samedi 26 novembre 2022
Vu l’installation de Théo Mercier à la Conciergerie.
cette colonnade et ces voûtes du VIème siècle chargées d’histoire ( ce fut une prison sous la Révolution et, notamment, la dernière prison de Marie-Antoinette). Ensuite il y a cette installation dénommée « Outremonde » de Théo Mercier qui y a déposé ….des châteaux de sable. Pour être honnête et précis, ce ne sont pas des châteaux mais ce sont bien des statues de sable et d’eau représentant, étalées à même le sol, des chiens allongés, des lits, des matelas, des colonnes. C’est très bien fait, original, intriguant même (comment cela peut-il tenir ? ), relevant d’une sorte de gageure admirable quand cela représente les plis de tissus ou draps, et assez esthétique. On se promène au milieu de tout cela pendant une petite demi-heure et l’on y passe un beau moment.
Vu « La Fontaine et le confinement » de Fabrice Luchini au théâtre Montparnasse.
heure et demie, presque deux heures, autour du thème du confinement et de trois auteurs : La Fontaine, Pascal et Baudelaire. C’est un véritable régal. Le talent de cet homme est à la fois de faire aimer la littérature avec une sorte de profondeur culturelle évidente, et de divertir voire de faire vraiment rire à partir d’improvisations souvent provoquées par les spectateurs eux-mêmes: là une toux, ici un retardataire ou encore une lumière qui s’allume, un portable qui sonne ….ce qui, au passage, provoque une critique féroce mais ô combien bienvenue des réseaux sociaux et des selfies ! Bref, l’homme a le talent de vous rendre plus intelligent tout en vous divertissant. Je me répète : un régal .
jeudi 24 novembre 2022
Lu « l’île des chasseurs d’oiseaux » de Peter May, traduit - remarquablement- de l’anglais par Jean-René Dastugue et paru aux Editions Babel Noir.
C’est le premier tome de ce qui est présenté par l’auteur et l’éditeur
comme « La trilogie de Lewis ». Je voulais lire Peter May depuis longtemps et je m’en voulais de retarder sans cesse cette échéance. Ce qui m’a finalement décidé, ce sont deux récents voyages dans les Hébrides, cet archipel du Nord-Ouest de l’Ecosse, l’un il y a quelques années avec ma femme et des amis, l’autre l’été dernier avec trois copains navigateurs sur un voilier lors duquel nous nous fîmes copieusement chahuter dans le Minch, ce bras de mer qui sépare les Hébrides de l’Ecosse, nous obligeant à prendre abri à Stornoway, le port de l’île de Lewis . Par deux fois, je me suis enthousiasmé pour ces paysages d’une beauté sauvage éblouissante, ces falaises de roche noire, le blanc éblouissant du sable des quelques plages nichées entre ces falaises, ces champs de tourbe et ces troupeaux de moutons innombrables, ce climat si changeant et brutal, ces vents violents portés par les dépressions atlantiques qui trouvent là leur premier relief où se défouler, ces pluies à l’horizontale, la chaleur de ces pubs, l’alternance heureuse des bières et du whisky….
Et ma femme, ma principale conseillère en matière de lecture, en avait conclu : «il faut que tu lises Peter May! » J’ai commencé il y a quelques temps par un premier roman qui m’avait beaucoup plu et elle a donc renchéri : «maintenant il faut que tu lises la trilogie de Lewis ».
Me voilà donc dans ce premier tome de cette trilogie.Histoire de suivre l’enquête de l’inspecteur Fin Macleod de retour dans l’île de Lewis 30 ans après l’avoir quittée, sous prétexte que le meurtre qui vient de s’y dérouler ressemble à bien des égards à celui sur lequel il enquête déjà à Glasgow où il vit et où il vient de perdre un enfant de 8 ans. Mais ce retour à Lewis, cette enquête, va lui faire redécouvrir les paysages de son enfance, la maison familiale, le cimetière où sont enterrés ses parents, son école, son collège, des amis d’enfance, son grand amour d’adolescence…et la victime du meurtre qui était à l’école avec lui, vulgaire brute épaisse qui régnait sur sa génération par la force. Au milieu de tout cela : une tradition qui ,depuis des décennies, voit une douzaine d’hommes de Lewis partir chaque année pour deux semaines sur un îlot inhabité au grand large de l’Atlantique afin de chasser des oiseaux maritimes migrateurs afin de nourrir l’île, dans des conditions d’inconfort et de dangerosité absolues. Encore des souvenirs violents…Enquête palpitante et souvenirs douloureux s’entremêlent avec beaucoup de mystère qu’on n’éclaircît qu’à la fin dans les dernières pages et même les dernières lignes.
C’est un grand et beau livre. Très grand et très beau. Bien écrit et bien traduit, avec une intrigue précise et bien menée, des sentiments profonds et souvent poignants, une humanité simple, un rythme haletant, dans ce décor sublime que j’apprécie tant ( fût-ce à petites doses…). Oui, vraiment, un très beau livre. Les deux autres tomes de la trilogie ne sauraient tarder.
jeudi 17 novembre 2022
Vu « Mascarade », le film de Nicolas Bedos avec Pierre Niney, Marine Vacth, Isabelle Adjani, François Cluzet, Emmanuelle Devos, un sacré casting, soit dit en passant, et qui ne peut pas laisser indifférent.
c’est à dire l’extrême-Est de cette côte, vers Saint Jean Cap Ferrat. Le nec plus ultra du snobisme des très riches, où l’on passe de villas somptueuses en appartements gigantesques, d’hôtels dix étoiles en restaurants luxueux, de yachts à voile ou à moteur plus magnifiques les uns que les autres, de réception mondaine en réception mondaine.
Dans ce petit monde très autocentré vont se rencontrer deux jeunes et belles personnes, un homme et une femme joués par Pierre Niney et Marine Vacth, qui sont là pour des raisons comparables qui se situent entre le parasite et le gigolo. Lui, en particulier, vit aux crochets de femmes plus âgées dont celle jouée par Isabelle Adjani, magnifique. Ils tombent amoureux et vont tendre un piège machiavélique à un promoteur immobilier ( François Cluzet) et sa femme ( Emmanuelle Devos). Il y a un vrai scénario qui se termine par une fin inattendue, du rythme, de magnifiques acteurs et malgré quelques longueurs, ça fonctionne bien et je dois dire que j’ai bien aimé ce film. Si j’ose dire je me suis laissé faire, sans me poser trop de questions politiques si ce n’est au premier degré, celui de la satire cruelle de ce petit monde surfait. Et c’est très divertissant.
mercredi 16 novembre 2022
Vu « Close » le film franco-belge- néerlandais de Lukas Dhont dernière palme d’or et grand prix du festival de Cannes,
avec deux adolescents inconnus et magnifiques de vérité et de sensibilité et Emilie
Duquenne et Léa Drucker en mères de familles attendrissantes. Histoire de deux adolescents fusionnement liés d’une amitié merveilleuse qui vont être séparés par un drame à peine évoqué très allusivement, le suicide de l’un. L’autre, survivant au sens pur du terme, silencieux en diable va se rapprocher de la mère du disparu pour chercher à comprendre. Mais comment comprendre l’incompréhensible, le mystère d’une âme tourmentée, comment comprendre un drame qui, par définition, n’a pas d’explication simple ou rationnelle, surtout quand on n’ose pas poser les questions ?
Ce film fait de silences et d’allusions est d’une grande sensibilité et d’une émotion parfois bouleversante . J’ajoute qu’il y a deux scènes qui sont d’une qualité photographique étonnement évocatrices, quand les acteurs, ici un adolescent, là une mère, dans la pénombre et le flou des silhouettes ont des regards brillants, reluisants. Comme pour exprimer que la lumière intérieure des êtres éclairent la grisaille épouvantable de leurs vies. C’est très beau .
Vu le film « Couleur de l’incendie » de Clovis Cornillac
( qui joue d’ailleurs dans son film) d’après le roman de Pierre Lemaitre , avec Léa
Drucker et Benoit Poevoorde et Fanny Ardant. Joli film, fidèle au roman qui était déjà de grande qualité mais l’enrichissant, remarquablement joué( notamment par Léa Drucker qui s’affirme comme une grande actrice et Fanny Ardant, égale à elle-même…) pour illustrer la vengeance d’une femme qui, dans l’entre-deux guerres, se voit dépossédée d’une fortune industrielle et financière que lui avait léguée son père, par le fondé de pouvoir de celui-ci, aussi malhonnête qu’ambitieux. Un très bon moment de cinéma.
Lu « La désindustrialisation de la France » de Nicolas DUFOURCQ paru aux éditions Odile Jacob.
raisons personnelles et qui dirige depuis sa création il y a une dizaine d’années la BPI, Banque Publique d’investissement une des rares mais très spectaculaires réussites du quinquennat de François Hollande. Il publie là un livre d’autant plus intéressant sur ce phénomène de désindustrialisation de la France, qu’il décrit, date et chiffre d’une façon incontestable, qu’il est étayé par des dizaines de témoignages d’industriels eux-mêmes, de politiques et de hauts fonctionnaires. C’est très interessant et concret. Trois remarques cependant:
1. D’abord sur les témoignages des politiques de Gauche: dommage que seul Chevènement soit dans cette liste. Car son côté « je l’avais bien dit mais on ne m’a pas écouté « aurait mérité d’être contre-balancé…de hauts fonctionnaires comme Louis Gallois ou Pascal Lamy le font un peu mais quand même, cela manque.
2. Les 35 heures. Sans vouloir vexer l’auteur, je ne m’attendais pas à autre chose que cette descente en flamme des 35 heures compte tenu de la doxa libérale ambiante…mais , car il y a un mais ! Il suffit d’ailleurs de lire Madelin dans le texte : après avoir dénoncé le « non-sens » de la mesure ( on n’en attendait pas moins de sa part…), il ajoute avec une honnêteté inattendue d’une part qu’il n’y a pas eu de surcoût du travail puisqu’elles ont été compensées et, d’autre part, qu’elles ont ouvert un espace de dialogue social appréciable. Tiens donc… alors je renchéris sur Madelin: on ne peut pas dire que la compensation financière des 35h, versée par l’Etat aux entreprises pour éviter l’augmentation du coût du travail et la perte de compétitivité, a représenté une fortune pour les finances publiques, ce qui est vrai et, en même temps, qu’elles ont représenté un surcoût pour les entreprises. Quant au dialogue social, c’est un point qui échappe habituellement aux libéraux mais il est essentiel : les 35h ont fait faire un progrès considérable à celui- ci avec l’annualisation du temps de travail notamment. Et je plaide même pour les vertus économiques de cette dernière car je connais des chefs d’entreprises ( plusieurs ! Et il doit y en voir bien d’autres … Mais ils ne sont jamais cités ni par le MEDEF ni par les médias, ni …dans ce livre) qui m’ont dit « sans la souplesse de l’annualisation, je n’aurais pas sauvé mon entreprise »…
Je suggère un argument différent à l’auteur: si les 35h ont eu un effet négatif sur les entreprises c’est peut-être aussi parce qu’elles ont servi d’exutoire au patronat sur le thème « c’est la faute aux 35h ! », empêchant nombre d’entrepreneurs de se remettre en cause… je reconnais que l’argument est un peu politique mais est-il si faux ?
3. À propos de l’apprentissage, l’auteur indique que les enseignants des lycées professionnels l’ont refusé dans leurs établissements. Ce n’est pas tout à fait exact et je connais bien le sujet car j’étais en charge de ce dossier quand j’étais dans le gouvernement de Pierre Beregovoy et il est dommage que Nicolas DUFOURCQ ne m’en ait pas parlé. La réalité, qui m’a d’ailleurs opposée à Martine Aubry qui avait ce projet, c’est que j’ai fait remarquer au sein du gouvernement qu’il était difficile voire impossible d’avoir au sein des mêmes établissements des jeunes en formation rémunérés et d’autres pas et que pour répondre à la volonté de Martine, il serait préférable de rapprocher les deux systèmes sur le fond. Beregovoy m’a donné raison et nous avons décidé de généraliser l’alternance sous statut scolaire. Ça ne clôt pas le débat mais ça rétablit les faits.
Pour le reste, il y a un point évoqué dans le livre qui, à mon sens, n’est pas assez développé c’est celui de ce que j’appellerais les « exceptions territoriales » : pourquoi alors que cet environnement politico-administratif était si défavorable, certains territoires de la République - cités dans le livre - ont-ils échappé à la désindustrialisation? Ils vivaient et vivent toujours dans le même cadre législatif que les autres non ? Alors pourquoi ? Voilà une réponse qui m’intéresserait bigrement.
Mais le grand mérite de ce livre est de finir sur une note d’espoir, une note d’ailleurs largement imprégnée de l’action de la BPI depuis 10 ans: la France serait enfin sur de bons « rails industriels », à preuve, cette multitude de projets soutenus et qui sont en voie d’éclosion sur le territoire national. J’en accepte volontiers l’augure…






