jeudi 30 mars 2017

" Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes" Charb


" Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes" est un texte de Charb, un des grands anciens de Charlie-Hebdo sauvagement assassiné dans l'attentat, mais c'est aussi un spectacle autour de la lecture de ce texte. Ce spectacle  devait être donné à Arras le deux mai prochain et il a été déprogrammé à la demande de la Ligue des droits de l'Homme et du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples.  Avec toujours ""cette vieille rengaine selon laquelle critiquer l'islam  en dénonçant  l'islamisme serait une forme de racisme . Oui , vous m'avez bien lu !

Quand les organisations antiracistes ou pour La Défense des droits de l'homme se font censeurs ...décidément, cette époque fait perdre bien des repères !!

Je crains d'être contraint de déchirer ma carte de la LDH...

" Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson


Lu " Arrête avec tes mensonges" de Philippe Besson , paru chez Juillard . Je n'avais encore jamais lu de roman de Philippe Besson- il en a pourtant déjà écrit pas loin d'une vingtaine !-, et des amis délicats , en m'offrant ce livre, m'ont permis de corriger cette erreur ou cet oubli. Philippe Besson est un romancier contemporain, homosexuel assumé, un homme libre de son temps. Dans ce roman autobiographique, il raconte son premier amour avec Thomas A. , à l'âge de 17 ans . On est dans les années 80, dans la petite ville de Barbezieux en Charentes, époque et lieu où l'homosexualité n'est sûrement pas facile à assumer. Les deux adolescents se cachent mais vivent une liaison courte et passionnelle détruite par la séparation des études supérieures à Bordeaux pour Philippe, quand Thomas, fils de paysan, reste à la ferme. Tout cela ne serait resté qu'un beau souvenir si le fils de Thomas, vingt ans plus tard, n'avait resurgi, par hasard, dans la vie de Philippe. La suite, vous la lirez dans ce beau livre émouvant , d'une grande tendresse et d'une belle humanité,  qu'on lit avec facilité.

J-25... Le premier tour de l'élection présidentielle approche à grands pas.


Les médias m'assaillent pour me demander ce que je pense de la décision de Manuel VALLS, annoncée ce matin, de soutenir Emmanuel MACRON, comme l'avait déjà fait Bertrand DELANOE il y a quelques jours.

Je n'ai pas répondu aux médias car je ne veux pas m'exprimer sous  la pression, dans l'instantanéité de l'émotion. Mais je veux essayer d'être clair, car un responsable politique, qui plus est élu du peuple et candidat aux législatives de juin prochain, se doit à la sincérité vis-à -vis de ses concitoyens.

Je suis un homme de Gauche depuis toujours, adhérent du Parti Socialiste depuis 44 ans. Ma Gauche à moi, elle n'est ni gauchiste ni social-libérale. C'est la  Gauche qui met les mains dans le cambouis et assume ses responsabilités pour faire avancer la société dans le sens de la justice et des libertés. C'est une Gauche de gouvernement, une Gauche réformiste, une Gauche social-démocrate, une Gauche progressiste. C'est la Gauche de Mitterrand et de JOSPIN qui ont été mes mentors en politique.

Eh bien, cet homme de la Gauche socialiste, militant depuis 44 ans, élu depuis 28 ans, parlementaire depuis 24 ans, est comme un grand nombre de Français, indécis.

À 25 jours du premier tour, je ne sais pas pour qui je vais voter.

Restons dans la sincérité : dans l'offre politique de cette élection, les deux candidats dont je me sens le plus proche sont Benoit HAMON  et Emmanuel MACRON . Ma Gauche à moi se situe entre les deux...je trouve le programme de BENOIT trop à Gauche économiquement et societalement, et celui de MACRON pas assez à Gauche socialement. C'est comme ça que s'exprime le fond de ma pensée et de mes analyses.

Et cette indécision se traduit par une hésitation entre deux votes : le vote de fidélité à mon maillot, comme on dit au rugby, à mon parti, à mes couleurs, c'est le vote HAMON. C'est celui vers lequel je me suis engagé en donnant mon parrainage à BENOIT et en faisant une conférence de presse pour lui donner mon soutien public,  d'abord parce que j'aime beaucoup l'homme, ensuite parce que c'était la règle que nous nous étions fixée lors des primaires. Et cela malgré mes réserves très fortes sur son programme.

Et le vote utile, celui qui pourrait me faire changer d'avis et accorder mon suffrage à MACRON. Car je veux continuer à être clair et sincère : je n'ai pas oublié le 21 avril 2002 et je ferai tout pour éviter que cette tragédie se renouvelle dans notre démocratie. J'ai la hantise d'un second tour Fillon-Le Pen, y compris parce que je pense que dans l'état actuel de l'opinion, ce second tour serait de tous les dangers pour la République. Je garde en tête, précisément, tout ce qui a été dit en 2002 avant le premier tour à propos du vote utile sur le thème " il n'y a aucun risque".

Eh bien je ne prendrai aucun risque, j'en préviens toujours en sincérité.

Aujourd'hui, rien ne semble accréditer ce risque, mais tout peut changer d'ici au premier tour, et donc, mon vote aussi.

Voilà pourquoi, je suis très sévère à l'égard de ceux qui rivalisent de violence verbale pour condamner les prises de position hier de Bertrand, aujourd'hui de Manuel. Qui sont-ils, ces excommunicateurs, ces gardiens d'un temple dont ils ne voient même pas qu'il est en ruines ? Pourquoi mettent-ils tant de passion à insulter l'avenir ?

lundi 27 mars 2017

Lu "Bilqiss" de Saphia Azzeddine dans la collection "J'ai lu".


Dans un pays indistinct -on a l'embarras du choix, hélas- où la charria est appliquée avec une rigueur brutale, une femme, Bilqiss,  est emprisonnée pour avoir lancé l'appel à la prière à la place du muezzin défaillant. La jeune femme, il est vrai, est une femme libre et provocatrice, qui ne rechigne pas à la tentation de dénoncer les incohérences et excès du totalitarisme islamiste. Le tribunal populaire du village exige sa mort par lapidation. Mais le juge fait durer le procès d'une façon inexplicable. Jusqu'à avouer son amour pour la prisonnière.

Mais celle-ci refuse de céder à un chantage affectif qui, pourtant, lui sauverait la vie.

C'est très facile à lire bien qu'un peu répétitif, et la fin est inattendue pour un roman si engagé et poignant.

21 rue de La Boétie


J'ai profité d'un séjour à Paris afin de défendre le dossier de l'hôpital de Lannemezan auprès de la Ministre de la Santé, pour faire un saut au musée Maillol et voir l'exposition « 21 rue de La Boétie » en hommage à Paul Rosenberg , qui fut l'un des plus grands marchands d'art de l'entre-deux-guerres, expo réalisée à partir du livre éponyme dont l'auteur est Anne Sinclair, petite-fille de l'intéressé.

Cette expo permet de voir de beaux Picasso, Matisse, Braque, Léger et Marie Laurencin, dont un portrait émouvant d'une petite fille de 4 ans aux yeux bleus, très bleus, Anne Sinclair  justement.

Mais l'intérêt de l'expo vient, plus encore, d'ailleurs : le 21 rue de La Boétie, en 1940, l'adresse de la galerie de Paul Rosenberg et les allemands y ont installé un centre d'études sur les juifs de la plus abjecte inspiration. Et Paul Rosenberg, comme beaucoup de juifs, a été spolié de ses biens, de nombreuses et magnifiques œuvres d'art. L'expo décortique les mécanismes de cette spoliation avec précision et émotion. 

samedi 25 mars 2017

Faut-il interdire les signes religieux dans les entreprises ?


(article rédigé à partir du sujet de l’émission de RFi du 20 mars).



Quand des questions relatives à l’expression de convictions religieuses sont posées dans les entreprises, a fortiori si elles le sont sous le coup d’une offensive du radicalisme…, il ne faut pas dramatiser en disant qu'il y a des problèmes qui se posent partout avec une violence inouïe. Mais il y a des problèmes qui se posent et il ne faut pas se masquer les yeux, il faut les regarder tranquillement, sereinement et lucidement. Je vais prendre deux exemples que j'ai vécu comme législateur, deux exemples très différents mais qui posent la même question. Un exemple d'une crèche dont vous avez entendu parler qui s'appelle Baby loup, dans les Yvelines, tenue par une jeune femme originaire d'Amérique du Sud, très courageuse, qui avait monté une crèche, cette crèche Baby Loup faite pour les personnes de quartiers populaires des Yvelines, une crèche qui travaillait 24h/24h c'est à dire au fond très adaptée à des boulots de femmes de ménage, très tôt le matin, ou très tard le soir, une crèche qui travaillait en 3-8 et qui rendait des services considérables. Un incident survient : une de ses salariées qui était partie en congés revient voilée de la tête aux pieds –ce qu’elle n’avait jamais fait avant !- dans une sorte de provocation. La directrice de la crèche lui dit: "non c'est pas possible, ici c'est un espace laïque, on reçoit des gens de toutes les confessions, on reçoit des gosses en très bas âge, c'est une sorte de service public, même si ça n'est pas un service public au sens juridique du terme...". Et l'affaire part en conflit devant la justice, où elle a trainé pendant des années, pendant 4, 5,6 ans jusqu'à ce que la cour de cassation, in fine, tranche en faveur d'ailleurs de la directrice de la crèche en allant dans son sens en disant: on peut interdire.

Mais cela avait duré beaucoup trop de temps parce que justement la loi n'était pas claire et que des tribunaux avaient jugé de manière différente le sujet.

Deuxième exemple, une entreprise très connue de collecte et de traitement des déchets qui s'appelle PAPREC, avec des milliers de salariés, des dizaines de nationalités parmi les salariés et qui décide de négocier, dans le règlement intérieur de l'entreprise, avec les syndicats des salariés une Charte de la Laïcité. Et cette Charte est adoptée par un referendum dans l'entreprise à l'unanimité : tous les syndicats la votent, et ça se passe très bien.



Oui mais cette Charte, de fait est fragile juridiquement, au sens où l'entreprise PAPREC est un lieu privé où les règles de laïcité ne s’appliquent pas. C'est pour cela qu'avec d'autres parlementaires, notamment Françoise Laborde sénatrice de Haute-Garonne avec qui je travaille beaucoup sur ces problèmes de laïcité, nous avons voulu, dans une loi que vous connaissez bien puisqu'elle a défrayé la chronique pendant des mois et qu'elle continue, la loi El Khomri du 8 août 2016, nous  avons voulu proposer une disposition qui mette fin à ces atermoiements d'un côté ou à ces illégalités de l'autre. Il ne s'agit pas d'interdire, mais il s'agit de ne pas s'interdire d'interdire.





Parlons donc de cette notion d’ « interdit ».



Il faut savoir que quand on parle des valeurs de la République et la Laïcité en est une fondamentale, il y a toujours eu deux écoles extrêmes : ceux qui maniaient l'interdit matin, midi et soir si vous voyez ce que je veux dire, surtout quand ils regardent une religion, une seule: interdire, interdire, interdire le voile le matin, le midi et le soir. La passion de l'interdiction.

Puis il y en a d'autres qui ont, au contraire la passion de la Liberté: tout autoriser, y compris ce que l'on a connu dans l'idéologie de 68, il est interdit d'interdire.

Et bien la République c'est un subtil équilibre entre les deux ! Il ne s'agit pas d'interdire tout, il ne s'agit pas de permettre tout, il s'agit de permettre et parfois d'interdire. Et la République doit se donner les moyens d'interdire. Et c'est ce que nous avons fait dans cet article de la loi El Khomri. On a dit que le règlement intérieur peut, non pas doit, mais peut contenir des dispositions portant restriction de liberté religieuse, et il dit les conditions dans lesquelles on pouvait le faire:

1. Si ces restrictions sont justifiées par l'exercice d'autres libertés, c'est toujours: ma liberté finit la où commence celle des autres, donc un conflit entre des libertés.

2. si c'est lié au bon fonctionnement de l'entreprise et à condition que ça soit proportionné au but recherché.

Voilà l'équilibre qu'on a trouvé. Donc il s'agit de dire : oui c'est possible, ça veut pas dire qu'il faut le faire tout le temps, ça ne veut pas dire qu'il ne faut jamais le faire, ça veut dire qu'il faut le faire avec raison et rationalité.

Et je crois que, ce faisant, nous avons fait progresser la Laïcité dans le droit français alors que certains nous assenaient que légiférer en la matière était … interdit !

vendredi 24 mars 2017





Hier soir , je suis allé à Laurède, petit village de Chalosse, au domicile d'Henri EMMANUELLI, lui dire un dernier au revoir et embrasser sa femme et ses enfants avec lesquels tant de souvenirs anciens ont resurgi ... j'ai été très ému, notamment , de constater que sur la page Facebook de son fils Antoine, la photo d'Henri qu'il a choisie pour illustrer un portrait bourré  de tendresse de son père se situe sur un voilier et  date d'une croisière en Grèce où j'avais entraîné nos familles dans les années 80. Souvenirs, souvenirs...



Mais surtout, me recueillant devant le visage apaisé d'Henri, je pensais à cette fâcheuse tendance de la vie politique qui ne retient que la face "publique" des hommes sans imaginer, jamais, leur face privée :  cet homme-là n'était pas seulement un homme sévère et dur, ferme et intransigeant sur ses convictions, il n'avait pas seulement une personnalité écrasante et une autorité naturelle impressionnante, il était aussi un père et un grand-père  au cœur tendre,  pétri d'humour, capable de déconnade, passionné de culture et de lecture, fana d'informatique et de digital depuis des années , visionnaire quand , par exemple, il a décidé de construire un "village-Alzheimer" dans les Landes.



Cet homme-là était un ours du Béarn côté pile, un grand tendre côté face.

Mais qui le savait ?