vendredi 17 avril 2020

Lu « La loi du rêveur » de Daniel Pennac paru chez Gallimard.


A partir d’un rêve d’enfance (une ampoule éclatée, la lumière qui coule et qui inonde, un village englouti...). Pennac fait défiler sa vie, sa famille, la maison du Vercors, la passion de Fellini, un accident de la vie et une hospitalisation...et, toujours, le rôle des rêves dans notre vie. 
Les rêves que l’on note - ou pas !- au réveil, que l’on utilise pédagogiquement pour apprendre à écrire à des élèves en échec scolaire, qui s’accrochent à un objet inattendu.
C’est du Pennac tout craché : tellement facile à lire, aéré, vivant, humain, humaniste. Léger aussi.
Agréable quoi.

mardi 14 avril 2020

Lu « Au soleil redouté » de Michel Bussi aux presses de la Cité.


Je n’avais encore jamais rien lu de cet auteur qui multiplie les ouvrages et les succès de librairie avec ses romans policiers. 
Il dit aimer que de la première page à la dernière page de l’intrigue, on ne puisse rien en deviner. Et, de fait, ça marche tellement bien qu’on n’y comprend plus rien dans cette intrigue qui se déroule aux Marquises, avec un groupe de lecteurs invités pour un séminaire d’écriture autour d’un auteur à succès et où tout le monde meurt, les uns après les autres...on s’y perd ! Seulement voilà, ça se lit très facilement, comme tout polar, avec ces rebondissements soigneusement mis en scène mais qui n’en sont pas, et jusqu’à ces trucs de marketing littéraire comme ces chapitres de deux ou trois pages qui incitent à poursuivre la lecture quand la lassitude ou le sommeil vous gagnent.
Bon, j’ai goûté ce fruit qui n’est pas défendu et je ne suis pas sûr d’y revenir......

Intervention d'Emmanuel MACRON, lundi 13 avril


Ce qu’il y a de terrible avec ce Président c’est que si d’aventure on se laisse aller à la critique comme je l’ai fait récemment à propos de sa malheureuse initiative pascale à destination des croyants, on en prend plein la figure en étant qualifié de sectaire et de bêtement polémique, tandis que si l’on ose dire du bien de lui, on s’expose à la critique inverse, et non moins virulente, pour celui qui « irait à la soupe » et se laisserait berner comme un naïf novice...
Alors j’ose : je l’ai trouvé bon hier soir, très bon.
D’abord parce que j’ai trop critiqué son arrogance pour ne pas apprécier son humilité, fût-elle de façade.
Ensuite parce que j’ai trop critiqué son discours pour les « premiers de cordée » et sa politique économique si libérale qu’elle en oublie si souvent les plus défavorisés, pour ne pas apprécier à sa juste valeur ses propos sur les plus fragiles.
Enfin, parce que je préfère la thématique du Conseil National de la Résistance à celle du va-t-en-guerre ou, pire, du couvent des jacobins.
Alors bien sûr, il faut attendre et voir. Attendre pour juger. Attendre les actes et ne pas se contenter des mots. D’autant que chat échaudé...
Mais bon, ces mots étaient justes.
C’est toujours ça de pris.

vendredi 10 avril 2020

Monsieur le Président, ne placez pas la laïcité entre parenthèses


Voici La Tribune que je signe ce jour 
sur le site de l’Aurore avec Gilles CLAVREUL 
https://www.laurorethinktank.fr/ 

Dans toute situation exceptionnelle, il est des renoncements douloureux mais nécessaires, car il en va de la survie individuelle et du salut collectif. Il en est ainsi du confinement, et chacun en constate la nécessité.
Pour autant, il ne saurait être question de mettre en parenthèses certains de nos principes les plus essentiels, surtout lorsque ces principes ont pour vocation de réaliser ce dont nous avons absolument besoin pour vaincre collectivement la pandémie: l’unité nationale. C’est sans doute en s’inspirant du Clemenceau chef de guerre, visitant régulièrement les troupes en première ligne, soucieux de leur témoigner sa solidarité et d’unir le pays derrière eux, que le chef de l’Etat a placé son allocution du 16 mars dernier; et c’était bienvenu.
Cette inspiration première, le chef de l’Etat s’en est cependant écarté à l’approche des fêtes de Pâques, en s’adressant aux croyants des religions monothéistes – et uniquement à eux -par message publié le 8 avril sur son compte Facebook. Ce message, par lequel le Président s’inquiète des contraintes qui pèsent sur nos «vies spirituelles», comporte trois erreurs.
La première est de limiter la spiritualité et la transcendance aux seules religions. Or, la vie spirituelle n’est pas le propre des seuls croyants; les interrogations métaphysiques, le rapport au deuil et à la mort, la réflexion éthique traversent toutes les civilisations, tous les courants de pensée, toutes les cultures. Elles sont le bien commun de l’homme, croyant ou pas.
La deuxième erreur du chef de l’Etat est de s’adresser aux juifs, aux chrétiens et aux musulmans, et à eux seuls, entrant dans une logique de reconnaissance des cultes, ou plutôt de certains cultes, contraire à l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905. Dans le même esprit, le ministère de l’Intérieur vient quant à lui d’annoncer que le numéro vert gouvernemental d’information sur le Covid 19 permettrait dorénavant aux croyants d’entrer en contact avec des ministres du culte de leur choix, conformément à une demande de leurs représentants. Un tel dispositif a déjà été mis en place pour le secteur hospitalier, ce qui pouvait encore se concevoir compte tenu de l’existence légale des aumôneries dans ce service public. En revanche, l’Etat ne peut se faire l’opérateur de la mise en contact de croyants avec des religieux – et encore, nous y insistons, de certaines religions et pas d’autres – sans méconnaître le principe de séparation des Eglises et de l’Etat, qui suppose la non-reconnaissance des cultes.
La troisième erreur, conséquence des deux premières, est qu’en souhaitant de bonnes fêtes aux seuls croyants des trois monothéismes, le chef de l’Etat a parlé à certains Français en oubliant tous les autres. Faut-il rappeler que ces fêtes, si elles sont des moments forts de la vie religieuse, ont également acquis, dans une société sécularisée, une dimension culturelle, festive et familiale ? Elles sont un temps de fête qui se confond avec les vacances scolaires et le printemps retrouvé, et qui rassemble les générations, au-delà de leur signification religieuse, et indépendamment des convictions de chacun. Pourquoi ne pas adresser aussi une pensée particulière aux millions d’enfants et de familles privées de la chasse aux œufs en chocolat ?
Le 31 mars 1988, lors d’une émission télévisée, le Président François Mitterrand avait souhaité de bonnes fêtes de Pâques aux Français : «Pâques, cela a une signification symbolique, depuis des milliers d’années. C’est passé de la religion juive, cela y est resté, à la religion chrétienne, et nous sommes de cette culture-là. Alors je leur dis « Joyeuses Pâques », vous, tous les Français. Je ne choisis pas. ». A son exemple, Emmanuel Macron aurait pu s’adresser à tous les Français, sans choisir entre eux.
Le temps n’est pas à la polémique, mais à l’union. Notre intervention ne vise pas à ouvrir une controverse, mais à rappeler les principes qui permettent précisément à la Nation de se rassembler. Dans la mémoire longue de notre pays, les guerres de religion sont un foyer ardent que seule la laïcité a pu mettre en sommeil. Ne le ravivons pas.

mercredi 8 avril 2020

Lu « Une identité française »,


roman de Rosemonde CATHALA paru aux Editions Arcane 17 (Cette très jeune maison d’édition d’Occitanie a été créée par Marie-Pierre VIEU, ancienne dirigeante du Parti Communiste et ex-élue au Conseil Régional et au Parlement européen).
Rosemonde CATHALA est une comédienne, metteur en scène et auteure qui dirige depuis assez longtemps le Théâtre des 7 chandelles de Maubourguet, la très chère commune dont je fus maire et près de laquelle je vis, et la Compagnie de la rOse ( ça s’écrit comme cela) à Marciac . Elle livre-là son premier roman, -ce qui n’est pas une mince affaire-, dont je ne sais pas s’il est autobiographique. Je devine qu’il l’est au moins un peu.
L’histoire d’une jeune femme parisienne, d’une famille bourgeoise (parents tous deux avocats) qui, à sa majorité, décide de quitter le domicile familial pour vivre son histoire d’amour avec Mohand, un marocain de 30 ans, et se convertit à l’Islam. Drame familial. L’histoire de cette rupture familiale va se compliquer avec le cancer de sa mère qui va être fatal, et la découverte, douloureuse, que son père et son grand père ont été des amis de René Bousquet.
Sacré cocktail...Ça donne un petit livre attachant, tout en révolte et en sensibilité.

samedi 4 avril 2020

Lu « Le pays des autres » de Leïla SLIMANI paru chez Gallimard.


La romancière franco-marocaine qui avait obtenu le Goncourt en 2016 pour son roman « Chanson douce »- qui ne l’était pas du tout !- s’essaye à un genre très différent : une fresque s’étendant sur une dizaine d’années, de la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu’à 1956, et qui se déroule au Maroc, à Meknès pour être précis, et dans ses alentours.
Une fresque familiale: un marocain qui s’est « engagé » ( il faut mettre des guillemets car dans les colonies françaises l’engagement a pu avoir des formes pour le moins contraignantes...) dans l’armée française rencontre une jeune alsacienne quand il libère sa région et l’emmène vivre au Maroc où il rêve d’installer une ferme à 25 kilomètres de Meknès et d’exploiter quelques terres achetées par son père. Le couple va avoir très vite deux enfants mais tout va être difficile : d’abord ce couple mixte franco-marocain a quelque chose d’atypique ( d’habitude, dans les couples mixtes, ce sont les hommes-colons qui sont européens...) et, pour cela, est regardé de travers. Ensuite, les terres, bien que situées au milieu d’exploitations luxuriantes tenues par des colons, ne sont pas si riches. D’ailleurs, elles n’auraient pas été à vendre si elles l’avaient été...Les conditions de vie sont difficiles, la ferme, au début est privée de tout confort et donner une éducation à la fille aînée exige de la placer dans une école française catholique à la ville. Et la femme et l’homme de ce couple, inéxorablement s’éloignent l’un de l’autre. Le tout dans une ambiance politique tendue avec la montée du nationalisme qui, s’il n’a pas atteint le degré de guerre dure et généralisée comme en Algérie, n’en a pas moins connu quelques années de vraie violence. Bref une ambiance qui n’est pas marquée par le bonheur extatique d’une famille gaie et épanouie.
Le livre a du mal à démarrer, se perdant sans doute dans trop de descriptions d’ambiance, de décors ou de personnages qui ont un caractère que d’aucuns qualifieraient d’étouffant. Et puis, petit à petit, on s’installe dans la fresque, dans la famille, dans la ferme. Et on construit des souvenirs d’une époque particulière dans un pays attachant, comme si on y était . Un beau livre.

mercredi 1 avril 2020


En cette période de crise sanitaire grave et de confinement généralisé des citoyens, je n’ai pas l’âme polémique. J’ai plutôt, plus que jamais, la fibre républicaine exacerbée : quand on n’a plus le droit de se serrer la main, il faut se serrer les coudes...
« Faire face » c’était la devise de l’Ecole de l’Air de mon cher père disparu. Ça l’est peut-être encore. Ce devrait être notre devise à tous, comme une injonction à ne pas se perdre dans des disputes ou querelles inutiles. Oui, faire face....
Encore faudrait-il que ceux qui nous gouvernent s’appliquent à eux-mêmes la même règle et ne se livrent pas à je ne sais quelle provocation ou inconséquence qui désorientent ou abasourdissent les concitoyens !
Voilà pourquoi, à défaut de me perdre dans une colère trop accaparante, je veux juste pousser un coup de gueule haut et fort ce matin.
Car voilà qu’un Ministre de la République, celui chargé des comptes publics propose - rien de moins ! - de créer une « plate-forme de réception des dons » pour que les citoyens qui le souhaitent puissent aider l’Etat à faire face à la crise. Oui, vous avez bien lu, le Ministre chargé de fixer et collecter les impôts proposent aux citoyens de faire des dons à l’Etat, dons qui seront ( parce que c’est la loi ) déductibles de leurs impôts ! Voyez la cohérence ...
On croit rêver, à moins que ce ne soit un cauchemar.
Faut-il rappeler à ce Monsieur, qui, entre autres exploits, a supprimé l’impôt sur les grandes fortunes ou instauré la « flat-taxe » ou qui, pardon de le rappeler, a réduit les crédits pour l’hôpital public ( après d’autres, soyons honnêtes) que l’une des missions premières de l’Etat est de collecter l’impôt, aussi justement réparti que possible, afin de financer les charges communes des citoyens ? Je dis bien l’IMPOT, pas la charité, la spéculation en bourse ou le jeu au casino . L’IMPÔT.
Faut-il aussi lui rappeler que les associations de 1901 et les Fondations se sont organisées librement depuis plus d’un siècle pour recevoir la générosité des citoyens et permettre à ceux qui le peuvent de corriger ce qui leur paraît être les insuffisances de l’Etat dans certains domaines ? L’abbé Pierre ou Coluche parmi tant d’autres ont activé ce levier. Et le militant passionné que je suis d’une Fondation de recherche médicale croit pouvoir en parler en connaissance de cause .
Et ce Ministre voudrait que l’Etat se mette délibérément en concurrence avec ces milliers, ces dizaines, ces centaines de milliers d’associations ou Fondations ?
Coluche reviens, ils sont devenus fous...
Que le Ministre retire cette proposition serait sagesse.