samedi 27 novembre 2021

Vu « Le roi Lear » de William Shakespeare dans une mise en scène de Georges Lavaudant au théâtre de la Porte Saint-Martin.

Pièce bien connue de Shakespeare où le vieux roi, pour organiser son héritage,
privilégie deux de ses filles qui ont su exprimer leur affection avant de le trahir, et déshérite la troisième qui n’a pas voulu jouer la comédie des mots d’amour artificiels et... qui lui restera fidèle.

La mise en scène de Lavaudant est dynamique, sobre, dépouillée même, moderne. Il adopte le parti-pris d’un Lear peut-être plus fou que nature, et donc peut-être moins pathétique, mais cela fonctionne bien
Jacques Weber dans le rôle du roi est.... Jacques Weber ! Immense acteur de théâtre. Les puristes du masque et la plume diront qu’il joue trop de sa voix, qu’il en serait presque esclave ( il leur faut bien perpétuer leur réputation de dezingueurs...) et même si celle-ci est si grave et puissante qu’elle en est une ou deux fois inaudible, elle reste poignante et donne au personnage une profondeur remarquable.
François Marthouret joue un Gloucester convaincant . Sage, modéré, précis, émouvant.
Enfin un satisfecit particulier pour Manuel Le Lièvre qui joue un fou du roi «rock’ n roll » très original et convaincant.
Du très bon théâtre

vendredi 26 novembre 2021

La tragédie du naufrage d’un bateau de migrants dans la Manche il y a trois jours,

 

une fois l’émotion, la tristesse et la colère exprimées, doit imposer la nécessaire réflexion sur le fond c’est-à-dire la gestion de la frontière Franco-britannique. Et de ce point de vue, je veux dire une conviction profonde qui est la mienne depuis près de 20 ans et dont je m’étonne un peu plus chaque jour qu’elle ne soit pas évoquée et prise en compte.
On sait que la gestion de ce problème ( l’afflux de migrants à la frontière franco-britannique de la Manche) est régie par les accords du Touquet signés en 2003 par un ministre de l’Intérieur nommé Sarkozy qui les avait triomphalement présentés comme « réglant définitivement le problème trop longtemps repoussé comme on pousse la poussière sous le tapis ». Le principe de ces accords était « simple » : la France accepte que la frontière franco-britannique soit placée en France en échange d’une contribution financière du Royaume-Uni. À nous les camps de réfugiés refusés par les anglais, à eux la signature d’un chèque.
Pendant des années au Parlement, j’ai interrogé les Ministres de l’Intérieur de Droite comme de Gauche pour comprendre les véritables fondements de ces accords par lesquels la France acceptait de porter le fardeau de ce drame humanitaire dont les responsables se déchargeaient allègrement. Comment pouvait-on accepter le principe : «Je ferme ma porte à double tour mais c’est vous qui êtes chargés de la surveiller et de gérer l’afflux de ceux qui voudraient la franchir » ? . Je trouvais ces accords tellement déséquilibrés que j’imaginais qu’il pût y avoir une clause secrète que je cherchais à élucider. En vain. Tous les Ministres refusaient de répondre. Tous sauf un, Bernard CAZENEUVE, pour qui j’ai grande estime et amitié et qui m’assura : « on ne peut pas revenir sur ces accords, au risque de créer un appel d’air ingérable ». A quoi je me souviens lui avoir répondu : « Mais Bernard, cet appel d’air ingérable n’est-il pas déjà là ?? »
Toutes réflexions faites, je fais donc cette proposition : la France doit dénoncer les accords du Touquet et placer nos amis britanniques devant la responsabilité d’assumer les conséquences de leurs actes sur leur territoire. En clair, placer la frontière non pas à Calais mais à Douvres, non pas sur la côte française mais sur la côte anglaise. Et la France, plutôt que de financer la construction d’un mur artificiel et sa conséquence épouvantable , les camps de la misère, pourrait alors mettre en œuvre un plan exemplaire de sauvetage en mer pour prévenir les tragédies au milieu de la Manche.

samedi 20 novembre 2021

Lu « La plus secrète mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr, paru aux éditions Philippe Rey et Jimsaan, le roman qui vient d’obtenir le Prix Goncourt 2021.

Amateurs de lecture facile s’abstenir ! Celle-ci est fastidieuse...j’aurais même pu dire
« ennuyeuse » si, de fait, je n’avais jamais eu la tentation d’abandonner la lecture. L’histoire en elle-même n’est pas centrale ni même majeure : un jeune auteur sénégalais découvre un livre «Le labyrinthe de l’inhumain » d’un certain T.C.Elimane, un livre datant de 1938 à la durée de vie très courte puis qu’après qu’il fût accueilli quasi triomphalement, son auteur étant qualifié de « Rimbaud nègre », il fut vite rattrapé par une polémique le taxant de plagiat et, donc aussitôt retiré de la vente. Et ce jeune découvreur va partir en voyage sur les traces du livre, de son auteur, de ses éditeurs, un voyage qui va le mener en Europe, à Amsterdam, en Argentine, au Sénégal bien sûr, et où il va croiser les grandes tragédies du monde contemporain, de la Shoah au colonialisme.... mais si j’ose dire, cette histoire n’est qu’un prétexte : ce roman est, d’abord et avant tout, un essai sur la littérature. Il se veut même « hymne à la littérature » sur un mode que je qualifierais de shakespearien : le « être ou de pas être «devient « écrire ou ne pas écrire ».

On imagine alors que, pour être à la hauteur d’un tel projet, il faut « cotiser à la cause » !
J’entends par là, multiplier les angles, diversifier les témoignages, utiliser une écriture travaillée, soignée, un vocabulaire riche, original, une syntaxe sophistiquée. De ce point de vue, on est servi. Très bien servi. Trop bien servi ? De ce point de vue, je pense que les critiques littéraires qui, François Busnel en tête, ont usé de la dithyrambe à propos de ce livre, ont sans doute oublié ces excès pour tomber dans un snobisme littéraire classique et bien connu.

mercredi 17 novembre 2021

Vu « Cry macho » le dernier film de Clint Eastwood,

   avec lui-même et d’autres acteurs qui n’ont pas une


importance majeure. L’histoire non plus d’ailleurs. Disons qu’en voyant la première séquence où l’on découvre un vieux pick-up roulant dans un décor rural du sud des USA sur une musique de folk des années 60 ou 70, je me suis dit : « c’est la suite de la route de Madison »!. Ça aurait été bien d’ailleurs…bon, pour information, « Cry macho », c’est le nom d’un coq de combat qui est l’animal de compagnie d’un adolescent vivant au Mexique avec sa mère et que le vieux Clint doit ramener à son père aux USA…avec quelques obstacles dont le passage n’atteint jamais une dramaturgie insupportable.

Le film est bourré mais vraiment bourré de bons sentiments. Et Clint est lui-même…vieilli. C’est un film qui n’est ni fatiguant ni enthousiasmant.

Vu « Les Olympiades », film de Jacques Audiard qui vient à peine de sortir,

     adaptation d’une série de bandes dessinées ( « Les intrus ») d’Adrian Tomine,
avec Lucie Zhang, Makita Samba, Noémie Merlant et Jehnny Beth. «Les Olympiades », c’est une cité du 13ème arrondissement de Paris, que certains appellent désormais « Chinatown » et le film est une chronique de la vie de quatre jeunes gens vivant là, d’origines et de cultures diverses, chronique de couples qui se forment et se déforment ( puis se reforme pour l’un), où les boulots des uns et des autres ( l’enseignement, l’immobilier, un centre d’appel, l’érotisme sur le net) se conjuguent avec les fêtes, l’alcool, la drogue, et les scènes d’amours ( nombreuses mais pas envahissantes du tout) dans une ambiance de grande liberté… une chronique qui respire la contemporanité à plein nez. Toute la jeunesse française n’est sans doute pas à cette image, mais elle est aussi cela. Autant le dire : c’est bourré de charme! Vraiment bourré de charme…C’est d’une sensibilité qui m’a réellement transporté : on a plaisir à « vivre » ce film du début à la fin. Évidemment, le talent d’Audiard avec ce cinéma de sensibilité fine accentué par le choix du noir et blanc qui « donne de la profondeur », est là, présent, confirmé. Les acteurs sont d’autant plus formidables de naturel qu’ils sont soit débutants soit amateurs: une palme particulière à la jeune Lucie Zhang, étudiante dans la vraie vie à l’Université de Paris-Dauphine, qui inonde le film de sa spontanéité et de son charme ( c’est amusant : j’ai vu depuis une interview d’elle où elle apparaît timide, réservée…) et à Makita Samba, le black perdu à Chinatown qui joue un prof de littérature au collège voisin et qui prépare l’agrégation dans la turbulence de ses amours, qui apparaît plus sympa qu’imaginable. Un vrai régal. Vrai de vrai

vendredi 12 novembre 2021

Lu « Génie de la France » d’Abdennour BIDAR .

Abdennour BIDAR est philosophe, musulman et laïque, plus laïque que musulman si
j’ose dire, auteur notamment, il y a quelques années d’un « Plaidoyer pour la fraternité» bien convaincant. Comme c’est un ami, ma subjectivité risque évidemment d’éloigner mon jugement de toute objectivité - ce qui ne me gênerait point !- et peut-être d’honnêteté - ce qui serait plus embêtant -.
Le « Génie de la France » dit Abdennour, tient pour une part essentielle à la laïcité qui serait la condition politique de la vie spirituelle la plus haute. Pourquoi ? Parce qu’en instituant la « séparation », celle des églises et de l’Etat, elle « fait le vide » le vide créé par la destruction à la fois mystique et métaphysique des idoles. Vieille théorie déjà abordée par Régis Debray. Bref la laïcité serait d’après l’auteur une valeur politique ET spirituelle.
Disons qu’il y a dans ce livre riche, profond, parfois très profond ( trop ? …) un volet qui m’enthousiasme, un autre qui m’intrigue et un troisième qui m’irrite.
Mon enthousiasme vient d’une approche de la laïcité qui vise au cœur de la problématique très actuelle de notre société : la laïcité est le compromis équilibré et républicain dans la gestion de deux contraires : la diversité et le commun. Car la France est diverse, très diverse, et c’est une richesse qu’il faut sauvegarder à tout prix par le respect fondamental des différences, en même temps qu’elle est une, par son histoire, par ses combats, par sa langue et sa culture et c’est une autre richesse sur laquelle il faut tout autant veiller. Conjuguer le divers et le commun, voilà l’ardente obligation de la République laïque, que l’auteur présente à merveille.
Et dans le débat politique actuel, faute de rappeler cette évidence, de l’enseigner, de la promouvoir, on a vu fleurir des « faux-laïcs » des deux côtés ( celui de la diversité et du commun) et surgir des débats biaisés entretenus par des chaînes d’info ou des réseaux asociaux qui, au mieux, n’y entendent rien et, au pire, jettent de l’huile sur le feu.
Faux-laïcs, les défenseurs acharnés de la diversité qui clament avec ardeur que la laïcité ne serait que liberté et oublient le commun, à commencer par le respect des lois de la République et, notamment du respect scrupuleux de l’égalité femmes-hommes.
Ceux-là que l’on trouve à l’extrême-gauche et, hélas, trop souvent dans ce qui fut la gauche, contribuant ainsi activement à son discrédit, oublient d’une façon surprenante ce qu’on apprend dans nos écoles (« ma liberté s’arrête là où commence celle des autres ») . Ils aiment l’article 2 de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen mais pas son article 29. Ils aiment les droits, pas les devoirs.
Mais faux-laïcs tout autant ceux qui ne parlent que d’unité, d’indivisibilité, et de leurs corollaires, rejet des différences et, donc, rejet de l’autre, des autres, des différences. Faux-laïcs qui n’ont pourtant que ce mot à la bouche pourtant, qui se trouvent à la droite-extrême et à l’extrême -droite et qui oublient le fondamental respect des différences.
J’aime donc cette défense de la laïcité comme conjugaison du divers et du commun car elle est la seule qui puisse être d’essence républicaine.
Mon intrigue face à ce livre tient sans doute à mon ignorance crasse à moins que ce ne soit à ma réticence à suivre une théorie trop sophistiquée de la spiritualité laïque. C’est amusant de constater qu’Abdennour évoque cet aspect des choses comme je l’avais fait moi-même il y a dix ou quinze ans dans un ouvrage ( « La laïcité, un combat pour la paix » paru chez Héloïse d’Ormesson) en évoquant explicitement la richesse potentielle d’une spiritualité laïque et, d’ailleurs ( autre convergence) en partant des écrits de Ferdinand Buisson. Simplement, et c’est là mon interrogation, j’étais parti du propos de Buisson autour de la morale et l’auteur part de propos plus «religieux ». C’est sans doute le fait qu’Abdennour est un croyant laïque tandis que je suis un laïque non-croyant….du coup, quand il approfondit sa réflexion sur le « vide » créé par la destruction des « idoles » ouvrant la porte à une spiritualité très riche, il a peut-être tendance à n’envisager qu’une spiritualité religieuse… le débat reste d’autant plus ouvert qu’il n’a pas à être tranché…
Mon irritation vient d’un autre point: au début du livre, l’auteur dénonçant à juste titre le racisme d’une droite et d’une extrême-droite reculant devant trop peu de scrupules pour user de l’amalgame ( islam égal islamisme) , en vient lui-même à envisager un autre amalgame: l’Islam serait victime de la République, en n’étant pas assez admis, accepté. Cela vient d’une manque de pédagogie sur les religions et leurs intégrismes : en gros, la République dit « les religions oui, au titre de la liberté de conscience, les intégrismes religieux non, au titre du respect des lois et règlements ». Cela veut dire , en particulier : l’Islam oui, l’islamisme non.
Simplement si l’auteur avait fait la pédagogie des intégrismes religieux, il aurait pu déconstruire son amalgame. Voyez : au moment où l’on découvre la confirmation de l’épouvantable vague de « pédocriminalité » ( je nous en prie, bannissons le mot « pédophilie » de notre langage, ces salauds n’aiment pas les enfants, ce sont des criminels) qui déshonore l’église catholique française depuis des années, et que l’on constate la condamnation unanime du peuple français dans ses profondeurs face à de telles pratiques, il me semble que c’était ( c’est toujours!) l’occasion de s’adresser aux musulmans de France pour leur dire : « voyez comme, contrairement à ce que beaucoup d’irresponsables vous racontent, la République ne s’acharne en rien sur l’islam ! Elle condamne autant les pédocriminels de l’église catholique que les mariages forcés ou les circoncisions des intégristes de l’islam ». La République ne fait pas de distinction quand il s’agit d’appliquer ses lois et règlements. Il n’y a de victimisation possible que si on n’équilibre pas les constats…..

Une rentrée cinématographique pétaradante avec trois films:

- « Les illusions perdues » de Xavier Giannoli avec Benjamin Voisin et Cécile de


France, d’après le célèbre roman d’Honoré de Balzac publié en trois parties entre 1837 et 1843. La fameuse histoire de Lucien de Rubempré, jeune provincial épris de gloire littéraire, « débarquant » à Paris fort de cette ambition ravageuse et qui, après avoir cru enclencher une dynamique positive de succès, se heurte aux jalousies et aux vengeances qui auront, violemment, la peau de ses ambitions.

Autant le dire tout de suite, les partisans de la thèse selon laquelle il n’est pas de grand film en adaptation d’un grand livre subissent là un démenti flagrant : c’est un grand film. Et c’est un grand film qui ne se contente pas, comme Balzac, d’évoquer et commenter les affres de la « comédie humaine », mais qui nous présentent et annoncent les dérives naissantes d’une presse politique subjective, manipulatrice, malhonnête… il y a dans ce film remarquablement bien tourné et bien joué, plusieurs « fenêtres » ouvertes sur la politique contemporaine qui lui donnent encore plus de piment.
- « Lui » de Guillaume Canet avec Guillaume Canet… et Virginie Efira , Mathieu

Kassovitz ou Nathalie Baye. « Lui », c’est le personnage central joué par Guillaume Canet, un compositeur de musique qui plaque femme et enfants pour se retirer dans une ile bretonne afin de retrouver l’inspiration créatrice. Mais « lui », c’est « lui et lui »…car il y a deux personnages dans un seul deux volets de la personnalité qui dialoguent et s’affrontent, comme un mauvais génie parle au bon…La personnalité avec ses qualités, ses projets, et son contraire fait de défauts et de renoncements. Et tout ça dialogue, s’affronte, rebondit spectaculairement à tout moment. Canet a toujours un peu de mal à juguler son narcissisme mais là, avec ses deux personnages qui constituent sa propre personnalité, il y rajoute une grosse dose de schizophrénie et ça n’est pas vraiment convaincant. Seulement voilà : le film est tourné à Belle-Ile et les décors sont somptueux. Cette nature-là, que je connais depuis ma plus tendre enfance et qui me bouleverse par sa beauté m’amène à un interdit : je me sens incapable de dire du mal du film. Mais je reconnais aux vrais cinéphiles un sens critique de meilleure qualité…

-« Tralala »  des frères LARRIEU, Arnaud et Jean-Marie. Nouvelle subjectivité de ma

part car je connais ces deux garçons depuis leurs débuts, qu’ils sont de Bigorre et d’une famille à laquelle me lie une amitié ancienne. En plus, ils ont tourné ce film à Lourdes et, plus précisément aux bords du lac de Lourdes, autre décor somptueux. Pour le reste, le personnage central joué par Mathieu Amalric, vieux copain des LARRIEU et habitué de leurs films, revient à Lourdes après dix ans d’absence et un long voyage aux USA . Tel un clochard il retrouve sa mère puis son frère, sa fiancée, sa maîtresse…et tout est l’occasion de rebondissements cocasses et, à bien des égards, déjantés. Oui, déjanté. Comme le cinéma des LARRIEU. Et ce caractère est accentué, au milieu du film par son évolution en …comédie musicale . Et si c’est désarçonnant en diable c’est aussi drôle et bien fait, magnifiquement joué par une palette d’acteurs où la triplette féminine formée par Josiane Balasko, MaÏwenn et Mélanie Thierry déborde de charme et de tendresse.

J’imagine que l’orthodoxie des critiques cinématographiques sera sévère mais j’ai passé un délicieux moment.