mardi 12 décembre 2017

Ce que j'apprécie, en vieux républicain, dans ces jours de commémoration nationale autour de deux disparus, c'est que le peuple oublie quelques instants de se diviser, de se quereller, de glorifier ses différences, et se rassemble. 
Et si j'osais aller plus loin encore dans l'optimisme, je dirais volontiers que le peuple se rassemble alors pour honorer une part de son identité culturelle : la littérature française avec Jean d'Ormesson,  la musique contemporaine, la chanson et le spectacle vivant avec Johnny Hallyday. 
Une part d'identité française comme disait Braudel.

dimanche 10 décembre 2017

Voilà donc que ce Monsieur Trump décide, le jour de la mort de Johnny Hallyday, d'allumer le feu... au Moyen Orient.


Plus rien n'étonne de la part de Monsieur Trump, mais je cherche à comprendre. 
Pour être honnête, je ne crois pas trop aux théories selon lesquelles cet homme 
serait " fou ", "inculte", " irresponsable", " provocateur", même si je reconnais qu' existent bien des ébauches de preuves de cette théorie.
 
Mais, je ne sais pas pourquoi, mon histoire personnelle ou mon expérience sans doute, je crois à l'explication politique : Trump fait de la politique. Vulgairement peut-être, dangereusement sans doute, mais il fait de la politique. De la basse politique intérieure.
Je m'explique : dans le noyau dur de l'électorat ultra-conservateur de Trump, les protestants évangélistes intégristes tiennent une place particulière. Majeure. Leur influence sur lui est, comme leur mobilisation pour son élection ,considérable. (Paradoxe, d'ailleurs, en la circonstance : les études sur l'élection Présidentielle américaine montrent que l'électorat juif a voté  pour Hillary Clinton à 80%...). 
Et pour des raisons liées à l'histoire des religions que je connais trop mal pour en parler - mais je suis preneur de toute explication enrichissante ! -, pour ces protestants-là, la solidarité avec le peuple d'Israël et la vénération de la terre de Jérusalem sont comme des clefs de la porte de l'au-delà.
 
Alors Trump fait de la politique , il parle au noyau dur de son électorat. Il paye cash son soutien. Sans vergogne. Au risque de la paix dans le monde ? Il s'en fout, ce n'est pas un homme d'Etat, c'est un politicien .

mercredi 6 décembre 2017

Dans ce torrent de témoignages sur Johnny Hallyday qui déferle dans tous les médias, que dire de plus et d'original ?

Ce qui me frappe, c'est à quel point cet homme, avec  ses chansons, ses disques, ses spectacles, a ponctué toute ma vie . Un peu plus jeune que lui, j'étais au lycée quand il est apparu sur scène et dans nos vies : depuis les  amours de jeunesse jusqu'à son dernier spectacle au Stade de France, tous les événements de la vie de ma génération sont liés à une de ses chansons. 
Je crois que je l'ai vu 15 ou 20 fois sur scène, de l'Olympia (c'est là que je l'ai le plus apprécié, dans son cocon) à Bercy, du Parc des Princes au Stade de France, j'ai vraiment adoré les prestations de cette immense bête de scène. 
Musicalement, Johnny, c'est l'avènement du rock en France, et ça n'est pas une mince affaire ! Quel cadeau il nous a fait en faisant traverser l'Atlantique à cette musique américaine ! Quelle belle danse, quel beau rythme ! Quel résumé de nos vies...
Alors, il me revient une anecdote : il y a une vingtaine d'années, je navigue avec mes compagnons de mer habituels, sur un vieux gréement en mer d'Iroise, et nous faisons escale dans l'île de Molène, petite île proche de Ouessant, si chère à mon copain le Maire de Brest. Là, on nous dit que la salle des fêtes du petit village accueille une expo sur Johnny. On s'y précipite et là, stupeur : une caverne d'Ali Baba ! Des disques, des photos, des posters, des objets-fétiches et des reliques par milliers. Nous découvrons que l'idole a ses idolâtres jusqu'au plus petit des villages français.
Un chanteur, très, très populaire .

J'ai croisé Jean D'Ormesson quelques fois dans ma vie

et j'ai eu l'occasion d'échanger avec lui , trop brièvement mais assez pour lui dire mon admiration.
Ce qui frappait chez cet homme, c'était d'abord son regard, bleu azur, extraordinairement lumineux. Bleu comme cette Méditerranée qu'il aimait tant et qu'il fréquentait si souvent sur sa belle île. 
Puis venait tout le reste, qui fait l'objet d'un hommage unanime depuis quelques heures : 
sa Culture si profonde, son amour de la littérature, son engagement politique conservateur mais modéré, libéral mais éclairé, gaulliste sans sectarisme, son amour du débat, de l'échange avec ceux qui n'étaient pas de son bord comme l'on dit , de Mitterrand à Mélenchon. 
Mais Jean d'Ormesson, c'était aussi l'humour, la malice, l'espièglerie, un brin de cabotinage, l'amour passionné de la vie, du monde  dans lequel il vivait.
Si je devais ne retenir qu'un mot, je dirais l'élégance. Une élégance si rare dans notre monde justement, et notre monde politique particulièrement. Mais j'y reviendrai. Aujourd'hui, retenons l'élégance d'un homme qui s'en va.

samedi 2 décembre 2017

Comme une période de vie où l'on dévore les spectacles vivants à pleines dents :



- un petit séjour à Toulouse, ma capitale régionale si belle et si attirante, histoire d'assister à un concert au Zénith de Jamiroquai, le groupe anglais du mouvement "acid jazz" né dans les années 90, où j'ai encore constaté qu'un mauvais réglage de la sono peut faire plus de mal aux oreilles que donner du plaisir musical, puis assister à Odyssud, la belle salle de Blagnac, à la dernière création de la chorégraphe Bianca Li, "solstice", hymne puissant et entraînant à la sauvegarde de la planète. Bianca Li, ancienne danseuse de flamenco, n'est pas la chorégraphe la plus classique et technique qui soit, mais c'est une personnalité sacrément sympathique et à l'imagination débordante. 
Mais le moment le plus précieux de ce séjour fut celui partagé avec mes amis Kader Belarbi et Laure Muret, anciens danseurs de l'Opéra, désormais en charge du ballet du Capitole, qui répétaient " Casse-noisettes" qu'ils présenteront dans quelques semaines. Je raffole de ces moments : je me fais tout petit dans un coin du studio et j'observe les danseurs répéter inlassablement leurs mouvements, scrupuleusement corrigés par le maitre, parfois sur des détails. Cet apprentissage me fascine.
 
- au cinéma, à Tarbes, vu " Brio" le film d'Yvan Attal avec Camélia Jordana et Daniel Auteuil. L'histoire très contemporaine d'un prof de fac à Paris-Assa, bien reac et aux propos souvent provocateurs, parfois même racistes, qui , menacé d'une sanction du Conseil de discipline et sur le conseil de son Président, suscite et prend en charge la candidature d'une jeune étudiante beurette au concours national d'éloquence. Histoire de se disculper. La manœuvre est grosse mais le déroulement est plus fin. C'est bien vu, et remarquablement joué. Un bon moment.

Et puis, au théâtre :
  • " Petits crimes conjugaux " d'après le livre d'Eric-Emmanuel Schmitt au théâtre Armande Béjart à Asnières, avec Fanny Cottençon et Sam Karman, sur une mise en scène de Jean-Luc Moreau.
    Le texte de Schmitt est ...du vrai Schmitt ! Simple, facile mais plein de sensibilité. L'histoire, celle d'une crise de couple au retour d'hôpital du mari après un traumatisme crânien d'origine inconnue, est amusante. Les acteurs sont professionnels en diable. La mise en scène décevante..


    " Réparer les vivants" au théâtre du Petit Saint-Martin d'après le beau livre de Maylis de Kerangal sur la thématique difficile du don d'organe, joué et mis en scène par Emmanuel Noblet, lauréat du Molière Seul en scène 2017. Un sacré spectacle ! Une sacrée prestation de l'acteur, à la fois pédagogue, drôle , émouvant, poignant. Une belle mise en scène, aussi simple que travaillée, dépouillée mais originale : l'homme est seul sur scène mais des voix viennent ponctuer son propos. Un très beau spectacle.

    "Être ou paraître " au studio Hebertot, une chorégraphie de mes amis Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault, mise en scène par la première, joué et dansé par le second, sur une musique de Yannael Quenel et des textes de Louis Aragon et William Shakespeare. Là encore, un sacré " One man show" ! Julien, qui commença par être un très bon gymnaste et est devenu un grand danseur, est désormais aussi acteur. Et quel acteur ... physique, puissant, fin, émouvant, drôle. Voilà que j'apprends qu'il s'entraîne aussi au chant ! Ce saltimbanque-là est bien éclectique. À voir absolument.

    Et puis, un tour au Grand Palais pour voir l'expo Gauguin et me régaler de ses œuvres peintes en Polynésie ou aux Marquises. J'y ai appris beaucoup de choses fascinantes sur les techniques utilisées par l'artiste, non pas pour ces tableaux-là mais pour des gravures moins connues et moins flamboyantes . Des techniques alliant le bois, le verre, les tissus, l'encre et l'aquarelle.. bien intéressant

dimanche 26 novembre 2017

Lu " L'ordre du jour" d'Eric Vuillard, paru chez Actes Sud, la belle maison d'édition arlésienne.


Ce roman vient d'obtenir le Prix Goncourt et cela m'amène à me poser la question : comment et pourquoi obtient-on le Prix Goncourt ?
Si c'est pour la belle écriture et la richesse du vocabulaire, on y est ! Tellement riche que j'ai même dû sortir mon dictionnaire une ou deux fois ...
Si c'est pour le thème choisi, on y est aussi ! 1938, l'annexion de l'Autriche par l'armée allemande et des anecdotes tellement nombreuses et croustillantes qu'on se demande toujours si on est dans un livre d'histoire ou dans un roman. Probablement l'histoire romancée...
Pour le reste, l'ouvrage manque un peu de cohérence et de profondeur.Dommage car ça se lit bien . Étonnant.

mardi 21 novembre 2017

Les images insoutenables d'une chaîne de télévision américaine révélant l'existence d'un véritable "marché aux esclaves" en Libye  , ont provoqué l'indignation, une condamnation sévère quasi-unanime, un haut-le-cœur, une colère, une révolte, bien légitimes. 


Comment en est-on arrivés là ?
Il y a trois ans, j'avais travaillé près d'un an sur la situation libyenne et rédigé un rapport pour la Commission des Affaires Étrangères de l'Assemblée que j'avais intitulé "L'urgence Libyenne". J'étais allé sur place - j'y étais quand l'ambassade de France a sauté- et j'ai rencontré longuement toutes les parties. Trois ans ont passé, l'urgence s'est aggravée, mais mon analyse de l'époque reste valable. 
Il faut avoir le courage de regarder en face notre part de responsabilité dans cette affaire, sans esprit polémique, mais avec honnêteté : en 2011 , l'intervention militaire franco-britannique décidée par le Président Sarkozy, avec David Cameron principalement, si elle a eu des effets "humanitaires " (je mets des guillemets à dessein) réels en protégeant la population de Benghazi d'un massacre annoncé par les troupes de Khadafi ( protéger cette population était d'ailleurs le cœur de la délibération de l'ONU), a eu malheureusement des effets négatifs non moins indéniables  et aujourd'hui avérés : d'une part, en "tordant" le mandat de l'ONU bien au-delà de cette seule protection des populations civiles pour la transformer en intervention "jusqu'à l'élimination de Khadafi", elle a brisé la confiance accordée à la parole de la France sur la scène internationale, à l'ONU notamment. Le Ministre russe des Affaires étrangères, n'a cessé de nous le répéter depuis, même s'il n'était pas le mieux placé pour le faire...
Et, d'autre part, une fois l'intervention achevée, la coalition n'a pas su, voulu ou pu ( il y a là une part de mystère pour moi ) imposer une politique "de l'après" pour accompagner la construction d'une démocratie et d'un état de droit. 
Comme les mots ont toujours un sens , je parle ici de "construction" et non de "reconstruction" dans la mesure où l'on peut se demander si un "État" a jamais existé en Libye : depuis des décennies, le pouvoir était accaparé, confisqué, par un clan familial qui, loin d'être obsédé par la construction d'un état moderne et efficace pour gérer la rente pétrolière -car la Libye est un pays riche !- a régné en s'appuyant sur les bonnes vieilles méthodes des dictatures, le népotisme, la violence et la corruption (et quelle corruption ! La Libye était le royaume de l'argent liquide : j'ai pu recueillir sur place un témoignage me parlant de "containers d'argent liquide "!) .
Et ce clan familial disparu, éliminé, qu'est-il resté des structures politico-administratives de la Libye ? Rien ....
C'est pourquoi, lorsque j'entends aujourd'hui des autorités politiques - en France comme sur la scène internationale -s'adresser aux autorités libyennes, j'ai envie de dire "quelles autorités libyennes"? Il y en a tant...
Le gouvernement ? Il y en a deux. Et un joli tour de passe-passe diplomatique a même fait que le label de "légitimité " accordé par la communauté internationale est passé de l'un à l'autre sans que la population libyenne y comprenne grand chose.
Le parlement ? Il y en a deux. Même musique.
Les forces armées ? Il y en a tant ...l'armée nationale du général Aftar, à l'Est, est sûrement la plus structurée, le gouvernement de Tripoli vivant au rythme des soubresauts des milices nombreuses et surarmées . Sans oublier la présence de lEtat Islamique , défait il y a quelques mois dans ses positions autour de Tobrouk mais dont tout le monde sait que les forces se sont dissoutes en se diffusant dans l'ensemble du territoire.
La réalité de la Libye d'aujourd'hui est claire : c'est un pays atomisé où règnent les tribus, les katibas, les milices. Un pays de désordre et d'anarchie où s'épanouissent tous les trafics . Les trafics de drogues, d'armes ( la rumeur ,hélas crédible, dit qu'il y aurait plus d'armes que d'habitants dans le pays) et, certains le découvrent aujourd'hui, trafics d'êtres humains.
Il y a plusieurs années que les observateurs attentifs ont connaissance des traitements épouvantables que nombre de Libyens infligent aux migrants de passage. Pour ceux-là, les images de CNN ne sont pas une surprise.
Voilà pourquoi, au-delà du légitime soutien que la communauté internationale, et l'Union européenne en particulier, doit à tous ceux qui mènent une action humanitaire en Méditerranée pour sauver ces malheureux qui ne fuient pas seulement la misère de leurs pays d'origine, mais aussi la barbarie d'un pays de passage, l'urgence politique est aussi, et peut-être surtout de rattraper la bévue de 2011 en accompagnant avec force la construction d'un état de droit en Libye.