jeudi 30 novembre 2023

Lu «  Les insolents » d’Ann Scott paru cher Calmann Levy. Le prix Renaudot 2023.

 Trois amis, un homme et deux femmes, qu’on peut qualifier sans grande peur de se
tromper ni volonté de nuire de « bobos parisiens » sont inséparables, se voient tout le temps, à deux ou à trois, se confient tout, partagent tout et même, parfois, leur lit. L’une d’entre les trois, Alex, compositrice de musique de film, décide de quitter Paris avec ses instruments et son matériel, et d’aller vivre seule, au bord de la mer, au fin-fond de la Bretagne dans le Finistère. Elle fait le pari que ses deux acolytes viendront la voir souvent, ce qui ne sera pas le cas. Elle fait l’apprentissage d’une maison vide qu’il faut aménager, du calme et du silence qu’il faut apprivoiser, des commerces à plusieurs kilomètres qui obligent à s’organiser pour les courses et des grandes marches sur la plage. Le confinement ajoute de l’isolement à l’isolement, de la solitude à la solitude. Mais elle se sent bien et s’interroge sans vraiment s’en plaindre de l’attitude de ses deux amis.

C’est un roman bien monotone qui nous est proposé là, monotone et gris. On attend à tout moment qu’il se passe quelque chose… mais il ne se passe rien ou pas grand chose. On en apprend un peu plus sur la psychologie de la musicienne solitaire. Mais guère plus. Et quand, sur la fin, vient se greffer l’histoire d’un quatrième personnage, un jeune homme solitaire qui vient se retirer dans le même coin de Bretagne, on imagine aisément et avec espoir que leurs deux chemins vont se croiser. Mais non. Ce n’est ni difficile à lire ni palpitant .

dimanche 26 novembre 2023

Vu « Aladin » pièce de Jean-Philippe Daguerre et Igor de Chaillé au Théâtre du Palais Royal,

     avec une distribution en alternance d’une douzaine de comédiens dont l’ami
Philippe Arbeille qui m’avait attiré là avec…mes petits-enfants ! Un spectacle pour enfants mêlant chorégraphies, musiques modernes ( dont un rock endiablé…), combats féroces, art de l’illusion et, bien entendu, la belle histoire d’Aladin, fort de sa lampe magique, parti à la conquête de la princesse enfermée dans son château. Les décors et les costumes sont de belle facture et la mise en scène arrive à ce résultat assez inattendu que même les adultes s’y amusent bien! Car le parti-pris théâtral est fait de plein de clin d’œils à la modernité, à des musiques très modernes et à des répliques ou à des scènes de cinéma ou de théâtre très actuelles. Le tout donne un petit aspect déjanté plein de charme. Molière en 2016 du meilleur spectacle jeune public bien mérité.

Lu « Le musée des contradictions » d’Antoine Wauters paru chez Gallimard dans la collection Folio.

Antoine Wauters, né en 1981 vit en Belgique et ses romans ont été récompensés par
plusieurs prix littéraires dont le Goncourt de la nouvelle 2022 pour ce livre. Un ouvrage fait de douze récits - sont-ce des lettres ou des discours ?- d’une dizaine de pages chacun donnant la parole à des femmes ou des hommes que la société réduit au silence. Des vieux atteints par la maladie d’Alzheimer comme des jeunes harcelés par la police, des bobos qui quittent leur vie de métro-boulot-dodo pour retrouver la nature comme des caissières de supermarché…

Comme ce sont des petits textes, ça se dévore sans peine. Mais ils se ressemblent tous un peu . 

Vu «The Old Oak » le dernier film de Ken Loach avec Dave Turner et Ebla Mari.

The Old Oak, littéralement le vieux chêne ce qui n’est pas neutre dans l’histoire tant
cela véhicule de valeurs d’enracinement, de résistance, de justice et de noblesse, est le nom d’un bar d’une ancienne ville minière du nord de l’Angleterre tenu par T.J. Ballantyne, un ancien mineur cassé par la vie professionnelle, familiale, conjugale. Son bar est surtout fréquenté par quelques hommes dont les conversations sont marquées du sceau du populisme. La situation de la bourgade va s’animer avec l’arrivée, sous l’égide d’associations caritatives, de réfugiés syriens à qui sont attribuées des maisons - nombreuses- désaffectées. Les piliers du bar n’apprécient pas du tout l’initiative et laissent libre cours à leur racisme ordinaire. Mais Ballantyne va se lier d’amitié avec Yara, une jeune syrienne éprise de photographie. Et l’histoire va voir s’affronter racisme et ostracisme d’une part, générosité et solidarité d’autre part.

C’est du grand Ken Loach. On connaît ses engagements et on n’est pas obligés de les partager même si je reconnais qu’ils me conviennent très bien. Mais il faut reconnaître qu’au-delà, Loach a un talent pour filmer avec une sensibilité et un humanisme étonnants. Les acteurs ne sont pas professionnels mais sont, en particulier le héros joué par Dave Turner (un ancien syndicaliste), d’un naturel exceptionnel et c’est sans doute aussi un des aspects majeurs du talent de Loach. Celui-ci a 87 ans et dit que c’est son dernier film. Mais on espère vraiment que non.

Vu « Contrebrassens »,

        spectacle musical de Pauline Dupuy, produit par l’ami Pierre Bonnier, avec
Pauline Dupuy comme chanteuse et contrebassiste et Michael Wookey au banjo, piano, accordéon et cloches, au Théâtre de Passy.

On peut sortir d’un spectacle ou d’un film sous le choc. On peut aussi en sortir sous le charme et ce fut bien le cas ici. Cette jeune femme qui est contrebassiste de formation et de profession chante en public pour la première fois. Elle a eu l’idée d’adapter Brassens pour qui elle a, depuis toujours, une admiration que je qualifierais de « complice » , et a construit ce spectacle avec un partenaire anglais, original et créatif. Ce travail est d’une grande originalité, d’une sensibilité extrême, d’une tendresse parfois drôle et parfois émouvante. Cette chanteuse aux pieds nus qui vit dans le Cantal et élève des moutons avec son compagnon restaurateur est, sur scène, d’une grâce et d’un charme étonnants. Et le résultat musical et d’une grande subtilité, très différent de Brassens ( sauf les paroles bien sur!) mais ne le trahissant en rien.

J’aimais Brassens passionnément avant. Peut-être un peu plus depuis. Foncez au Théâtre de Passy, c’est le lundi à 19h jusqu’au 18 décembre.

Vu « Killers of the Flower Moon » le dernier film de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio, Robert de Niro et Lily Gladstone, adaptation du livre éponyme de David Grann paru en 2017.

Il raconte l’histoire des indiens Osages victimes de meurtres dans les années 1910-
1930 par des blancs qui veulent s’approprier leurs terres qui, miraculeusement, font partie des champs pétrolifères, et ont permis leur enrichissement.

DiCaprio et Niro sont époustouflants, vraiment. Surtout DiCaprio. Et ils sont magnifiquement mis en valeur par un grand Scorcese avec des gros plans saisissants, des images d’une grande beauté, ce talent du réalisateur qui sait toujours être à la bonne distance, dans le bon angle, avec la bonne lumière. Bon, c’est long, très long : 3h30. Même si je me demande parfois si il n’y a pas une forme de snobisme à en rajouter de la sorte et si j’ai la prétention de croire que j’aurais autant, voire plus, apprécié le film avec une heure de moins, cela ne retire rien à mon admiration. 

Vu « Second tour » le film d’Albert Dupontel, avec lui-même, Cécile de France et Nicolas Marié.

Une journaliste politique pourtant en disgrâce et reléguée dans la rubrique football,
est appelée par son patron en pleine campagne présidentielle pour palier une défaillance et suivre le favori, un homme aussi riche que lisse et porté par les puissances économiques et financières. Elle va mener une enquête, pleine de rebondissements, de surprises, de suspens, dans une atmosphère décalée et jubilatoire. Du pur Dupontel . Magnifiquement joué, très bien filmé, original en diable et simplement mais efficacement fournisseur de plaisir. Surtout, ne pas chercher de message politique dans cette comédie dramatique qui, pourtant, se déroule au cœur d’une campagne présidentielle ! Il n’y en a pas.. et c’est très bien comme ça.