dimanche 3 juin 2018

Je déjeune avec Haïm KORSIA, le grand rabbin de France, que je connais et apprécie depuis longtemps.

Je me souviens avoir visité Auschwitz avec lui : dans une cérémonie improvisée dans le camp à la nuit tombante, nous avions allumé quelques chandelles et il m'avait demandé d'en allumer une " à la laïcité"....Nous échangeons en confiance sur divers sujets de ce que j'appellerais " l'actualité de la République " et je l'interroge : 

-dans tes interventions publiques, utilises-tu l'expression "communauté juive" ?
Jamais de la vie,me répond-il catégoriquement.
Et pourquoi donc ? 
-Parce que pour moi, il n'y a qu'une communauté, c'est la communauté nationale. 
Comme quoi on peut exercer de Hautes fonctions religieuses et avoir une vraie culture républicaine et laïque...

Le 12 mai dernier, la dénommée Maryam Pougetoux, Présidente du Syndicat d'étudiants UNEF de l'Université de Paris IV, intervenait sur M6 pour commenter le blocage de certaines universités.

Jusque là, pas de problème, on est dans l'habituel et le fonctionnel, presque l'anecdotique..
Sauf que, pour ce faire, cette chère responsable syndicale portait un hijab, ce voile noir qui entoure le visage chez certaines femmes musulmanes. Polémique publique. Polémique alimentée par les propos ingénus ( faussement ?) de l'intéressée, affirmant que ce port n'était pas un message politique, mais juste l'expression de sa foi personnelle....
Et, évidemment, comme dans toute polémique, on a entendu toutes les bêtises possibles, de bonne ou de mauvaise foi.
Bêtise de la Droite extrême et de l'extrême-droite qui, dès qu'elles aperçoivent un voile, crient à l'envahissement et, une fois de plus, une fois encore, ne conçoivent la laïcité républicaine que comme une arme -qu'elle n'est pas !- pour combattre non pas les religions, mais une religion et une seule, l'Islam. Ces faux-laïcs, si aveugles quand il s'agit des atteintes à la laïcité par les religions chrétiennes, si complices même quand il faut porter des coups à l'école de la République, ne seront jamais de vrais laïcs.
Bêtise plus sournoise de tel responsable de l'Observatoire de la Laïcité qui, à force de l'observer, ne sait plus -s'il a jamais su!- ce qu'elle est dans sa globalité et sa richesse majeure, et qui nous explique doctement, long raisonnement juridique à l'appui, qu'elle a tout à fait le droit de porter le voile. " Elle a le droit !"... la belle affaire. Bien sûr qu'elle a le droit de porter le voile mais la question n'est pas là. Dans ces débats publics un peu polémiques, il faut toujours qu'il y en ait un pour prendre les autres pour des imbéciles et caricaturer leurs positions pour mieux les démolir. Personne d'intelligent et de sensé n'a mis en cause le droit de cette jeune femme de porter un voile, la question n'est pas là . La question est évidemment politique, elle n'est pas juridique. Et, dans ce genre de cas, réduire la laïcité à un corpus juridique n' est pas seulement inepte, c'est coupable. 
Bêtise de tous les bien-pensants de la presse et d'une grande partie de la Gauche qui, devant l'expression de l'émotion provoquée par cette image ont évidemment crié à l'islamophobie, ce refuge trop facile de tous les communautarismes et de tous les abandons.
Eh bien non !
On a bien le droit de s'émouvoir que cette jeune femme porte le voile quand elle s'exprime au nom de son Syndicat, non pas parce qu'elle n'aurait pas le droit d'exprimer une conviction personnelle, mais bien parce qu'elle s'exprime dans un débat public, au nom d'une organisation qui se disait laïque et républicaine. Je voudrais bien entendre les cris d'orfraie de tous ces faux-laïcs si le responsable d'un Syndicat étudiant de Droite s'exprimait à la télévision avec une grosse croix chrétienne autour du cou !
J'essaye de garder une position mesurée sur ces sujets si sensibles et, par exemple, je ne suis pas favorable à l'extension à l'université de l'interdiction des signes religieux valable dans les établissements scolaires. D'abord parce que les étudiants sont majeurs et que la République n'a plus à protéger leurs consciences. Ensuite parce que la tradition des franchises universitaires en fait des territoires de liberté très particuliers. Mais à condition qu'on ne nous prenne pas pour des imbéciles et qu'on ne nous empêche pas, au nom de je ne sais quelle pensée d'abandon et de compromission, de voir dans ces actes-là des actes politiques et de les aborder politiquement. Ca n'est pas parce que le port du voile est autorisé dans l'espace public et l'université que, pour autant, mon devoir de citoyen m'interdirait de m'interroger sur la signification politique de ce voile et d'y voir, quoi qu'on en dise, bien plus que l'expression individuelle et privée d'une foi. Derrière la sempiternelle rengaine selon laquelle " il y a aussi des femmes musulmanes qui portent le voile librement et de leur plein gré" , ce qui est sans doute vrai, on a bien le droit aussi de rappeler que des millions de femmes sont mortes à travers le monde pour avoir le droit... de ne pas le porter !
Et , avec l'universalisme  et le combat pour l'égalité femmes-hommes au cœur, on a bien le droit de poser la question : combien d'hommes portent le voile, librement ou pas ?

mercredi 30 mai 2018

L'an dernier, aux Baux de Provence, j'avais découvert émerveillé le travail que Culturespaces présentait dans ces immenses carrières, cette magnifique alliance des images projetées dans toutes les dimensions, de jolies musiques classiques et d'une technologie très sophistiquée usant de dizaines ( des centaines ?) de vidéo-projecteurs. 
Eh bien, ces artistes-là récidivent ! Ils ont investi, dans le 11ème arrondissement de Paris, une ancienne et immense fonderie du 19ème siècle et y présentent plusieurs montages dont la principale est consacrée à Klimt, le peintre autrichien de la fin du 19ème et du début du 20ème. 
C'est absolument bluffant, éblouissant, et il y a un monde fou. Bravo.

samedi 26 mai 2018

Lu " Baroque sarabande" de Christiane Taubira, aux éditions Philippe Rey.

De bons amis m'ont offert ce joli petit livre pour mon anniversaire et je m'y suis plongé avec une certaine délectation . Parce que je connais bien l'auteure depuis longtemps : en 1994, jeunes députés tous les deux, nous avions eu, ensemble, le privilège de participer à une mission de tous les parlements de l'Union européenne pour aller observer les premières élections libres en Afrique du Sud. Mission éblouissante, passionnante, bouleversante qui, on le comprend, créa un lien particulier entre nous. J'ai eu, évidemment, des désaccords politiques - certains bien lourds...- avec Christiane mais, au-delà de la politique, j'ai toujours apprécié sa culture personnelle si riche, profonde, diverse. Je me souviens que lorsqu'elle était Garde des Sceaux, je lui avais demandé de remettre à mon ami Henri Pena-Ruiz, philosophe et historien de la laïcité, la légion d'honneur que la République lui avait légitimement accordée. Sans notes, elle avait fait un discours éblouissant, récitant notamment des dizaines de vers du poème de Louis Aragon, " La rose et le réséda ". Or c'est justement de culture que parle Christiane dans ce livre, évoquant dans une baroque sarabande, toutes les influences culturelles qui l'ont construite, les bibliothèques fréquentées, les auteurs lus pendant son enfance, ceux choisis à son adolescence, les passions politico-culturelles de sa jeunesse, les musiques qui accompagnaient tout cela. Évidemment, native de Guyane, elle révèle magnifiquement une ambiance générale faite de Culture-Caraïbes , d'Aimé Césaire notamment, et de saudade brésilienne. En lisant tout cela, je me prends à penser que le quinquennat de Francois Hollande eût été tout autre si Christiane avait été Ministre de la Culture...

dimanche 20 mai 2018

Deux réflexions d'un élu local républicain et progressiste qui ne fait plus de politique partisane mais qui garde ses convictions intactes :

  1. Je viens d'entendre, l'espace de quelques jours, un Ministre du gouvernement de la République et deux importants responsables parlementaires, le President du groupe majoritaire à l'Assemblée et la Présidente de la Commission des Affaires sociales, déclarer que les mesures prises à l'automne dernier sur le logement social et les APL avait été une grave erreur, le bon Richard Ferrand parlant même "de connerie inévitable". Une connerie, ça c'est bien sûr. Inévitable , ça l'est moins : il suffisait d'écouter les alertes de responsables du logement social qui , comme moi, ont été nombreux à avertir nos gouvernants et nos parlementaires en temps utile. En vain. Une mesure technocratique, prise sans aucune concertation et appliquée bêtement, uniformément sur l'ensemble du territoire quand la situation des organismes HLM et du marché du logement est terriblement diversifiée, c'était l'échec annoncé. Ces braves gens voulaient provoquer un "choc de l'offre", ils vont l'avoir !! Hélas, pas du tout dans le sens qu'ils espéraient... bon, tout ça c'est le passé, il ne sert à rien de le rabâcher. Sauf pour en tirer les leçons !! Et tel est le sens de mon appel solennel et pressant aux auteurs de ces belles déclarations : si c'est une connerie, ce que je crois, alors votre responsabilité politique est d'y mettre fin de toute urgence ! Et de ne pas la répéter !! Et encore moins de la répéter en l'amplifiant !!! Car, je vous le rappelle, le dispositif que vous avez adopté s'étale sur trois ans , la ponction sur les organismes HLM se faisant en trois "marches". Si la montée de la première marche vous amène à ce constat, alors annulez les deux suivantes ! Vous pouvez très bien le faire lors de la prochaine loi de finances. Faute avouée à moitié pardonnée dit le dicton. Mais faute avouée et quand même répétée fait perdre toute crédibilité.

    2. Maubourguet ville de 2500 habitants dans les Hautes Pyrénées dont j'ai été Maire il fut un temps et où j'habite toujours, s'apprête à vivre les conséquences idiotes et déplorables d'une autre décision technocratique : le retour à la semaine de 4 jours dans les écoles. Quand j'ai été élu maire en 1989, c'est la première et bonne décision que nous avons prise avec le conseil municipal pour témoigner notre attachement à notre école publique soumise à une rude concurrence, pour la rendre plus attractive. 
    Bien avant tout le monde, comme quelques autres communes en France, nous avons mis en place cette fameuse "réforme des rythmes scolaires", aidés d'ailleurs en cela par un certain Ministre de l'Education du nom de Jospin...nous l'avons fait sérieusement, en lisant et étudiant tout ce qui s'était écrit sur le sujet qui démontre spectaculairement que les journées des écoliers français sont parmi les plus lourdes du monde et que ceci est une cause de nombreux "décrochages" (par la perte d'attention dans l'après-midi) et d’échecs scolaires .(M. Blanquer est bien léger quand il dit qu'il n'a rien lu de convaincant sur le sujet ... il y a même un avis de l'Académie de médecine !!). Et nous l'avons fait après une formidable mobilisation de la population et du réseau associatif. Résultat : une formidable réussite avec un centre de loisirs auquel ont adhéré presque tous les clubs sportifs et les associations culturelles . Une très belle réussite avec l’adhésion des parents et pour l'épanouissement des enfants. Tout cela a duré 28 ans et va prendre fin à la rentrée prochaine la la faute d'un Ministre technocrate peu soucieux des réalités du terrain, d'un Inspecteur d'Académie soucieux d'être bien noté et,donc, de faire des économies et des transferts de compétences aux nouvelles communautés de communes peu enclines à se lancer sans moyens dans des projets ambitieux. Il existe bien sûr des moyens juridiques de laisser les communes qui le veulent continuer l'aventure mais ça n'intéresse pas le Ministère. Tant pis pour les enfants de Maubourguet...

lundi 14 mai 2018

10 mai 1981-10 mai 2018... 37 ans déjà. 


Je pense chaque jour ou presque à François MITTERRAND et à tout ce que nous avons vécu, collectivement, avec lui. À ce que j'ai vécu, pendant 10 ans, à ses côtés, pendant 23 ans de militantisme partagé, 17 ans de compagnonnage politique et, in fine, d'amitié. Et, évidemment, le 10 mai, j'y pense encore plus.
Mais je pense à lui souvent, en pensant à notre actuel président . Car Francois MITTERRAND nous disait souvent : " vous voyez ces gens qui vous disent qu'ils ne sont ni de Droite ni de Gauche ? Vous apprendrez cette règle incontournable : en fait , ils ne sont ni de Gauche...ni de Gauche !" . 40 ans après, on conviendra que la réflexion de Mitterrand est plus que jamais d'actualité non ?
J'y pensais notamment en regardant le portrait de Macron réalisé par Bertrand Delais, un réalisateur de documentaire que je connais et que j'apprécie, même si son obsession - respectable !- d'être "en communion" avec ses sujets ne le met pas à l'abri, en la circonstance, d'une tendance hagiographique évidente ....
Un an après l'élection de Macron, Bertrand Delais nous propose donc un portrait-bilan qui pousse naturellement à l'analyse critique en essayant d'être honnête à défaut d'être objectif.
J'aime bien, chez ce Macron mis en valeur par Delais, la politique étrangère volontariste. Et même sa relation avec Trump ne me choque pas quand il s'agit d'essayer jusqu'au bout d'essayer d'éviter le pire. Personne ne peut lui reprocher d'avoir essayé. Même si face à un homme qui nous refait le coup de Bush et des armes de destruction massive en Irak - franchement, voir dans l'Iran le principal financier du terrorisme, et ignorer ainsi, non seulement le schisme entre le sunnisme et le chiisme, mais aussi les liens évidents entre le sunnisme, le salafisme wahabbite notamment, et le terrorisme djihadiste, c'est prendre le monde pour un benêt ! Ben Laden n'était pas chiite . Al Qaïda n'est pas née à Téhéran !! - , même si, donc, ces efforts sont vains, ils sont méritoires. Cela étant, il y a des images de la visite à Washington où le paternalisme de Trump à l'égard du Président français, met mal à l'aise. Passons.
J'aime bien, chez ce Macron mis en valeur par Delais, l'engagement européen, assumé et courageux . C'est si rare depuis ... Mitterrand justement. En même temps ( oui ! En même temps...), à entendre certains de ses discours européens, je me dis d'une part qu'il sous-estime la crise Européenne - Ah! Cette idée qu'un Ministre ou un budget de la zone euro va redonner confiance aux peuples dans l'Europe...- et, d'autre part qu'il ferait bien de se garder de cette arrogance française qu'on nous reproche dans toute l'Europe.
J'aime bien, chez ce Macron mis en valeur par Delais, cette incarnation du pouvoir, cette autorité naturelle qui manquait tant à son prédécesseur, cette capacité à penser la France et à parler aux français de leur pays comme ce qui les unit ou les réunit, qui manquait tant à ses trois prédécesseurs.
"En même temps" (!..), il y a aussi dans tout cela une forme d'arrogance qui se confirme peu à peu et dont le Président ferait bien de se méfier.
D'abord pour sa tentation technocratique, l'arrogance de l'inspecteur des finances, très étrangère au vécu Des ( et non ce) citoyens, ensuite pour son penchant monarchiste qui fait fi de l'importance majeure, en démocratie, des contre-pouvoirs et des corps intermédiaires. J'ai déjà dit, dans ces pages, combien je partageais le cri - de colère?- de Laurent Berger, le dirigeant de la CFDT, qui voit bien que la démocratie sociale est en danger et ne s'y résigne pas. Attention...
Et puis, il y a l'affirmation de Mitterrand : ni de Gauche, ni de Gauche. C'est, désormais, tellement évident au plan économique, fiscal et social. Les ordonnances sur le marché du travail devaient instaurer la "flexisecurité" ? On a vu beaucoup de " flexi" et bien peu de "sécurité". La politique fiscale fait-elle de Macron le Président des riches ou des très riches ? En tout cas personne ne s'aventure à dire qu'il est le Président des pauvres ou, encore moins, des très pauvres... Quant au plan social, parce que je préside encore - bénévolement !- un office public d'HLM, j'ai déjà dit mon cri de colère et de révolte contre une politique tellement technocratique qu'elle en est bête et qu'elle sera inefficace.
Enfin, il y a un point que, curieusement, Bertrand Delais occulte totalement dans cette première année du quinquennat de Macron : c'est le discours des Bernardins aux évêques de France. C'est curieux cet oubli, non ? Je plaide, moi, que ce discours est hélas bien éclairant quant à une conception de la République qui, justement, n'est pas vraiment républicaine. Mais j'ai déjà dit pourquoi.

mardi 8 mai 2018

De passage à Hyères chez de bons et chers amis, je vais, bien entendu, à la librairie Charlemagne où Benoîte Groult avait ses habitudes.

Hasard des choses, je vois sur le présentoir, justement, le dernier livre de cette auteure ( j'emploie la féminisation des termes à dessein en hommage à cette féministe convaincue et militante) disparue il y a deux ans . Un livre post mortem, à l'initiative heureuse de sa fille Blandine de Caunes qui a permis la publication de ce " Journal d'Irlande, carnets de pêche et d'amour" , un journal intime limité aux séjours estivaux - quelques semaines à peine chaque année - de Benoîte Groult et de son mari Paul Guimard dans leur maison du sud-ouest de l'Irlande, dans l'anneau du Kerry. 
Comme toujours avec Benoîte Groult, ce livre est bourré d'humanité, de tendresse, d'amitié, d'amour et je ne dis pas cela seulement parce que j'ai connu cette femme et son mari, que je lui ai porté estime, admiration et affection et que j'ai d'ailleurs eu la chance de connaître cette maison irlandaise. 
On trouve dans ce livre un doux mélange de chroniques météorologiques rythmées par les tempêtes irlandaises permanentes, de comptes rendus des parties de pêche - à pied ou en mer - quotidiennes du couple, passion dévorante et souvent courageuse, raison d'être centrale de cette maison et de ces séjours, d'analyse sans fard du vieillissement des corps et des esprits, l'expression de l'amitié pour les visiteurs, et le croisement des amours, celui du couple vieillissant, usé mais inséparable, comme celui vécu par l'auteure avec l'amant américain, physique et presque charnel.
C'est délicieusement doux et tendre. Et cette écriture est tellement spontanée et franche....