualisme, du chacun pour soi, et le délitement de toutes formes de solidarité et de recherche du commun, non pas de ce qui nous différencie mais de ce qui nous unit.
Laurent Bouvet décrit très bien cette évolution dangereuse même s'il tombe parfois dans une forme d'ésotérisme, par exemple quand il évoque le substrat civilisationnel de la laïcité....mais bon, je crois ce livre utile et lucide, éclairant et riche. 
- Enfin, j'ai lu " Qui se souvient des hommes..." de Jean Raspail,  qui restitue l'histoire tragique d'une peuplade de la Terre de feu, les Alakalufs, détruite par les colons d'un monde moderne après des millénaires de survie  dans le grand vent des quarantièmes rugissants, le froid glacial  de ce bout du monde et ces tempêtes monstrueuses..
Un récit comme un cri d'amour à un peuple disparu.

lundi 11 février 2019

Vu, à Chaillot, "Gravité ", spectacle chorégraphique d'Angelin PRELJOCAJ,


...sur des musiques de Bach, Ravel, Xenakis, Chostakovitch, Daft Punk... 
 
Magnifique spectacle, divers, varié, rythmé, esthétique, émouvant.
Me viennent deux réflexions :
 
- Je tiens Preljocaj, le chorégraphe français d'origine albanaise, installé à Aix, comme un des grands chorégraphes contemporains. Mais j'ai pensé et écrit il y a quelques années que trop de création tue la création et que Preljocaj, devenu une sorte de stakhanoviste de la création chorégraphique avait perdu de sa fraîcheur et de sa créativité à force de " produire" un ballet tous les six mois.
Je ne sais si j'ai été entendu et ça n'a aucune importance . Seul le résultat compte et je remarque qu'après une pause salutaire, il a retrouvé toute sa créativité.
 
- Ensuite ce spectacle contient juste avant la fin, une chorégraphie sur le Boléro de Ravel. Le fameux boléro. Il y a bien longtemps, j'ai été bouleversé par la chorégraphie de Maurice Béjart sur ce Boléro. Une création époustouflante et très émouvante. Je l'ai revue 10 fois, vingt fois, dansé par des hommes ou des femmes, sans jamais me lasser, toujours avec la même émotion. Et j'ai vu plein de "boléros" qui ne lui arrivaient pas à la cheville....sans doute parce qu'ils le "singeaient". 
 
Eh bien celui- la soutient la comparaison. Il n'efface pas celui de Béjart, loin de là, mais enfin il tient la route sur un registre très différent, moins enflammé, plus lent, plus collectif . Et si c'est moins émouvant, c'est très beau et très intéressant.

mercredi 6 février 2019

Ce week-end au supermarché de Maubourguet ...

... où je fais mes courses chaque semaine quand je n’ai pas le temps ou le courage d’aller à mon marché préféré de Vic-en-bigorre, un Maubourguétois m’interpelle. 
Je le connais bien, il est retraité plutôt aisé et plutôt de Gauche aussi. Pas vraiment gilet jaune .Il me dit son désamour  très virulent à l’égard du Président Macron. Il a toujours l’augmentation de la CSG pour les retraites en travers de la gorge . Et il m’expose un raisonnement cohérent et intéressant que je vous livre: «  Macron dit tout le temps que son objectif principal est d’encourager le travail et de mieux le valoriser . Mais ma retraite , c’est mon travail !! C’est par mon travail et mes cotisations que je me la suis payée ! Et le la ponctionner il appelle ça valoriser le travail ??"
 Fin de citation...
C’est assez cohérent je trouve.

jeudi 31 janvier 2019

Le Journal du Dimanche est un hebdo pas comme les autres.


D'abord parce qu'il ne parait pas comme tous les autres hebdos, le jeudi en ce moment mais le dimanche comme son nom l’indique. Ensuite parce qu'il ne parait pas sous forme de magazine mais comme un quotidien-papier. Enfin parce qu'il a la particularité d'être terriblement irrégulier : parfois on le lit en 10 minutes, parfois en 3 heures ... et je dois dire que depuis des semaines , s'il n'y avait pas la chronique d'Anne Sinclair, toujours avec une hauteur de vue et une ouverture d'esprit très appréciables, notamment au plan culturel, je suis resté bien souvent sur ma faim. 
Et dimanche dernier, un pavé dans la mare ! Toujours la chronique d'Anne Sinclair et ses judicieux conseils de lecture, un bien intéressant interview croisé de Daniel Auteuil et Pierre Arditi sur le théâtre aujourd'hui et le métier d'acteur, un long entretien avec Bernard-Henri LEVY sur l'Europe où l'on sent des convictions profondes et une réflexion du fond aboutie. On pense ce que l'on veut du personnage, parfois narcissique ou megalo à souhait, mais c'est un homme de Culture et ses contributions au débat public sont toujours de qualité . Et puis....et puis les pages 2 et 3 sur la situation politique avec, en regard, page 2 un sondage sur Macron et page 3 un entretien avec Laurent Berger. D'autres sondages ont beau nous dire que la côte de popularité du Président remonte doucement depuis quelques temps, ce sondage est d'une grande, très grande sévérité à son égard. Les français, avec des majorités écrasantes, lui demandent de changer son attitude, sa méthode, sa politique...À ma façon, je dirais moins d'arrogance, plus de pouvoir partagé, plus de Justice fiscale et sociale. Et, en face, l'interview plein de sagesse de Laurent Berger qui plaide pour une inflexion sociale, défend plus que jamais le rôle des corps intermédiaires et du contrat social, et continue à proposer son " Grenelle du pouvoir de vivre" qu'il avait avancé au début de la crise des gilets jaunes et dont on ne comprend toujours pas que le gouvernement l'ait repoussé d'un revers de la main. Un discours responsable, celui d'un réformiste que je qualifierais volontiers de "social-démocrate" si je n'avais pas peur de compromettre le patron de la CFDT. 
Eh bien, je pense que nos gouvernants, s'ils sont marris par la lecture de la page deux du JDD, feraient bien de lire avec attention la page trois s'ils se demandent comment sortir de cette crise...

mardi 22 janvier 2019

Je ne suis pas historien mais je me soigne...


Je me lamente chaque jour sur les lacunes de ma culture historique et je n'arrive à me rassurer qu'en déployant un intérêt, une appétence soutenue pour l'histoire. Et comme ces "cahiers de doléances ", aujourd'hui mis à la disposition des citoyens dans les mairies dans le cadre du "Grand débat" voulu par le Président de la République, me rappelaient un épisode de l'histoire de France - tout de même... -, je me suis dit qu'il pouvait y avoir un intérêt à y regarder de plus près.
Les cahiers de doléances, dans l'histoire de France , étaient des registres dans lesquels les assemblées chargées d'élire les députés aux États Généraux notaient vœux et doléances des mandants, et sont une vieille pratique qui remonte au XIVème siècle. Mais, bien entendu, les plus célèbres sont ceux de 1789, rédigés à la demande du roi Louis XVI en vue des États généraux convoqués pour le 5 mai 1789. On est donc dans la période immédiatement pré-révolutionnaire .
Pourquoi le roi provoqua-t-il ce processus ? La thèse la plus couramment avancée est celle de l'impasse financière dans laquelle se trouvait le royaume incitant le roi à imaginer un stratagème pour convaincre ou contraindre la noblesse - et le clergé?- à des contributions auxquelles elle répugnait.
Il est intéressant de noter que Michelet a fait une longue analyse de l'erreur politique commise, selon lui, par le roi qui, considérant le bon peuple comme son "obligé", aurait gravement sous-estimé les ressorts profonds de ce peuple et sa volonté non seulement de s'exprimer puissamment mais aussi de "prendre son destin en mains"....
De fait, 60.000 cahiers de doléances ont été rédigés ce qui apparaît comme considérable quand on sait d'une part que la population n'était que de 28 millions d'habitants et que, d'autre part l'analphabétisme et l'illettrisme y étaient encore prégnants...ils sont une mine d'informations extraordinaire dont raffolent les historiens sur la France de l'époque. Nos Archives, nationales et départementales , en sont très riches et ont publié une multitude d'ouvrages sur ces cahiers.
Le processus d'élaboration de ceux-ci était extrêmement décentralisé, dans toutes les communes, les paroisses, les sénéchaussées, les bailliages...mais reposait sur trois ordres : la noblesse, le clergé et, bien sûr, le tiers-Etat.
On trouve des traces très instructives dans les cahiers de chacun des ordres : la noblesse, avec des nuances bien sûr, s'y montre globalement libérale, au sens politique comme au sens économique....le clergé y dénonce la déchéance des mœurs et l'affaissement moral. Il y exprime ça et là un antisémitisme parfois violent....Quant au tiers-Etat, il exprime tout simplement ce qu'on appellerait aujourd'hui un "ras-le-bol fiscal", notamment à l'égard de la fameuse gabelle considérée comme particulièrement injuste, dénonce une Justice obscure et lente, exige des services publics efficaces, se plaint de la désertification des campagnes...

2019 : nous voilà 230 ans en arrière....
Soyons sages : comparaison n'est pas raison bien entendu.
Restons sages et voyons qu' il est des invariants qui frappent et poussent à la réflexion .
Et surtout, il faut imaginer la suite de l'histoire : la sagesse -encore elle- voudrait, si l'on veut éviter les explosions et les violences d'il y a un peu plus de deux siècles, que nos cahiers de doléances d'aujourd'hui ne soient en rien " l'enfumage" que certains craignent de bonne foi, que d'autres dénoncent par simple tactique, mais débouchent sur de vraies réformes faites de plus de Justice que de démagogie.