jeudi 18 octobre 2018

Lu " Khalil " de Yasmina Khadra paru chez JUILLARD.

Même si je ne suis pas un inconditionnel de Khadra dont le parcours d'ancien flic et militaire algérien a connu, forcément, des zones d'ombre, je lis toujours ses livres avec intérêt et plaisir. 
Celui-ci ne dépare pas et se lit très facilement. Mais son parti-pris est à la fois original et casse-gueule ! Voyez : l'auteur parle à la première personne et il n'est rien de moins qu'un terroriste djihadiste, un de ceux qui ont participé aux attentats de novembre 2015 à Paris et, plus particulièrement, de l'équipe qui a sévi au stade de France, heureusement sans les conséquences encore plus tragiques qu'on pouvait en craindre. Plus précisément, le narrateur, porteur d'une ceinture d'explosifs, devait se faire sauter dans le RER, à la sortie du match, au milieu des supporters sortant du stade. Mais quand il a appuyé sur le bouton de mise à feu, la ceinture n'a pas explosé. Paniqué, sans un sou, sans un papier d'identité, l'homme réussit à rejoindre la Belgique et le quartier de Molenbeck de sa naissance et de sa résidence où débute alors une longue planque pour se faire oublier. Pour se faire oublier....avant que le "réseau " ne le reprenne en mains pour l'envoyer sur une autre mission. Entre temps, le récit se perd dans les longues méditations de l'intéressé sur le "pourquoi" et le "comment " de son engagement, une méditation lourdement perturbée par la mort de sa sœur jumelle chérie dans ....les  attentats terroristes du métro de Bruxelles.
C'est facile à lire mais loin d'être convaincant car un roman ne permet pas si facilement d'expliquer non pas l'inexplicable mais ce qui échappe à la rationalité commune....

dimanche 14 octobre 2018

Khan al Ahmar


Khan al Ahmar est un nom qui ne vous dit peut-être rien mais qui pourrait avoir de bien lourdes conséquences dans une partie du monde déjà bien martyrisée, le Proche-Orient. C'est le nom d'un petit village de deux cents habitants installés là depuis des décennies. Un village bédouin de Cisjordanie. Un village palestinien situé en lisière de Jérusalem.
Depuis le 1er octobre et la fin d'une longue, très longue bataille judiciaire, ce village est condamné à être totalement détruit et ses habitants vivent désormais avec l'angoisse de l'arrivée des bulldozers israéliens . Chronique habituelle de la multiplication des colonies israéliennes en terre de Palestine ? Oui, si on n'y regarde que superficiellement. Car Khan al Ahmar n'est pas situé n'importe où : à Jerusalem-Est, sa destruction permettrait aux colonies voisines déjà existantes de s'étendre et, tout simplement couper complètement Jérusalem de la Cisjordanie ce qui n'aurait, comme bien modeste conséquence, que d'entraver la continuité d'un futur - et hypothétique j'en conviens - État palestinien... Le Consul général de France à Jérusalem ne s'y est pas trompé puisqu'il va même jusqu'à déclarer que se joue-là la viabilité de la solution dite " à deux États" ....
L'Union européenne a protesté avec véhémence. Mais elle s'est faite sévèrement rembarrer par le gouvernement de Netanyahou qui lui reproche de s'immiscer dans ses affaires intérieures, et de grossir artificiellement une affaire de relogement d'une population qui vivait jusqu'ici dans la précarité et l'inconfort et pourra désormais bénéficier d'une école neuve, l'eau courante, l'électricité et le tout-à -l'égout....qui pourrait désapprouver une telle générosité ?
Quant aux risques qui pèsent sur la solution du conflit, le Ministre de La Défense israélien LIEBERMANN, connu pour sa sagesse et sa modération, balaie l'argument d'un revers de la main : "qui peut croire, dit-il, qu'un conflit historique si complexe pourrait voir sa résolution empêchée par le déplacement d'u groupe de gens de quelques kilomètres ? C'est absurde."
Puisqu'il le dit .....

Lu, ou plutôt relu " Les justes " la pièce de théâtre d' Albert Camus paru en poche chez Gallimard.


Pièce-culte racontant de l'intérieur le projet d'attentat de terroristes russes sous l'ancien régime et leurs débats internes. Internes au double sens "entre eux" et "en eux-mêmes".
Yanek ne pourra pas lancer sa bombe sur la calèche du grand Duc car les visages de deux enfants y apparurent.... aussitôt sa capacité d'agir pour la révolution est mise en cause par certains de ses pairs. Mais Dora l'aime et le soutient. Il finira par réussir dans sa tâche quelques jours plus tard. Vient alors le deuxième procès d'intention : a-t-il trahi ? Les a-t-il dénoncés ? Son exécution le lavera de tout soupçon. Et Dora, folle de douleur et de joie obtiendra le privilège de lancer la bombe suivante.
Ce qui m'a le plus ému dans ce texte, c'est...son contexte. Et, en particulier la distribution de la pièce quand elle a été créée : Maria Casares - l'amour fou et secret de Camus, révélé récemment par la publication d'une correspondance que je savoure à rythme lent - dans le rôle de Dora, Serge Reggiani dans celui de Yanek et Michel Bouquet dans celui de de Stepan . Magique... que ne suis-je né quelques années plus tôt pour voir cela sur scène !

Trois jours de retraite au Mont Athos dans les monastères austères de l'église orthodoxe.


On me disait depuis longtemps que ces lieux prêtaient particulièrement à la méditation et à des rencontres précieuses avec la spiritualité et ma curiosité intellectuelle devait me mener là, tôt ou tard.

Les lieux sont somptueusement beaux et ces cinq cent kilomètres carrés d'un Etat indépendant (il faut un visa pour y pénétrer !) au bout de cette presqu'île très verte au sud-est de Thessalonique forment un bijou géographique qu'on dira, par facilité, " béni des dieux". Deux mille cinq cent prêtres vivent là plus les pèlerins dont le nombre est contingenté et la durée de séjour limitée. Mais pas une femme n'est autorisée à se rendre sur ce sanctuaire masculin ce qui ôte, il faut le dire, pas mal de douceur à l'ambiance, mais j'y reviendrai. Les monastères sont un peu plus de vingt, disposés sur la côte tout autour de la presqu'île et ne sont desservis que par bateaux à partir du port d'Ouranopoli. La balade est, d'ailleurs, superbe. Ces monastères sont imposants par leur architecture au point d'en être parfois massifs, mais le mélange de vieilles pierres et de boiseries extérieures plutôt bien entretenues, a quelque chose d'autant plus émouvant que leur âge est respectable - ils datent pour la plupart des 12ème et 13ème siècles- et que leur environnement naturel, souvent en surplomb de la mer, est bluffant.
On ne vient pas là pour le confort de la literie ou la qualité de la restauration et cela tombe bien.... les prêtres prient nuit et jour, depuis les matines à trois heures du matin jusqu'aux vêpres avant le souper ( quand il y en a un !..). Les pèlerins se joignent à eux, menant leur vie, leur pitance dans d'immense réfectoires, et partageant leur religion et leurs prières à tout moment. Et les athées se recueillent, dans le silence des églises et devant la beauté des lieux.
En marin aguerri, je me suis régalé à disserter sur la beauté des paysages maritimes et sur l'infini de l'horizon de la mer. J'ai dialogué avec mes morts, sereinement, tranquillement.
L'expérience fut enrichissante bien que...bien que, je l'ai déjà dit, cette masculinité exclusive de la population ait quelque chose de dur et parfois de presque violent. Et puis il y a les pèlerins. Respectables mais pas tous sympathiques. Parmi eux, la part non négligeable de russes aux cheveux coupés ras et aux tenues para-militaires avait quelque chose d'oppressant. Cette religion-là, comme toutes les religions, a aussi son intégrisme. Et, comme tous les intégrismes, il n'est pas franchement sympathique....

lundi 1 octobre 2018

Pourquoi j'ai signé la pétition en faveur de l'Aquarius.



L'Aquarius est ce bateau affrété par l'ONG " SOS-Mediterranée" qui, avec le concours de Médecins sans frontières, organise des missions de sauvetage en mer pour les migrants menacés de naufrage et, donc, de mort sur leurs embarcations fragiles et surchargées au large des côtes libyennes. 


L'Aquarius battait pavillon Panaméen jusqu'à ces derniers jours mais le gouvernement de ce pays, sur la pression du gouvernement italien, vient de lui retirer son pavillon, ce qui, selon les règles du droit maritime international, lui interdit de reprendre la mer tant qu'il n'aura pas trouvé un nouveau pavillon.
C'est le premier sens de cette pétition : permettre à l'Aquarius de reprendre la mer pour qu'il y ait au moins un bateau humanitaire sur cette zone meurtrière...
Mais ma signature à cet appel tient aussi à l'adresse tournée vers les gouvernements européens et, notamment bien sûr, au gouvernement français pour qu'il prenne l'initiative, par un dialogue institutionnalisé, d'élaborer un véritable modèle de sauvetage en mer Méditerranée pour les zones internationales.
Je rêve de voir le gouvernement de notre République inviter au dialogue "SOS-Mediterranée " et lui proposer de travailler ensemble sur ce modèle en échange de l'octroi du pavillon français. Ça n'est pas si facile tant les règles du droit maritime international, qui imposent de porter secours aux navires en détresse et d'accompagner leurs passagers dans "le port sûr le plus proche", font l'objet d'interprétations politiciennes les plus scabreuses dans le débat européen . Le port "le plus proche" , on voit bien ce que cela veut dire et la géographie ne peut pas mentir. Mais "le port sûr" le plus proche ? Cela se discute évidemment. Et cela devrait amener beaucoup d'européens à arrêter leur jeu pervers avec la Libye dont tout le monde sait qu'elle ne dispose, aujourd'hui, d'aucun port sûr et, pire, que règne sur ses côtes la tyrannie barbare des passeurs, des tortionnaires, des esclavagistes et des violeurs. La fameuse "coopération avec les garde-côtes libyens" est une supercherie aveugle et sourde.
Mais ça n'est pas facile non plus car la gestion de ce dossier se fait sous la pression terrible des opinions européennes qui, sur ce sujet, sont rigides, sévères, fermées au possible. Je lisais avec tristesse et inquiétude au mois de juin dernier, que 67% des français étaient opposés au fait que la France puisse accueillir des migrants sauvés par l'Aquarius lors de son "errance" de plus d'une semaine finalement terminée à Valence. Je note avec stupeur que, ces derniers jours, ils étaient 75%...

lundi 10 septembre 2018

Vu, à la Gare du Midi à Biarritz,

 " Embers To embers", spectacle chorégraphique présenté par Carolyn Carlson et Marie-Agnès Gillot dans le cadre du festival " le temps d'aimer la danse" créé et animé par l'ami Thierry Malandain. 
Carolyn Carlson, la chorégraphe américaine, n'est plus à présenter, puisqu'elle œuvre depuis cinquante ans ou presque dans la danse contemporaine et sa création qu'elle a mise au service de presque tous les grands corps de ballet du monde. Marie-Agnès Gillot était danseuse étoile à l'Opera jusqu' à l'an dernier. C'est une grande danseuse. Grande dans tous les sens du terme et, en particulier, par sa grande taille qui lui donne notamment des bras infiniment longs, des bras qui n'en finissent pas. Eh bien la juxtaposition de ces deux grandes dames a donné un résultat ... très moyen. 
D'abord parce que trop de solo tue le solo et que la créativité chorégraphique s'y épuise vite. Ensuite parce que la chorégraphe américaine n'est plus une danseuse au sens physique du terme. Enfin parce que de jolies musiques et des éclairages somptueux et intimistes ne suffisent à "créer de la danse"... 
Allons, ne soyons pas trop sévères : le duo improvisé est le seul bon moment, partagé et harmonieux. Mais il est bien court....

jeudi 6 septembre 2018

Lu cet été :



- une grande rétrospective de Camus avec les trois tomes de ses "Carnets " commencés en 1935 et interrompus avec sa mort. On trouve de tout dans ces carnets depuis des citations d'autres auteurs, des compte-rendus de rencontres - celle avec De Gaulle par exemple- , des carnets de voyage en Italie ou dans les îles grecques, des éditoriaux participant à de grands débats publics ou à des polémiques.... Et puis on découvre le Camus politique, celui qui se dit "de Gauche malgré elle et malgré moi " mais de cette Gauche qui ne lâche jamais les deux bouts de la chaîne : la liberté ET la justice. Enfin, le Camus philosophe épris de vérité, adversaire du mensonge, même si tout cela est relatif et discutable..
J'ai prolongé cette lecture des Carnets avec celle de "Noces", ce délicieux petit texte sur Tipasa et "L'été" , histoire de mieux profiter encore de la Méditerranée avec lui...
  • J'ai lu aussi " Entre deux mondes" d'Olivier Norek paru chez Michel Lafon . Norek, ancien flic écrit un policier qui se passe dans la "jungle" de Calais quand elle existait. C'est d'une grande violence et permet de mieux comprendre les rivalités ethniques, la tâche impossible des forces de sécurité, le jeu pervers de ceux qu'on appelle les " no borders" et l'état d'exaspération infinie de la population locale autant que le dévouement des associations humanitaires.

  • - lu enfin , "Vers la beauté " de David Foenkinos paru chez Gallimard, l'histoire incongrue d'un professeur d'histoire de l'art aux Beaux-Arts de LYON qui plaque tout et devient gardien de salle au musée d'Orsay. Derrière son histoire personnelle s'en cache une autre, celle d'une de ses étudiantes, plus douloureuse . Agréable à lire.