mardi 15 novembre 2022

Lu « Vivre vite » de Brigitte Giraud, paru chez Flammarion, le prix Goncourt 2022.

 

Brigitte Giraud est une autrice expérimentée qui a déjà publié une dizaine
 de livres dont un, « L’amour est très surestimé », avait reçu le Goncourt de la nouvelle en 2007. Ce roman est le récit du drame de la vie de l’auteure: elle a perdu son compagnon en 1999, des suites d’un accident de moto à Lyon où ils habitaient. Elle avait 36 ans et un jeune enfant d’âge scolaire…et il lui aura fallu plus de 20 ans pour acquérir ( conquérir ?) la distance nécessaire pour écrire sur cet évènement douloureux.

Le parti- pris littéraire est assez original puisqu’elle énumère une vingtaine de « si » comme autant d’éventualités non avérées qui aurait empêché l’accident : si son frère ne lui avait pas déposé en gardiennage cette moto dangereuse, s'il n’avait pas plu, s’il était passé au feu orange, si elle l’avait appelé depuis Paris pour lui dire qu’il n’était pas nécessaire d’aller chercher leur fils à l’école, si, si, si…
La seule critique que l’on puisse faire à ce livre est relative à cette liste de «si»: certains sont tirés par les cheveux, mais c’est sans doute parce qu’ils sont si personnels qu’ils peuvent apparaître abscons, d’autres plus évidents paraissent manquer mais c’est peut-être parce qu’ils sont trop sociétaux…
Pour le reste c’est un livre triste, un livre de deuil, très bien écrit, extrêmement facile à lire, et d’une belle sensibilité souvent émouvante. Peut-être pas un chef d’œuvre mais un bon Goncourt.

Lu « Le mage du Kremlin » de Giuliano da Empoli paru chez Gallimard, grand prix de l’Académie Française, le livre arrivé premier ex aequo au Goncourt mais battu au 14ème tour de scrutin par la voix double du président du jury.

 L’auteur est un universitaire italien, proche de Matteo Renzi dont il fut un adjoint à la
mairie de Florence et son conseiller à la présidence du Conseil, auteur, chercheur, dirigeant d’un think-tank, très francophile puisqu’il enseigne aussi à Sciences Po Paris.

Son livre est un magnifique exercice de fiction - c’est un roman !- remarquablement assis sur une étude très approfondie sur le parcours de Poutine, sa personnalité, ses méthodes, ses décisions mais aussi des sondages et études d’opinion sur la société russe. Le parti pris littéraire est assez simple puisqu’un chercheur européen ( l’auteur ? Peu importe…) recueille les confidences d’un ancien conseiller de Poutine, Baranov, qui fut avant l’accession au pouvoir de celui-ci, un homme de télévision, producteur de spectacle, avant de devenir son conseiller en communication puis son conseiller politique et confident, avant de prendre ses distances…et de se confier à l’auteur, sans amertume mais avec une grande lucidité. Baranov est le seul personnage fictif encore qu’il soit inspiré d’un autre conseiller de Poutine. Tous les autres noms sont vrais. Baranov, donc, se livre et c’est passionnant, surtout, évidemment, en cette période où Poutine est au cœur de l’actualité mondiale et des inquiétudes généralisées face à sa guerre ukrainienne. Ce qui est remarquable dans ce livre, c’est qu’il met en valeur des traits du peuple russe que Poutine exploite, parfois cyniquement, pour asseoir son pouvoir: la détestation de la faiblesse et son corollaire le besoin d’autorité, la soif de grandeur et sa conséquence impérialiste, en Géorgie, en Crimée, en Ukraine, la construction - parfois artificielle- d’une identité nationale « contre » l’Occident.
Alors, bien sûr, on aimerait en savoir plus sur la frontière entre la fiction et la réalité dans cette accumulation d’informations d’une grande richesse mais, au fond, on est vite emporté par la conviction que la réalité n’est pas seulement loin de la fiction, elle la dépasse….
Ce livre est remarquable et passionnant, il aide à comprendre le monde tel qu’il est.

lundi 7 novembre 2022

Lu « La Belle époque » de Franz-Olivier Giesbert, deuxième tome de «L’histoire intime de la Vème République » que Gallimard a commandée à l’auteur.

 Le premier tome essentiellement consacré à De Gaulle m’avait beaucoup plu par son  
rythme, son enthousiasme, cette obsession d’aller chercher l’intime des responsables politiques sans jamais fouiller dans les poubelles, avec cette volonté intéressante d’éclairer bien des décisions par la personnalité de leur auteur, son caractère, ses angoisses. Une sorte de «face cachée » de l’histoire qui explique autrement les choses. Eh bien ce deuxième tome est à l’image du premier, passionnant et jubilatoire. La période racontée couvre les Présidences de Pompidou et Giscard, et l’on a la confirmation que Giesbert est l’incarnation du proverbe « qui aime bien châtie bien »: il aime les chefs d’Etat et de gouvernement, les grands responsables politiques, il apprécie leur fréquentation, intime si possible, et ne s’en trouve en rien prisonnier: c’est pour mieux les critiquer sans retenue. Et même si c’est parfois romancé et invraisemblable, c’est très passionnant.

Vu « La conspiration du Caire » le film du suédois Tarik Saleh, dont le père est égyptien, sélectionné officiellement à Cannes cette année, où il a obtenu le prix du scénario.

 L’histoire se passe au sein de la grande mosquée Al Azhar du Caire qui est aussi
une Université, grand phare de l’islam sunnite, qu’on qualifiera de «plutôt modérée» mais qui est, on le devine, en proie à bien des tensions. L’histoire raconte comment les services de la police politique du régime actuel, celui du Maréchal Al Sissi, à l’occasion de la mort du recteur de la grande mosquée et du processus de désignation de son successeur, s’assurent de mettre hors-jeu un candidat suspecté de connivence avec l’islamisme radical. Mettre hors-jeu s’entend, bien sûr, « par tous les moyens» ce qui n’étonne en rien de la part d’un régime aussi peu démocratique. Critique ferme et dénonciatrice ô combien méritée cela va sans dire, au travers d’un scénario conçu de l’intérieur de la mosquée, au milieu des étudiants. Et c’est plutôt bien fait et convaincant . Mais ce qui gêne dans cette approche, c’est son parti-pris visant bon an - mal an, à faire des islamistes radicaux des victimes, passant par pertes et profits les déviations antidémocratiques des islamistes du temps du régime de Morsi. Je partage cette critique radicale du régime égyptien actuel, mais n’arrive pas à absoudre le régime précédent. Et c’est d’ailleurs bien le drame du peuple égyptien qui, tel Moïse, tombe de Charybde en Scylla….

Vu « La femme qui danse » , spectacle chorégraphique du Théâtre du Corps, conçu et choregraphié par Marie-Claude PIETRAGALLA et Julien DEROUAULT, et dansé par la première nommée, seule en scène.

 Un joli spectacle, fruit naturel d’une vie de danseuse aux expériences multiples, à la
sensibilité exacerbée, à la curiosité artistique et culturelle presque sans limites.
Un spectacle d’une grande diversité où l’on va jusqu’à découvrir ce que les images numériques peuvent apporter à la chorégraphie, et où Pietra , comme on l’appelle dans le monde de la danse, l’immense danseuse rend de bien beaux hommages à deux magnifiques danseurs et chorégraphes hélas disparus: Rudolf Noureev et Patrick Dupont. La fin de l’hommage à ce dernier est d’ailleurs l’objet d’un moment de grâce: ayant dansé cet hommage dans un grand voile de plastic transparent léger, elle finit par en déchirer un morceau qui devient une feuille volant dans le vent et avec laquelle elle joue, lui redonnant de l’altitude en soufflant dessus, dans des attitudes d’une élégance rare et d’une poésie achevée…

jeudi 3 novembre 2022

Vu « L’innocent » le film de Louis Garrel avec Anouk Grinberg, Roschdy Zem, Noémie Merlant et…Louis Garrel lui-même.

 Le sujet: Abel, une trentaine d’années, apprend que sa mère qui anime des actions
culturelles en milieu pénitentiaire, va se marier avec un détenu. Ça l’inquiète au plus au point de sorte qu’à la sortie de prison de son beau-père, il le surveille étroitement. Le type est sympa, très sympa mais la manière dont il a offert un magasin à sa nouvelle femme est intrigante…. Et Abel va se retrouver embarqué malgré lui dans une aventure rocambolesque.

Le film est une comédie policière parfois burlesque et détendante. Les acteurs y sont de grande qualité, assurément. Mais je n’y ai pas trouvé le «bijou » dont certaines critiques m’avaient parlé…..

mercredi 2 novembre 2022

Il y a quelques jours est née la Fondation Kader Belarbi dont j’ai l’honneur d’assumer la Présidence.

 Son nom est celui de l’ancien danseur étoile de l’Opera de Paris, chorégraphe et
directeur du corps de ballet de l’opéra national du Capitole à Toulouse depuis quelques années déjà. Avec lui, un groupe d’amis liés par l’affection portée à Kader d’une part, et la passion partagée de la danse d’autre part, se sont réunis pour faire connaître son œuvre, ses créations, et diffuser la danse vers tous les publics et, en particulier, ceux qui en sont trop souvent privés.

Pour baptiser cette Fondation il y a quelques jours, au Carreau du Temple à Paris, nous avons présenté la restitution d’un travail réalisé par Kader dans un collège de La Courneuve dans le 93, avec 17 adolescents de 6ème et 5ème, pendant quelques ateliers de 2 heures répartis depuis la dernière rentrée scolaire. Ces 17 gosses, 14 filles et 3 garçons étaient magnifiques, attachants, émouvants et ont démontré à merveille ce que notre Fondation souhaite développer.