mercredi 26 février 2020


Puy-Guillaume, petit village du Puy-de-Dôme.
Un peu plus de 2500 habitants comme Chateau-Chinon ou... Maubourguet. Je suis venu rendre un dernier hommage à mon copain Michel CHARASSE mort dans la nuit de jeudi à vendredi . Un vieux copain auquel me liait une affection particulière. Il faut dire que nous avons vécu tant de choses ensemble !! Je l’ai connu en 1975 quand j’ai été recruté par le Groupe socialiste de l’Assemblée Nationale alors présidé par Gaston Defferre. Michel était mon supérieur hiérarchique... François Mitterrand m’ayant recruté en 1979, j’ai quitté Defferre et CHARASSE mais j’ai retrouvé Michel à l’Elysée en 1981 dans la première équipe du président socialiste. Pendant tout le premier septennat, nous nous sommes vus quotidiennement, nous parlant sur la ligne intérieure plusieurs fois par jour, déjeunant sur un plateau dans le bureau de l’un ou l’autre, dînant ensemble dans l'appartement de permanence quand on était de garde pour des soirées chaleureuses, passionnées, joyeuses..J’ai quitté l’Elysée en 88 pour vivre d’autres aventures mais j’ai retrouvé Michel...au gouvernement ! Quand Pierre Beregovoy m’a confié la responsabilité de l’enseignement technique alors que Michel était Ministre du Budget j’ai retrouvé ce vieux copain chaleureux. Puis nous ne nous sommes jamais perdus de vue, déjeunant ou dînant régulièrement pour refaire le monde ou, plutôt, la vie politique française. Enfin, je l’ai beaucoup vu tout au long de sa maladie, le visitant souvent à l’hôpital, à Paris ou à Clermont, où sa passion de la chose publique ne l’a jamais quitté.
Michel était d’une fidélité incroyable. A François Mitterrand d’abord, l’homme de sa vie, qu’il a servi avec autant de dévouement que de discrétion jusqu’à sa disparition. Taillable et corvéable à merci ce qui n’était pas une mince affaire pour un travailleur de cette force ! Fidèle et discret comme une tombe : François Mitterrand savait qu’il pouvait tout dire à Michel parce qu’il savait tenir un secret. C’était loin d’être le cas de tous ses collaborateurs ! Mitterrand en jouait d’ailleurs ... Mais il était fidèle aussi à Defferre, à ses amis, nombreux .
Michel était un amoureux de la République, de son histoire, de sa culture, de ses traditions, de ses valeurs . Ah comme la Laïcité perd là un de ses plus grands serviteurs !! Sur son lit d’hôpital, il m’encourageait : « tu devrais dire ci tu devrais faire ça ! ». J’obtempérais bien sûr...
Enfin Michel était un homme truculent bourré d’humour. Jusqu’au bout nous avons partagé tant de rigolades à n’en pas compter, à ne pas conter ! Il aimait les bonnes bouffes avec les copains où l’on boit de bons coups et où on rigole comme des fous . Rabelaisien le bougre ...Je revis toutes ces anecdotes vécues ensemble et en souris encore.
On raconte que Michel était un homme des mauvais coups et que, par exemple il aurait diligenté des contrôles fiscaux sur des politiques ou des journalistes qui ne lui auraient pas plu . Cette réputation est née d’une menace- maladroite et presque idiote au demeurant - qu’il avait proférée publiquement à l’égard de deux femmes journalistes qui l’avaient énervé . Je viens d’apprendre 30 ans après que non seulement il n’en avait rien fait mais que dès le lendemain de l’incident il leur avait envoyé des bouquets de fleurs avec un mot d’excuses. Mais sans rien dire à personne quitte à traîner cette réputation usurpée...
Sacré Michel . La République perd un grand serviteur et tu me manques déjà.

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