dimanche 20 mai 2018

Deux réflexions d'un élu local républicain et progressiste qui ne fait plus de politique partisane mais qui garde ses convictions intactes :

  1. Je viens d'entendre, l'espace de quelques jours, un Ministre du gouvernement de la République et deux importants responsables parlementaires, le President du groupe majoritaire à l'Assemblée et la Présidente de la Commission des Affaires sociales, déclarer que les mesures prises à l'automne dernier sur le logement social et les APL avait été une grave erreur, le bon Richard Ferrand parlant même "de connerie inévitable". Une connerie, ça c'est bien sûr. Inévitable , ça l'est moins : il suffisait d'écouter les alertes de responsables du logement social qui , comme moi, ont été nombreux à avertir nos gouvernants et nos parlementaires en temps utile. En vain. Une mesure technocratique, prise sans aucune concertation et appliquée bêtement, uniformément sur l'ensemble du territoire quand la situation des organismes HLM et du marché du logement est terriblement diversifiée, c'était l'échec annoncé. Ces braves gens voulaient provoquer un "choc de l'offre", ils vont l'avoir !! Hélas, pas du tout dans le sens qu'ils espéraient... bon, tout ça c'est le passé, il ne sert à rien de le rabâcher. Sauf pour en tirer les leçons !! Et tel est le sens de mon appel solennel et pressant aux auteurs de ces belles déclarations : si c'est une connerie, ce que je crois, alors votre responsabilité politique est d'y mettre fin de toute urgence ! Et de ne pas la répéter !! Et encore moins de la répéter en l'amplifiant !!! Car, je vous le rappelle, le dispositif que vous avez adopté s'étale sur trois ans , la ponction sur les organismes HLM se faisant en trois "marches". Si la montée de la première marche vous amène à ce constat, alors annulez les deux suivantes ! Vous pouvez très bien le faire lors de la prochaine loi de finances. Faute avouée à moitié pardonnée dit le dicton. Mais faute avouée et quand même répétée fait perdre toute crédibilité.

    2. Maubourguet ville de 2500 habitants dans les Hautes Pyrénées dont j'ai été Maire il fut un temps et où j'habite toujours, s'apprête à vivre les conséquences idiotes et déplorables d'une autre décision technocratique : le retour à la semaine de 4 jours dans les écoles. Quand j'ai été élu maire en 1989, c'est la première et bonne décision que nous avons prise avec le conseil municipal pour témoigner notre attachement à notre école publique soumise à une rude concurrence, pour la rendre plus attractive. 
    Bien avant tout le monde, comme quelques autres communes en France, nous avons mis en place cette fameuse "réforme des rythmes scolaires", aidés d'ailleurs en cela par un certain Ministre de l'Education du nom de Jospin...nous l'avons fait sérieusement, en lisant et étudiant tout ce qui s'était écrit sur le sujet qui démontre spectaculairement que les journées des écoliers français sont parmi les plus lourdes du monde et que ceci est une cause de nombreux "décrochages" (par la perte d'attention dans l'après-midi) et d’échecs scolaires .(M. Blanquer est bien léger quand il dit qu'il n'a rien lu de convaincant sur le sujet ... il y a même un avis de l'Académie de médecine !!). Et nous l'avons fait après une formidable mobilisation de la population et du réseau associatif. Résultat : une formidable réussite avec un centre de loisirs auquel ont adhéré presque tous les clubs sportifs et les associations culturelles . Une très belle réussite avec l’adhésion des parents et pour l'épanouissement des enfants. Tout cela a duré 28 ans et va prendre fin à la rentrée prochaine la la faute d'un Ministre technocrate peu soucieux des réalités du terrain, d'un Inspecteur d'Académie soucieux d'être bien noté et,donc, de faire des économies et des transferts de compétences aux nouvelles communautés de communes peu enclines à se lancer sans moyens dans des projets ambitieux. Il existe bien sûr des moyens juridiques de laisser les communes qui le veulent continuer l'aventure mais ça n'intéresse pas le Ministère. Tant pis pour les enfants de Maubourguet...

lundi 14 mai 2018

10 mai 1981-10 mai 2018... 37 ans déjà. 


Je pense chaque jour ou presque à François MITTERRAND et à tout ce que nous avons vécu, collectivement, avec lui. À ce que j'ai vécu, pendant 10 ans, à ses côtés, pendant 23 ans de militantisme partagé, 17 ans de compagnonnage politique et, in fine, d'amitié. Et, évidemment, le 10 mai, j'y pense encore plus.
Mais je pense à lui souvent, en pensant à notre actuel président . Car Francois MITTERRAND nous disait souvent : " vous voyez ces gens qui vous disent qu'ils ne sont ni de Droite ni de Gauche ? Vous apprendrez cette règle incontournable : en fait , ils ne sont ni de Gauche...ni de Gauche !" . 40 ans après, on conviendra que la réflexion de Mitterrand est plus que jamais d'actualité non ?
J'y pensais notamment en regardant le portrait de Macron réalisé par Bertrand Delais, un réalisateur de documentaire que je connais et que j'apprécie, même si son obsession - respectable !- d'être "en communion" avec ses sujets ne le met pas à l'abri, en la circonstance, d'une tendance hagiographique évidente ....
Un an après l'élection de Macron, Bertrand Delais nous propose donc un portrait-bilan qui pousse naturellement à l'analyse critique en essayant d'être honnête à défaut d'être objectif.
J'aime bien, chez ce Macron mis en valeur par Delais, la politique étrangère volontariste. Et même sa relation avec Trump ne me choque pas quand il s'agit d'essayer jusqu'au bout d'essayer d'éviter le pire. Personne ne peut lui reprocher d'avoir essayé. Même si face à un homme qui nous refait le coup de Bush et des armes de destruction massive en Irak - franchement, voir dans l'Iran le principal financier du terrorisme, et ignorer ainsi, non seulement le schisme entre le sunnisme et le chiisme, mais aussi les liens évidents entre le sunnisme, le salafisme wahabbite notamment, et le terrorisme djihadiste, c'est prendre le monde pour un benêt ! Ben Laden n'était pas chiite . Al Qaïda n'est pas née à Téhéran !! - , même si, donc, ces efforts sont vains, ils sont méritoires. Cela étant, il y a des images de la visite à Washington où le paternalisme de Trump à l'égard du Président français, met mal à l'aise. Passons.
J'aime bien, chez ce Macron mis en valeur par Delais, l'engagement européen, assumé et courageux . C'est si rare depuis ... Mitterrand justement. En même temps ( oui ! En même temps...), à entendre certains de ses discours européens, je me dis d'une part qu'il sous-estime la crise Européenne - Ah! Cette idée qu'un Ministre ou un budget de la zone euro va redonner confiance aux peuples dans l'Europe...- et, d'autre part qu'il ferait bien de se garder de cette arrogance française qu'on nous reproche dans toute l'Europe.
J'aime bien, chez ce Macron mis en valeur par Delais, cette incarnation du pouvoir, cette autorité naturelle qui manquait tant à son prédécesseur, cette capacité à penser la France et à parler aux français de leur pays comme ce qui les unit ou les réunit, qui manquait tant à ses trois prédécesseurs.
"En même temps" (!..), il y a aussi dans tout cela une forme d'arrogance qui se confirme peu à peu et dont le Président ferait bien de se méfier.
D'abord pour sa tentation technocratique, l'arrogance de l'inspecteur des finances, très étrangère au vécu Des ( et non ce) citoyens, ensuite pour son penchant monarchiste qui fait fi de l'importance majeure, en démocratie, des contre-pouvoirs et des corps intermédiaires. J'ai déjà dit, dans ces pages, combien je partageais le cri - de colère?- de Laurent Berger, le dirigeant de la CFDT, qui voit bien que la démocratie sociale est en danger et ne s'y résigne pas. Attention...
Et puis, il y a l'affirmation de Mitterrand : ni de Gauche, ni de Gauche. C'est, désormais, tellement évident au plan économique, fiscal et social. Les ordonnances sur le marché du travail devaient instaurer la "flexisecurité" ? On a vu beaucoup de " flexi" et bien peu de "sécurité". La politique fiscale fait-elle de Macron le Président des riches ou des très riches ? En tout cas personne ne s'aventure à dire qu'il est le Président des pauvres ou, encore moins, des très pauvres... Quant au plan social, parce que je préside encore - bénévolement !- un office public d'HLM, j'ai déjà dit mon cri de colère et de révolte contre une politique tellement technocratique qu'elle en est bête et qu'elle sera inefficace.
Enfin, il y a un point que, curieusement, Bertrand Delais occulte totalement dans cette première année du quinquennat de Macron : c'est le discours des Bernardins aux évêques de France. C'est curieux cet oubli, non ? Je plaide, moi, que ce discours est hélas bien éclairant quant à une conception de la République qui, justement, n'est pas vraiment républicaine. Mais j'ai déjà dit pourquoi.

mardi 8 mai 2018

De passage à Hyères chez de bons et chers amis, je vais, bien entendu, à la librairie Charlemagne où Benoîte Groult avait ses habitudes.

Hasard des choses, je vois sur le présentoir, justement, le dernier livre de cette auteure ( j'emploie la féminisation des termes à dessein en hommage à cette féministe convaincue et militante) disparue il y a deux ans . Un livre post mortem, à l'initiative heureuse de sa fille Blandine de Caunes qui a permis la publication de ce " Journal d'Irlande, carnets de pêche et d'amour" , un journal intime limité aux séjours estivaux - quelques semaines à peine chaque année - de Benoîte Groult et de son mari Paul Guimard dans leur maison du sud-ouest de l'Irlande, dans l'anneau du Kerry. 
Comme toujours avec Benoîte Groult, ce livre est bourré d'humanité, de tendresse, d'amitié, d'amour et je ne dis pas cela seulement parce que j'ai connu cette femme et son mari, que je lui ai porté estime, admiration et affection et que j'ai d'ailleurs eu la chance de connaître cette maison irlandaise. 
On trouve dans ce livre un doux mélange de chroniques météorologiques rythmées par les tempêtes irlandaises permanentes, de comptes rendus des parties de pêche - à pied ou en mer - quotidiennes du couple, passion dévorante et souvent courageuse, raison d'être centrale de cette maison et de ces séjours, d'analyse sans fard du vieillissement des corps et des esprits, l'expression de l'amitié pour les visiteurs, et le croisement des amours, celui du couple vieillissant, usé mais inséparable, comme celui vécu par l'auteure avec l'amant américain, physique et presque charnel.
C'est délicieusement doux et tendre. Et cette écriture est tellement spontanée et franche....

vendredi 27 avril 2018

Lu "My absolute darling " de Gabriel Tallent aux éditions Gallmeister.

L'immense succès américain pour le premier roman de ce jeune auteur. L'histoire, contemporaine, se passe dans le Nord de la Californie, autour de Mendocino, petite ville popularisée par le film " Un été 42" et dont je garde un souvenir ébloui par la beauté de ses paysages pour les avoir trop brièvement fréquentés à la fin des années 80.
Turtle, adolescente de 14 ans , est l'objet et la victime de cet amour absolu que lui porte son père depuis la mort de sa mère quand elle était enfant dans des conditions mystérieuses. Mais ces deux êtres-là, le père et la fille, vivent dans de drôles de conditions, partagés entre l'amour de la nature, des arbres, des animaux et de la mer, qui les entourent, et la passion des armes à feu dont ils sont pourvus presque jour et nuit. Cet amour absolu est un amour-haine d'une puissance et d'une violence invraisemblables puisque le père aime tellement sa fille qu'il la bat et la viole, puisqu'il faut bien appeler viol ces incestes à répétition. Et Turtle est terriblement, puissamment, violemment déchirée par son attachement fusionnel -au mauvais sens du terme- à son père et par sa conscience grandissante que sa sauvegarde et son avenir passent par sa capacité à s'en affranchir. Une première rencontre de Turtle avec un adolescent de son collège auquel elle va s'attacher, puis une deuxième avec une fillette que son père va ramener chez eux sans prévenir, vont précipiter cet affranchissement par une fin tragique et d'une violence folle.
C'est vraiment un livre prenant , particulier et original, et d'une puissance , d'une profondeur impressionnantes.

48h bien agréables au Printemps de Bourges avec une bonne bande d’amis.

Il y a bien longtemps que je me promettais d’aller visiter la grande manifestation de la chanson française, avec les FrancoFolies de La Rochelle où je me suis rendu plusieurs fois. 
Le Printemps de Bourges - très belle ville !- n’est pas une affaire de «Bourges» ! C’est une manifestation très populaire et très intergénérationnelle. Intéressant. On y voit et écoute des chanteurs et chanteuses confirmés comme des débutants qui viennent y saisir leur chance. J’y ai découvert et beaucoup apprécié Juliette Armanet pleine de charme et de sensibilité, de personnalité dans la voix et sur scène ; Catherine Ringer, à la personnalité intelligente et au métier affirmé, que je trouve beaucoup plus épanouie et convaincante qu’il y a 20 ou 30 ans ; Véronique Sanson plus convaincante dans le registre émotionnel que dans celui des décibels; les Brigitte qui m’ont un peu déçu car le charme de l’alliance de ces deux femmes et de leurs voix fines et aiguës se brise un peu quand l’une «prend le pas» sur l’autre; un groupe canadien génial, éclectique et drôle, «Walk off the earth »( ah ! Ces huit mains sur une seule guitare !!); Quant à Rag’n bone man, ce balèze blanc plein de tatouages à la voix des meilleurs chanteurs de soul noirs, je l’aurais apprécié si son ingénieur du son n’avait pas cru que la qualité se mesure à la puissance : nous sommes partis pour protéger nos oreilles...

lundi 16 avril 2018

Lu "La disparition de Stéphanie Mailer" de Joël Dicker, paru aux éditions de Fallois.

Je ne suis pas, d'ordinaire, un grand amateur de romans policiers. J'en ai pourtant beaucoup lu dans mon adolescence mais je me suis éloigné du genre. Mais là...
J'avais déjà beaucoup apprécié "la vérité sur l'affaire Harry Quebert" et j'attendais le prochain livre du jeune (il a 33 ans seulement) écrivain suisse romand. Le voilà et c'est franchement réussi, passionnant, palpitant. L'histoire se passe dans les Hamptons, dans la grande banlieue de New York en 2014 où une jeune journaliste, Stéphanie Mailer, est assassinée alors qu'elle enquêtait sur une autre affaire, datant de 1994, lors de laquelle quatre personnes avaient été assassinées et qui avait été élucidée par deux policiers émérites. Sauf que...les mêmes policiers, vingt ans après, s'aperçoivent que ladite journaliste s'apprêtait à révéler que l'enquête s'était égarée et que le véritable auteur des crimes n'était pas celui condamné. À partir de là redémarre une formidable enquête pleine de rebondissements progressant à la fois dans l'actualité et dans les souvenirs de l'enquête passée. C'est vraiment formidablement fait et ça tient en haleine au-delà de l'imaginable.

jeudi 12 avril 2018

MACRON, LES RELIGIONS ET LA LAÏCITÉ : LES LIMITES DU "EN MÊME TEMPS"


J'ai voulu me donner du temps après le discours du Président de la République devant la conférence des évêques de France aux Bernardins. Le temps de la lecture, stylo en mains, du texte officiel sur le site de l’Élysée et non pas des extraits de presse plus ou moins tronqués. Le temps de la réflexion et de quelques échanges avec des personnes de confiance. Le temps de ne pas me précipiter...
Il faut dire que la cascade des réactions précipitées n'encourageait pas à s'y noyer !
MELENCHON, qui n'est pas suspect, historiquement, de manquer au devoir de laïcité même s'il fait preuve d'une indulgence invraisemblable à l'égard de certains - certaines!- élus ou dirigeants de son Parti, aurait mieux fait de s'en tenir à sa première réaction, sobre et nette. Pourquoi, ensuite, qualifier le Président de "sous-curé "? Ca ne fait pas vraiment avancer le débat dans la dignité...
Benoît HAMON, défenseur d'une conception très souple et relative de la laïcité, sans doute plus en accord avec MACRON qu'il ne le dit, a livré, pour s'en démarquer sur une radio publique des explications aussi alambiquées qu'incompréhensibles.
Olivier FAURE a rappelé opportunément la loi de 1905...qu'il proposait, il y a peu de modifier, ôtant toute crédibilité à son propos.
Et le génial BIANCO , qui "observe" la laïcité avec la loyauté qui s'impose à l'égard des Présidents qui le nomment, n'aura retenu que deux paragraphes du discours pour lui accorder son label, occultant tout le reste et ressortant des déclarations de MACRON datant de l'an dernier pour se réjouir d'être ainsi conforté. Drôle de rigueur pour le Président d'un observatoire qui, il est vrai, n'a rien d'indépendant...
Revenons donc au discours. Il est long, très long, et d'une qualité littéraire et intellectuelle indiscutable.
Et dans cette longue dissertation, peu avant la fin du discours, deux paragraphes définissent la laïcité d'une façon juridique et républicaine quasi-parfaite. J'y adhère et pourrais les signer.
Seulement voilà : "en même temps " - car il faut bien, désormais, s'inscrire dans ce balancement quasi-protocolaire de la pensée et de l'expression - oui, en même temps que ces deux paragraphes incontestables, des dizaines d'autres participent d'une "religiosité" assez invraisemblable, non pas en tant que telle dans la bouche du citoyen Emmanuel MACRON qui a bien le droit de penser et d'exprimer ce qu'il veut, mais dans celle du Président d'une République "indivisible, laïque, démocratique et sociale " comme le dit l'article premier de notre constitution.
D'où, au total, une formidable ambiguïté, des interrogations et des inquiétudes légitimes et, évidemment, une première question incontournable : le Président a-t-il cédé à la tentation de plaire à son auditoire avec cette pointe de démagogie traditionnelle des orateurs qui aiment plaire et se faire applaudir... ou bien est-ce vraiment ce qu'il pense ?
Ne soyons pas mesquin et retenons la deuxième hypothèse. Mais c'est presque plus grave...
Car au fond, ce faisant, le Président commet quatre erreurs et non pas des moindres, dont chacun jugera si ce sont des erreurs ou des fautes.
- Première erreur, la plus marquante, relevée par tous parce qu'elle est assénée d'entrée de jeu : cette histoire "du lien abîmé entre l'Eglise et l'Etat". Première observation : vous avez remarqué comme le Président, tout au long de son discours et à de nombreuses reprises, parle de "L'Eglise" et non pas " des églises" ? Comme s'il n'y en avait qu'une, l'église catholique. Comme si la loi de séparation "des églises et de l'Etat" de 1905 n'avait pas de valeur intemporelle à l'égard de toutes les églises. Deuxième observation : " le lien" ? Quel lien? La loi de séparation, loi de la République, n'a-t-elle pas, justement, coupé ce lien ? N'a-t-elle pas instauré une indépendance réciproque, celle du pouvoir politique vis-à-vis des églises et, inversement, l'indépendance de celles-ci à l'égard du pouvoir politique et de ses tentations concordataires ? Alors pourquoi parler d'un lien quand la loi de la République l'a fait disparaître ? Voulait-il parler de "relation" , l'indépendance n'interdisant en rien la relation, le dialogue, l'échange dans le respect mutuel ? Non, il a parlé de lien et cela résonne comme une négation de la loi de 1905.
Quant au terme "abîmé ", il est tout aussi étrange, d'autant qu'assez explicitement le Président en exonère l'église de toute responsabilité, l'Etat seul en étant responsable. Diable !... Et comme chacun comprend que le Président fait allusion au mariage pour tous, on ne peut s'empêcher de poser la question : du législateur qui a voulu faire progresser les droits universels et mieux protéger une catégorie de citoyens, ou bien des parents qui ont emmené leurs enfants tendrent une banane sur le passage de Christiane TAUBIRA en criant " C'est pour qui la banane ? C'est pour la guenon !" , qui a le plus abîmé la République ?
Comprenons-nous bien : si le Président avait évoqué "la relation distendue entre les églises et l'Etat" , il eût été incritiquable. Mais il a parlé "du lien abîmé entre l'église et l'Etat" et les mots ont un sens.
- Deuxième erreur du Président : évoquer, s'adressant aux catholiques , " la République que vous avez si fortement contribué à forger" est une réécriture de l'histoire de France assez stupéfiante ! Le pape Pie X doit se retourner dans sa tombe... Sa condamnation du Sillon et de Marc SANGNIER, désireux de réconcilier l'église et la République fut-elle une illusion ? Et les menaces d'excommunication contre les parlementaires qui voteraient la loi de séparation, illusion aussi ? Le Président ne sait-il pas que la République , depuis les lois Ferry jusqu'à la loi de séparation-et même bien au-delà ! - , s'est forgée dans un combat acharné contre "le Parti religieux " ?
- Troisième erreur : ce long dégagement confus par lequel le Président réduit la question de la spiritualité à celle du "salut" et, par extension, suggère que celle-ci, la spiritualité, serait affaire exclusive des religions et, mieux encore de " l'Eglise". C'est une double offense : à tous ces grands penseurs, CAMUS le premier, bien sûr, mais tant d'autres qui ont démontré si heureusement le contraire, et à tous les citoyens athées, agnostiques, ou tenants de philosophies humanistes, qui cherchent, réfléchissent, s'interrogent en permanence sur les questions liées à cette spiritualité. Derrière cette troisième erreur s'en cache une autre : Monsieur le Président, si vous êtes un vrai libéral, ce qui ne fait plus guère de doute, s'il vous plait, sur ces sujets si intimes, ne vous immiscez pas dans le dialogue des citoyens avec eux-mêmes....
- Quatrième et dernière erreur : le Président s'adresse aux catholiques, les interpellent, les enjoint, les encouragent. Mais le Président de la République, Président de tous les français, n'a-t-il pas pour vocation première de s'adresser à tous les français ? Dit autrement:  Que va-t-il dire aux autres désormais ? Et si son discours aux français se résume à une juxtaposition de discours aux différentes catégories de français dans la diversité de leurs engagements philosophiques ou religieux - ah! Le futur discours aux athées ...- on voit bien poindre le danger, celui, quoiqu'on en dise, du communautarisme.
Quatre erreurs, ou quatre fautes, chacun en jugera, et une énorme ambiguïté justifiant inquiétudes et questionnement : voilà bien les limites du "en même temps". C'est tout de même embêtant quand il s'agit de la République et de ses valeurs .
Jean Glavany