mardi 7 mars 2023

Quelques milliers de pas effectués sur le pavé de Paris parmi les manifestants, bien nombreux, contre le projet de réforme des retraites.

 J’ai déjà dit pourquoi j’étais délibérément opposé à ce projet profondément injuste, fruit du compromis édifiant entre le pouvoir et sa droite. Quoiqu’en dise ce pauvre Dussopt qui n’en finit pas de son auto-justification de ses reniements, négocier avec Ciotti plutôt qu’avec les syndicats, cela signe une réforme.

Mais ce qui me reste ce soir des échanges avec les manifestants que j’ai côtoyés, ce sont deux choses, révélatrices spectaculaires de la profonde méconnaissance de la société de la part d’un pouvoir enfermé dans sa bulle de certitudes. Ce sont deux sous-estimations majeures:
- celle de l’état d’angoisse économique et sociale des couches sociales les plus défavorisées. Celles-ci, aujourd’hui, ont une angoisse majeure:  tout simplement celle du pouvoir d’achat, de la confrontation à l’inflation, de l’interrogation poignante du « comment finir le mois ». D’où l’allongement considérable des files d’attente devant les restos du cœur et les banques alimentaires. Et c’est le moment que choisit le gouvernement pour dire à ces couches sociales, aux pauvres, qu’il va falloir « faire un effort supplémentaire» ! Invraisemblable.
- celle d’un bouleversement sociologique à l’égard du travail: la pandémie, les confinements, l’apparition et le développement du télétravail, les expériences de semaines de quatre jours démontrent que le « travailler plus pour gagner plus » cher à un ancien président, n’est plus du tout à l’ordre du jour des préoccupations des actifs. Il est en train de se passer des choses très profondes dans la société à l’égard du travail, avec des aspirations croissantes pour le MIEUX plutôt que pour le PLUS. Et c’est le moment que choisit le gouvernement pour dire « circulez, y’a rien à voir, il faudra travailler deux ans de plus »! Invraisemblable.
Le débat n’est pas clos sur la réforme. Et encore moins sur ces sujets de fond.

Vu « The son » ( le fils) le film de Florian Zeller,

avec Hugh Jackman, Laura Dern, Vanessa Kirby et la participation d’Anthony
Hopkins ( dans un rôle beaucoup moins émouvant que dans «  The father », le précédent film du réalisateur). Un drame familial qui se déroule à New York et raconte la douleur d’un adolescent, fils de divorcé, et plus particulièrement son ressentiment profond à l’égard de son père, accusé d’avoir 

« abandonné » sa mère et lui pour refaire sa vie et avoir un autre enfant. Douleur, ressentiment et, au fond, dépression profonde. Le film est réalisé par Florian Zeller «à l’américaine », avec une soigneuse exploitation des bons sentiments et des émotions fortes où le contraste entre les images du passé heureux ( tournées en Corse !) et les pleurs et crises du présent est surjoué. Hugh Jackman est très convaincant en père déchiré et culpabilisé. Mais c’est un film à déconseiller aux parents d’enfants dépressifs… 

Vous avez peut-être vu sur les réseaux sociaux cette vidéo étonnante de la scène finale des obsèques de la Professeur d’espagnol assassinée dans sa classe à Saint-Jean de Luz:

 devant son cercueil placé sur le parvis de l’église de Biarritz, son compagnon entame un solo de danse sur une chanson de Nat King Cole, suivi quelques instants après par quelques amis. Ballet improbable mais surtout émouvant, bouleversant. Absolument bouleversant. 

Je m’interrogeais sur le pourquoi de cette émotion particulière - après tout, des obsèques tristes, et donc émouvantes, c’est bien naturel mais à ce point…- quand Thomas Legrand dans son éditorial de Libé évoque notre monde de violence et d’agressivité, d’anonymat et de mépris dans lequel ce moment est apparu comme un monument d’humanité. 

Oui, d’humanité, simple, naturelle. Explication convaincante. C’est pourquoi, à cet homme en deuil, compagnon d’Agnès Lassalle, on ne doit pas seulement des condoléances mais des remerciements très chaleureux.

Vu « Pour la France », le film de Rachid Hami avec Karim Leklou, Shaïn Boumedine, Lubna Azabal et Laurent Lafitte.

 Encore un film tiré de faits réels, en l’occurrence la mort par noyade de Jallal Hami,
le frère du réalisateur, lors d’une soirée de « bizutage » - parce qu’il faut bien appeler les choses par leurs noms- à l’école militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan où il venait d’être reçu comme élève-officier. « Mort pour la France » ( d’où le titre du film ), c’est la reconnaissance que cherche à obtenir la famille de la victime puisque leur fils est mort sous l’uniforme et dans l’école. Mais la hiérarchie militaire refuse pour des raisons purement juridiques, donc idiotes et choquantes, dans la mesure où cette soirée n’était pas « officielle » au sens militaire du terme….pour information : trois des organisateurs de la soirée ont été condamnés à des peines de prison avec sursis pour homicide volontaire.

Le film, autobiographique aussi est un hommage du réalisateur à son frère disparu et a donc des résonances autobiographiques. 
C’est assez bien fait malgré quelques longueurs et émouvant .

Vu « La syndicaliste », le film de Jean-Paul Salomé avec Isabelle Huppert, Yvan Attal, Marina Foïs.

 Encore un film inspiré de faits réels , l’histoire d’une syndicaliste
CFDT, Maureen Kearney, du groupe Areva, violemment agressée chez elle un soir de 2012 ( c’était hier …) et menacée de récidive si elle continue à s’intéresser au dossier de la négociation secrète Areva-Edf- investisseurs chinois. On y découvre, ahuris, que non seulement l’enquête, menée curieusement, n’a pas abouti mais, pire, que la victime a été accusée de simulation et condamnée à ce titre avant d’être acquittée en appel. 

Un gros intérêt du film est que les personnages de l’affaire sont cités avec leurs vrais noms : on retrouve donc Anne Lauvergeon, patronne d’Areva, virée de son poste par Sarkozy parce qu’elle s’opposait à cette alliance, Luc Oursel, son successeur, mort depuis, plus docile et, derrière tout cela, Henri Proglio, patron d’EDF et son compère Alexandre Djouhri, intermédiaire sulfureux. Résultat désastreux : l’industrie nucléaire française pillée par les chinois…Isabelle Huppert est, comme toujours, magnifique de talent.

lundi 6 mars 2023

Vu « La Nuit du 12 » le film de Dominik Moll tant récompensé aux derniers Cesars, avec Bastien Bouillon, Anouk Grinberg et des acteurs inconnus ( de moi en tout cas ).

 Un film, inspiré de faits réels,  qui est presque un reportage sur une enquête d’une
équipe de la PJ dans la région grenobloise sur le meurtre d’une jeune fille d’une vingtaine d’années brûlée vive un soir tard alors qu’elle rentrait à pieds chez elle après une soirée amicale pas très éloignée. Enquête méticuleuse, interrogatoires diverses, suspects nombreux, écoutes téléphoniques, planques fastidieuses…on vit la démarche des enquêteurs de l’intérieur. Et on vit leur échec puisqu’ils ne trouveront pas le coupable, malgré la relance de l’enquête trois ans après, à l’instigation d’une juge d’instruction accrocheuse. 

C’est interessant et instructif. Mais, comment dire? Ça ne «décolle pas ». Ni dans le suspens, ni dans l’émotion, ni dans le jeu des acteurs assez fade. Bref, on ne passe pas un mauvais moment mais on a du mal à comprendre l’enthousiasme de la profession.

Lu « Français mais pas gaulois » de Daniel Cohn-Bendit et Patrick Lemoine paru chez Robert Laffont .

Le premier des deux auteurs, le plus connu, le «juif allemand» de 1968, écrit une
longue introduction assez intéressante pour dire son bonheur d’avoir obtenu, après bien des vicissitudes, la nationalité française, tout en observant une certaine distance dans son «J’aime la France », distance qui peut paraître gênante quand, parfois, il se laisse aller aux amalgames superficiels du genre «  mais je n’aime pas la France raciste » comme si tous les français étaient racistes. On suppose qu’il peut dire ça de tous les pays. Mais si je savais que lui et moi avions fait une grande partie de nos études supérieures dans la même Université ( Nanterre !) , j’ai découvert qu’on avait aussi fréquenté la même école primaire, celle de la rue Olivier de Serres à Paris dans le XVème arrondissement….sacrées racines communes ! Quant à mon vieux compagnon Patrick Lemoine, marxiste-léniniste de la vieille école, ancien journaliste de l’Equipe, une des meilleures plumes de la presse française ( qui le démontre encore dans ce livre) et mémoire vivante ahurissante de précision de l’histoire de France, contemporaine ou pas, amicale aussi ( genre «  tu te souviens où on était tous les deux le 25 avril 1985 à 18h30?»), il écrit ici une multitude de bio-express de ces personnalités d’origine étrangère qui ont fait la richesse culturelle - au sens civilisationnel du terme- de notre pays : de Marie Curie bien sûr à Pablo Picasso, en passant
 par Joséphine Baker, Zola, Henri Krasucki, IONESCO, Brel, Romy Schneider ou ….Rachida Dati. La démonstration d’ordre idéologique pour la défense de l’immigration est imparable mais, on le voit, les apports culturels ou civilisationnels de ces personnalités sont d’ordre très divers !

Amusant à lire.