mercredi 8 avril 2020

Lu « Une identité française »,


roman de Rosemonde CATHALA paru aux Editions Arcane 17 (Cette très jeune maison d’édition d’Occitanie a été créée par Marie-Pierre VIEU, ancienne dirigeante du Parti Communiste et ex-élue au Conseil Régional et au Parlement européen).
Rosemonde CATHALA est une comédienne, metteur en scène et auteure qui dirige depuis assez longtemps le Théâtre des 7 chandelles de Maubourguet, la très chère commune dont je fus maire et près de laquelle je vis, et la Compagnie de la rOse ( ça s’écrit comme cela) à Marciac . Elle livre-là son premier roman, -ce qui n’est pas une mince affaire-, dont je ne sais pas s’il est autobiographique. Je devine qu’il l’est au moins un peu.
L’histoire d’une jeune femme parisienne, d’une famille bourgeoise (parents tous deux avocats) qui, à sa majorité, décide de quitter le domicile familial pour vivre son histoire d’amour avec Mohand, un marocain de 30 ans, et se convertit à l’Islam. Drame familial. L’histoire de cette rupture familiale va se compliquer avec le cancer de sa mère qui va être fatal, et la découverte, douloureuse, que son père et son grand père ont été des amis de René Bousquet.
Sacré cocktail...Ça donne un petit livre attachant, tout en révolte et en sensibilité.

samedi 4 avril 2020

Lu « Le pays des autres » de Leïla SLIMANI paru chez Gallimard.


La romancière franco-marocaine qui avait obtenu le Goncourt en 2016 pour son roman « Chanson douce »- qui ne l’était pas du tout !- s’essaye à un genre très différent : une fresque s’étendant sur une dizaine d’années, de la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu’à 1956, et qui se déroule au Maroc, à Meknès pour être précis, et dans ses alentours.
Une fresque familiale: un marocain qui s’est « engagé » ( il faut mettre des guillemets car dans les colonies françaises l’engagement a pu avoir des formes pour le moins contraignantes...) dans l’armée française rencontre une jeune alsacienne quand il libère sa région et l’emmène vivre au Maroc où il rêve d’installer une ferme à 25 kilomètres de Meknès et d’exploiter quelques terres achetées par son père. Le couple va avoir très vite deux enfants mais tout va être difficile : d’abord ce couple mixte franco-marocain a quelque chose d’atypique ( d’habitude, dans les couples mixtes, ce sont les hommes-colons qui sont européens...) et, pour cela, est regardé de travers. Ensuite, les terres, bien que situées au milieu d’exploitations luxuriantes tenues par des colons, ne sont pas si riches. D’ailleurs, elles n’auraient pas été à vendre si elles l’avaient été...Les conditions de vie sont difficiles, la ferme, au début est privée de tout confort et donner une éducation à la fille aînée exige de la placer dans une école française catholique à la ville. Et la femme et l’homme de ce couple, inéxorablement s’éloignent l’un de l’autre. Le tout dans une ambiance politique tendue avec la montée du nationalisme qui, s’il n’a pas atteint le degré de guerre dure et généralisée comme en Algérie, n’en a pas moins connu quelques années de vraie violence. Bref une ambiance qui n’est pas marquée par le bonheur extatique d’une famille gaie et épanouie.
Le livre a du mal à démarrer, se perdant sans doute dans trop de descriptions d’ambiance, de décors ou de personnages qui ont un caractère que d’aucuns qualifieraient d’étouffant. Et puis, petit à petit, on s’installe dans la fresque, dans la famille, dans la ferme. Et on construit des souvenirs d’une époque particulière dans un pays attachant, comme si on y était . Un beau livre.

mercredi 1 avril 2020


En cette période de crise sanitaire grave et de confinement généralisé des citoyens, je n’ai pas l’âme polémique. J’ai plutôt, plus que jamais, la fibre républicaine exacerbée : quand on n’a plus le droit de se serrer la main, il faut se serrer les coudes...
« Faire face » c’était la devise de l’Ecole de l’Air de mon cher père disparu. Ça l’est peut-être encore. Ce devrait être notre devise à tous, comme une injonction à ne pas se perdre dans des disputes ou querelles inutiles. Oui, faire face....
Encore faudrait-il que ceux qui nous gouvernent s’appliquent à eux-mêmes la même règle et ne se livrent pas à je ne sais quelle provocation ou inconséquence qui désorientent ou abasourdissent les concitoyens !
Voilà pourquoi, à défaut de me perdre dans une colère trop accaparante, je veux juste pousser un coup de gueule haut et fort ce matin.
Car voilà qu’un Ministre de la République, celui chargé des comptes publics propose - rien de moins ! - de créer une « plate-forme de réception des dons » pour que les citoyens qui le souhaitent puissent aider l’Etat à faire face à la crise. Oui, vous avez bien lu, le Ministre chargé de fixer et collecter les impôts proposent aux citoyens de faire des dons à l’Etat, dons qui seront ( parce que c’est la loi ) déductibles de leurs impôts ! Voyez la cohérence ...
On croit rêver, à moins que ce ne soit un cauchemar.
Faut-il rappeler à ce Monsieur, qui, entre autres exploits, a supprimé l’impôt sur les grandes fortunes ou instauré la « flat-taxe » ou qui, pardon de le rappeler, a réduit les crédits pour l’hôpital public ( après d’autres, soyons honnêtes) que l’une des missions premières de l’Etat est de collecter l’impôt, aussi justement réparti que possible, afin de financer les charges communes des citoyens ? Je dis bien l’IMPOT, pas la charité, la spéculation en bourse ou le jeu au casino . L’IMPÔT.
Faut-il aussi lui rappeler que les associations de 1901 et les Fondations se sont organisées librement depuis plus d’un siècle pour recevoir la générosité des citoyens et permettre à ceux qui le peuvent de corriger ce qui leur paraît être les insuffisances de l’Etat dans certains domaines ? L’abbé Pierre ou Coluche parmi tant d’autres ont activé ce levier. Et le militant passionné que je suis d’une Fondation de recherche médicale croit pouvoir en parler en connaissance de cause .
Et ce Ministre voudrait que l’Etat se mette délibérément en concurrence avec ces milliers, ces dizaines, ces centaines de milliers d’associations ou Fondations ?
Coluche reviens, ils sont devenus fous...
Que le Ministre retire cette proposition serait sagesse.

vendredi 27 mars 2020

Lu « Clemenceau », la biographie de Michel Winock paru aux éditions Perrin.


L’auteur, historien, professeur émérite à Sciences Po, a obtenu le prix Aujourd’hui pour cet ouvrage. Un sacré pavé de 650 pages avec des caractères très petits pour mes vieux yeux. J’ai mis plusieurs semaines, aidé par le confinement, pour en venir à bout tant l’ouvrage est riche et que je voulais en profiter.
Georges Clemenceau le républicain, le radical, le Tigre, le Dreyfusard, le Père-la-victoire, l’homme aux mille facettes. Le médecin vendéen, né et enterré en ses terres chouanes, qui fut tout autant détesté par la droite pour son anticléricalisme virulent que par la gauche pour son goût immodéré de l’ordre, de l’ordre républicain. 
L’homme qui fut aux côtés de Jaurès dans le long et douloureux combat de l’affaire Dreyfus ou dans celui de la loi de séparation, mais contre lui dans son approche « socialiste », trop «collectiviste » pour lui, ou dans celle des rapports avec l’Allemagne, trop pacifiste pour lui. L’homme qui, chef du gouvernement, incarna le « sursaut » au milieu de la guerre de 14-18 et qui, avocat infatigable de l’unité nationale, a conquis une popularité exceptionnelle parce qu’il allait régulièrement et courageusement au front encourager les poilus...
Michel Winock a du mal à cacher une réelle admiration pour ce grand républicain mais nul ne le lui demande. Il va jusqu’à ranger Clemenceau au rang des grandes personnalités qui, dans l’histoire de France ont incarné le «sursaut », de Jeanne d’Arc à De Gaulle, et on le rejoint sans peine.
Mais dans cette biographie d’une grande richesse, s’appuyant sur des travaux de recherche impressionnants, respectant scrupuleusement l’ordre chronologique, notamment de l’histoire politique et parlementaire foisonnante des débuts d’une troisième République si riche en la matière, Winock n’hésite pas, et c’est heureux, à s’évader sur les chemins plus intimes du personnage, son goût pour sa famille, sa Vendée, l’art, son amitié avec Claude Monet, les civilisations étrangères...jusqu’à cet incroyable amour rencontré après ses 80 ans avec une jeune éditrice, Madame Baldensperger, amour platonique sans doute ( encore que...personne n’en sait rien ) mais qui fut à la base d’une correspondance intime incroyablement fournie !
Au total, un ouvrage passionnant pour ceux qui aiment l’histoire et la République .

J'ai bien connu Michel Hidalgo,


ancien sélectionneur de l'équipe de France de football, l'homme du premier titre du football français, champion d'Europe en 1984, qui vient de nous quitter.
Quand j'étais Maire de Maubourguet et que j'organisais les Rencontres de l'art et du sport, il avait répondu à mon invitation et nous avions passé de longs moments ensemble . Et nous nous sommes revus ou téléphonés plusieurs fois pour confirmer des sentiments partagés . 
Je ne suis pas joueur ni technicien du foot, incompétent donc pour juger Michel au plan sportif . Tout juste pourrais-je dire que son palmarès de joueur et d'entraîneur plaide suffisamment pour lui . Mais je peux parler de l'homme simple, chaleureux, généreux, fidèle en amitié, respectueux, confiant dans les hommes, ses joueurs en particulier, confiant dans les valeurs humaines . Au fond, je parle d'humanisme là .
Michel était un humaniste. Qu'il repose en paix accompagné de notre souvenir affectueux .

vendredi 13 mars 2020


J’ai des désaccords politiques avec Emmanuel Macron, beaucoup de désaccords. Et, si j’ose dire, cette satanée réforme des retraites, mal fagotée, mal préparée, peu et mal négociée, injuste, incroyablement idéologique, et finalement imposée a été comme une goutte d’eau faisant déborder le vase. 
Bon, c’est dit.
Je me sens d’autant plus libre de dire que j’ai trouvé son allocution d’hier soir, consacrée à la lutte contre ce fichu coronavirus, particulièrement bien sentie.
Parce que, pour une fois, il ne s’est pas adressé à une catégorie de français, les catholiques, les musulmans ou je ne sais qui, mais à tous les français.
Parce qu’il n’a pas parlé de nos différences mais de notre commun.
Parce qu’il n’a pas parlé de croyances mais de science et de connaissance.
Parce que ses mots « protéger les plus vulnérables d’entre nous » semblaient relever d’un humanisme vrai .
Parce qu’il a parlé des valeurs qui font la France éternelle.
Parce qu’il s’est montré, pour une fois, rassembleur.
Alors, les mauvais esprits diront que tout cela n’était que des mots et de la communication politique. Mais d’une part ce serait se placer sur le plan des procès d’intention et, de plus, en période de crise, quand les citoyens ont peur ou s’interrogent, les bons mots et le bon ton sont vraiment les bienvenus.

Lu « Retours d’histoire, l’Algérie après Bouteflika » de Benjamin Stora paru chez Bayard.


Benjamin Stora, que j’ai connu dans les années 70, alors qu’il militait dans l’équipe de Lionel Jospin au Secrétariat International du Parti Socialiste, est un historien spécialiste de l’Algérie (où il est né et qu’il a quittée en 1962) et du Maghreb, sur lesquels il a écrit de très nombreux ouvrages. Il a, en outre, présidé pendant quelques années le conseil d’orientation du Musée National de l’Histoire de l’Immigration. Il livre ici sa réflexion et son analyse du mouvement populaire né en Algérie à partir de février 2019, le « Hirak » qui a empêché Bouteflika de se présenter à un cinquième mandat mais qui n’a pas pu empêcher la tenue d’une élection présidentielle fin 2019 et l’élection, malgré une très forte et significative abstention, dès le premier tour, de Abdelmadjid Tebboune, ancien Ministre et chef de gouvernement de Bouteflika, qui semble bien - mais il faut le dire avec prudence tant on n’en est qu’au début de cette présidence -, mettre en œuvre une politique de “normalisation” et de retour à l’ordre ancien, même si de hauts dignitaires ont été condamnés à de la prison ferme pour corruption et que de timides mesures d’apaisement ont été prises à l’égard de membres du Hirak . Stora considère que c’est une véritable révolution qu’on a vue à l’œuvre en Algérie et que, au fond, rien ne sera plus comme avant . C’est aussi la thèse de Jean-Pierre FILIU, l’un et l’autre étant plus optimistes que Kamel Daoud en la matière. Sa thèse est que l’on assiste à la naissance dans le monde arabe, et en Algérie en particulier, de l’individu affranchi des tutelles de l’Etat mais aussi de la famille ou de la religion, et que cette naissance-émancipation ne s’arrêtera pas. L’historien expérimenté qu’il est sait que cette histoire reste à écrire et qu’elle peut s’inscrire dans le temps long....