vendredi 18 octobre 2019

Le débat qui a envahi les médias ces derniers jours après l'incident provoqué au Conseil Régional Bourgogne-Franche-Comté a quelque chose d'irrationnel, démesuré, ahurissant, en même temps qu'il est très révélateur de l'état de la démocratie et de la vie politique française.


Commençons par dire que l'attitude du Président en ces moments a eu quelque chose de déroutant : quoi, il y a une semaine à peine il tenait un discours, martial s'il en est, contre l'islamisme radical et il n'avait ni prévu la suite ni préparé ses troupes au risque de les voir s'écharper sur la place publique comme aux pires moments des frondeurs sous HOLLANDE ?! Cela laisse un peu pantois....
Prenons-donc cette affaire par son commencement : un élu du Rassemblement National se livre, en séance publique du Conseil Régional de Bourgogne-Franche-Comté, à une provocation de la pire espèce à l'égard d'une femme voilée assise dans les rangs du public où elle accompagne un groupe scolaire dans lequel se trouve son fils . Tollé...
Tollé et relance, dans les pires conditions, du débat sur le fameux dossier des "accompagnants" des sorties scolaires et sur leur "neutralité " ...
Est-il nécessaire de dire ici la condamnation ferme et sévère de l'attitude et des propos de cet élu ? Cela tombe sous le sens de tout républicain digne de ce nom.
Mais essayons de faire la pédagogie de cet incident, de cette provocation : elle est la preuve formelle, spectaculaire que le RN n'est pas un Parti laïque, quoiqu'il en dise, quoiqu'il s'en revendique, puisqu'avec ce différentialisme d'exclusion, il tourne le dos à l'universalisme républicain. C'est un Parti raciste qui ne peut en aucun cas être qualifié de laïque : sa soi-disant laïcité ne lui sert qu'à combattre une religion et une seule pour défendre une conception de l'identité nationale en laquelle la République ne peut se reconnaître. Une nouvelle preuve est faite.
Poursuivons l'étude de cas : la jeune mère de famille, "traumatisée" dit-elle, ce que l'on serait tout disposé à comprendre, va s'épancher dans les colonnes non pas de la presse locale ou nationale, mais sur le site du.... Comité Contre l'Islamophobie ! Un comité bien connu, proche des Frères musulmans, qui a inventé ce concept , " l'islamophobie", pour en faire un délit alors que ce n'est qu'un délit d'opinion, afin de "coaliser" les musulmans de France contre la République, en défendant la théorie selon laquelle la laïcité serait l'expression d'un "racisme d'Etat" . Et que dit cette femme dans ces colonnes-là ? Qu'elle ne fait pas confiance à la République.....quelle surprise ! Vous pourrez toujours lui expliquer que le RN, ce n'est pas la République, que cet élu idiot et politiquement pervers n'a rien de républicain, elle ne l'entendra pas puisque - on me permettra ce mot qui n'est qu'un mot - sa "religion " est faite . Deuxième partie de la démonstration.
Et nous avons ainsi sous les yeux une nouvelle et spectaculaire démonstration de l'existence de cette "tenaille identitaire" formée de deux pinces, celle de l'identité de la race pure d'une part, celle d'une identité inventée des "indigènes de la République" et des postcoloniaux d'autre part. Entre les deux, la République. Prisonnière et contrainte, malmenée par cette tenaille. Dit-elle la nécessité de respecter les différences et on l'accuse de communautarisme et de lâcheté. Dit-elle la nécessité de préserver notre commun, notre unité et on l'accuse de racisme assimilationniste.
Il faut bien comprendre la "sainte alliance " des deux pinces de cette tenaille : elles s'auto-alimentent l'une et l'autre, elles ont besoin l'une de l'autre.
L'une justifie l'autre. Oui, je l'affirme, le Rassemblement National et les complices de l'islamisme politique - volontaires ou par naïveté - sont des alliés objectifs, deux forces unies l'une et l'autre dans un combat commun contre la République et ses valeurs.
C'est pourquoi il faut que tous les citoyens républicains se dressent pour desserrer cet étau mortifère. Se dressent et tiennent un discours aussi ferme que serein pour rejeter ces deux extrêmes et pour affirmer que la République est universaliste, qu'elle rejette et combat toutes les formes de racisme et d'antisémitisme qui, soyons lucides, sont bien présents de part et d'autre de cet étau, et qu'elle est une terre de liberté, d'égalité notamment entre les hommes et les femmes et de fraternité.
Autant le dire, j'ai plutôt apprécié la mise au point du Premier Ministre à l'Assemblée cette semaine et, transformant - à peine !- sa formule, je dirais que les naïfs et les lâches me sidèrent et que les racistes m'effraient.

Reste la question précise d'où est partie le problème : faut-il légiférer sur les accompagnants de sorties scolaires afin d'interdire- soyons clairs- le port du voile pour les femmes qui y participent ? Sincèrement, je veux être très prudent car le vieux parlementaire que je fus sait très bien qu'on légifère trop et donc mal, et que légiférer dans l'émotion, ce que fit tant Sarkozy à si mauvais escient, est une très mauvaise manière de servir l'intérêt général.
Mais je ne veux pas fuir le débat et je prendrai pour cela deux exemples:
- il y a quelques années, c'était à Angers je crois, sur le passage de Christiane TAUBIRA, Ministre de la Justice, dans une manifestation contre le mariage pour tous, des enfants, tenus par la main par leurs parents tendaient des bananes en criant "c'est pour qui la banane ? C'est pour la guenon !". Les mères de ces enfants n'étaient pas voilées mais je ne veux pas que les enfants de la République soient accompagnés dans leurs sorties scolaires pas ce genre de personnages inqualifiables.
- ces derniers années aussi, une femme dont le fils, soldat de la République, a été assassiné par Mohamed Merah à Montauban, fait le tour de France des écoles pour prôner les valeurs de la République. Elle s'appelle Latifa Ibn ZIATEN et est voilée. Elle est digne d'accompagner des sorties scolaires des enfants de la République.
Pourquoi dis-je cela ? Parce que le problème n'est pas le voile, c'est le prosélytisme.
Je ne méconnais en rien que le voile peut être, est souvent, l'expression d'une domination dont sont victimes les femmes mais il ne faut pas tout mélanger : personne ne demande une législation pour les accompagnatrices de sorties scolaires au nom du féminisme .... non, le risque, le danger dont la République doit se prémunir en la circonstance, c'est bien le prosélytisme.
C'est lui qu'il faut empêcher pour préserver la neutralité du service public de l'éducation et, par là, protéger les consciences de nos enfants.

Alors je me souviens de mon ami Guy Georges, ancien instituteur et syndicaliste républicain s'il en fut, disparu hélas, qui me disait : " Jean, la sortie scolaire est un exercice pédagogique placé, comme le cours, sous la responsabilité du maître. C'est lui et lui seul qui doit l'imaginer, l'organiser, l'animer et en contrôler le déroulé pédagogique. Et, aussi, valider les accompagnateurs dignes, ou pas, d'y participer. C'est lui qui est donc le mieux apte à trancher ce problème."
Alors je réfléchis à une proposition pour le Ministre de l'Education.
Pourquoi ne rédigerait-il pas une circulaire aux enseignants de France pour leur rappeler cette responsabilité et insister, en particulier sur l'absolu nécessité d' empêcher tout prosélytisme des accompagnateurs lors des sorties scolaires ?
Cette circulaire serait inattaquable d'un point de vue juridique, elle.
Et je fais le pari qu'elle ne serait pas inutile.

Jean Glavany

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