dimanche 17 avril 2022

Deux pièces de théâtre lors de mon séjour parisien:

 - Au théâtre de l’Oeuvre, « Dabadie ou les choses de nos vies » d’après l’œuvre de


Jean-Loup Dabadie, sur une mise en scène d’Emmanuel Noblet avec celui-ci, Clarika et Maissiat ( deux actrices-chanteuses) .
Un spectacle musical très original à partir de l’œuvre de Jean-Loup Dabadie, écrivain et dialoguiste, que l’on retrouve plus facilement dans les chansons dont il fut parolier que dans des extraits de dialogues de films. Mais Emmanuel Noblet est un homme de théâtre en permanente recherche, créatif prolifique, acteur passionné et, en l’occurrence, aux confins originaux de la chanson et du théâtre.

 

- Au cirque électrique,« Le sourire au pied de l’échelle » d’après


l’œuvre d’Henry Miller avec Denis Lavant, « seul en scène » sur une mise en scène de Bénédicte Nécaille.
Le cirque électrique est un drôle d’endroit de la Porte des Lilas, deux chapiteaux au-dessus du périphérique, une initiative de la mairie de Paris ( qui ne fait pas que des pistes cyclables !), pour le spectacle vivant qu’on dira « alternatif » autour du cirque et du théâtre. Un lieu investi en la circonstance par la compagnie « J’y retourne immédiatement » dirigée par Bénédicte Nécaille qui met en scène cette pièce sur un texte d’Henry Miller qui lui fut commandé par Fernand Légerpour illustrer ses peintures sur le clown: il vaut mieux se cramponner au bas de l’échelle que se griser d’élévation, telle est la conclusion du clown parti à la recherche de lui-même et placé devant ses contradictions. Le texte est irrégulier mais la mise en scène est très vivante et Denis Lavant époustouflant !


 

 

Lu « Dans les brumes de Capelans » d’Olivier Norek, paru chez Michel Lafon.

On ne présente plus Olivier Norek, l’ancien flic dans le 93, devenu auteur de polar à
succès. Le roman policier est un genre littéraire à part entière et la France a la chance de disposer en ce domaine de plusieurs auteurs de talent à la renommée internationale. Olivier Norek est de ceux-là et il nous livre un nouveau roman qui, s’il a peut-être un peu de mal à démarrer, devient vite haletant et qu’on ne lâche plus . Une maitrise exceptionnelle du suspens qui est délicieuse. L’histoire est, une nouvelle fois, celle du Capitaine Coste, vieux flic cabossé par les accidents de la vie, sentimentale et professionnelle, qui se retrouve en semi-retraite à Saint-Pierre et Miquelon, en charge d’une résidence surveillée pour accueillir des « repentis », ces anciens criminels qui rompent avec leur histoire pour coopérer avec la police. Cas particulier : il s’agit cette fois pour Coste d’accueillir, protéger et faire parler une victime étonnement sauvée des griffes d’un multi-criminel; une jeune femme désarmante… Le décor somptueux de l’archipel français aux confins de Terre-neuve et, un moment envahi par les brumes de Capelans va ajouter au brouillard épais de l’énigme.

mardi 12 avril 2022

Vu, avant le dépouillement, le dernier film de Cédric Klapisch, « En corps » avec Marion Barbeau, Muriel Robin, Denis Podalydès, Pio Marmaï, François Civil…

Elise ( jouée par Marion Barbeau ) est danseuse à l’Opéra de Paris ce qui n’est pas
une simple vue de l’esprit puisque , dans la vraie vie, l’actrice y est première danseuse. C’est d’ailleurs là, à l’Opera de Paris, que débute le film avec une longue séquence sans parole autour des répétitions, des coulisses et de la présentation de « La Bayadère « à laquelle Élise participe bien sûr. Mais, sans doute distraite, choquée, bouleversée parce qu’elle vient de surprendre en coulisses son compagnon tendrement enlacé avec une autre danseuse, Élise se blesse gravement. L’immobilisation s’annonce longue, l’opération chirurgicale probable, la carrière de danseuse très menacée. Début d’une période de résilience où se mêle un père (Denis Podalydès), vieil avocat retiré dans le Berry qui a du mal à dire « je t’aime » à ses trois filles et, en particulier à Elise, un kiné amoureux transi ( François Civil, très drôle) de la danseuse partie avec le compagnon d’Elise, un couple de copains d’Elise plutôt déjantés qui exploitent un food-truck et lui proposent un boulot de marmiton, et une retraitée dans un joli manoir breton ( Muriel Robin) où sont accueillis des artistes en résidence. Dont, un jour, une compagnie de danse contemporaine….qui va ramener lentement mais sûrement Elise vers la danse et l’amour. Ce film est d’une grande beauté, d’une formidable humanité, d’une tendresse réjouissante, d’une esthétique réussie. Quand on aime la danse comme moi on se réjouit. Si on ne la connait pas on la découvre, classique ou contemporaine pour une fois complémentaires et non pas artificiellement opposées, dans une jolie histoire où Marion Barbeau excelle. Actrice ou danseuse ? That is the question…


lundi 11 avril 2022

Premier tour de l’élection présidentielle ou la suite d’un désastre annoncé.

Je parle évidemment du désastre de ma Gauche, la Gauche de gouvernement, la gauche responsable, la gauche réformiste et européenne.
Je l’ai dit, j’ai voté socialiste en utilisant le bulletin d’Hidalgo, sans enthousiasme, mais comme une injonction aux plus jeunes des responsables socialistes et des partis disséminés de la Gauche à reconstruire ! Le Parti socialiste est mort et le scrutin d’hier l’enterre. Pour incarner l’indispensable alliance camusienne des libertés et de la justice sociale, il faut RECONSTRUIRE le plus vite possible. Reconstruire un projet, une méthode, une stratégie, une organisation.
Il y a plein de méthodes pour reconstruire mais j’en vois beaucoup de mauvaises et une seule de bonne. Si on croit qu’on va reconstruire avec un dîner entre initiés ou en préemptant la candidature de 2027, on va dans le mur ! Si on met la charrue avant les bœufs, on va dans le mur !
La seule solution c’est le travail, le travail, le travail…
Pour le deuxième tour, pour faire battre Madame La Peine, j’utiliserai le bulletin Macron, toujours sans enthousiasme et même avec une certaine colère. Car, franchement, « faire barrage à l’extrême droite » avec un homme qui l’a faite passer en cinq ans de 20 à 30% au premier tour et, peut-être, de 35 à 47% au 2ème, tu parles d’un barrage ! Si l’on voulait parler juste, on parlerait de colmater le barrage qui fuit de toutes parts…pour retarder l’échéance.
Macron a le deuxième tour qu’il voulait, qu’il espérait, qu’il a choisi et à bien des égards construit, mais cette obsession de limiter le débat démocratique à ce face-à-face, ressemble à un terrible jeu avec le feu.
Et s’il a autre chose dans la tête que de jouer avec le feu et retarder l’échéance, il lui appartient de changer de voie. Une alliance avec la Droite ? Compte tenu de son programme délibérément libéral et conservateur, ce serait le plus clair.


samedi 9 avril 2022

Lu « Ton absence n’est que ténèbres » de Jón Kalman Stefánsson , traduit de l’islandais par Eric Boury et paru chez Grasset.

Stefánsson est un auteur islandais contemporain traduit dans le monde entier qui a
rencontré de gros succès, notamment avec « Asta » paru en 2018.

Un de mes très chers amis, Yves LEBAS, arlésien d’adoption m’avait lancé une injonction quasi-comminatoire : « il faut que tu lises cela, c’est un bijou ». Et je me suis donc précipité chez le libraire……Pour la lecture, en revanche, point de précipitation : d’abord parce que c’est un sacré pavé de 600 pages, ensuite parce que c’est une écriture difficile, à la fois originale et audacieuse, parfois dérangeante - je me suis pris à relever les participes pour comprendre qui parle, un homme ou une femme … !-, enfin parce qu’on vit ces heures dans une ambiance lourde, grave, nostalgique où l’on rencontre à la fois des sentiments puissants et des destins tragiques: « la mort est la sœur de l’attente »…..
Et c’est une écriture, une littérature à bien des égards désarçonnante dans la mesure où les histoires humaines se croisent et se décroisent, d’une famille ou d’un amour à l’autre, d’un lieu ou d’une époque à l’autre, le tout formant un puzzle ou une mosaïque où l’ambiance générale emporte tout: car « ce qui compte, c’est de continuer les histoires qu’on a commencées »…..
Le décor est un fjord profond et sauvage de l’Ouest de l’Islande où sont installées quelques très rares fermes d’éleveurs de moutons. Mais il n’est pas interdit d’y retrouver des exodes vers la ville, le village plus loin, ou bien l’exil vers le Canada ou Marseille.
Et l’héroïne centrale du livre pourrait bien être l’écriture elle-même, présente mais discrète à travers quelques échanges entre l’auteur et un chauffeur de bus, l’écriture qui ralentit la course du temps….

mardi 5 avril 2022

Je suis allé hier au meeting d’Anne Hidalgo au cirque d’hiver.

Par une sorte de fidélité très ancienne à ce qui fut longtemps mon parti, et qui reste mes idées et mes convictions. Peut- être aussi pour ne pas rater cette réunion des derniers des mohicans…en être, quoi. Et peut-être surtout pour que ma présence soit un cri d’espoir, une injonction à ceux qui vont être en scène demain, après ce désastre annoncé, afin qu’ils s’y collent, vraiment, non pas pour la lutte des places mais pour le travail de fond et la réinvention d’une démarche, d’une stratégie et d’un instrument au service des ces convictions. Le P.S. est mort avec le quinquennat d’Hollande et ses dirigeants depuis cinq ans, plutôt que d’engager ce travail de fond, n’ont cessé de différer ses obsèques. Et c’est comme cela qu’on tombe de Charybde en Scylla….
Le discours d’Anne Hidalgo était de bonne qualité, sérieux, argumenté, bien positionné à gauche, c’est-à-dire la gauche européenne, responsable et réformiste, la gauche de gouvernement. Oui, un bon discours, émouvant même à certains moments. En tout cas, suffisant pour confirmer mon intention de voter pour elle au premier tour.
Je me suis d’ailleurs demandé si c’est bien ce type de discours qu’elle tient depuis le début de la campagne, et donc quelle part cette cohérence - ou éventuelle incohérence - pouvait avoir dans l’échec annoncé. Si c’est le même et bon discours c’est bien que le mal est ailleurs. Et ce sera la première des tâches des reconstructeurs que d’analyser sans faiblesse les causes de cet échec.
Et dans cette analyse, je leur suggérerais de corriger le seul gros défaut du discours de dimanche : la candidate socialiste a prononcé 10 ou 20 fois le mot « laïcité « ou l’expression « République laïque » et je m’en réjouissais sans réserve. Jusqu’à ce qu’elle énonce la loi de 1905 comme une loi « de tolérance et de liberté religieuse»….patatras, voilà qu’ elle parlait comme Hollande, Bianco ou…Macron et non pas en républicaine. Elle eût évoqué la loi de séparation qui affirme et protège la liberté de conscience que mes applaudissements eussent été sans réserve ! Car la tolérance est un drôle de concept dont on ne connaît pas les limites ( doit- on être tolérant avec l’intégrisme religieux ? ) et cette soi- disant liberté religieuse est une terrible restriction voulue par la droite religieuse pour renier l’ambition de la loi qui, avec la liberté de conscience, ajoutait à la liberté de croire celle de ne pas croire….
Ce n’est pas un détail, c’est même essentiel, mais je voterai quand même pour elle. Comme un des derniers mohicans.


samedi 2 avril 2022

Lu « Connemara » de Nicolas Mathieu, paru chez Actes sud.

Nicolas Mathieu est cet auteur qui avait reçu le Prix Goncourt en 2018 pour son
deuxième roman « Leurs enfants après eux ». Et « Connemara » en l’occurrence ne donne pas pour décor du roman cette somptueuse et sauvage région du Nord-Ouest de l’Irlande, mais….la chanson de Michel Sardou qui rythme les soirées de troisième mi-temps du club de hockey sur glace d’Epinal dans les Vosges. Hélène et Christophe s’étaient croisés au lycée de cette petite ville de province, même si Christophe était beaucoup plus intéressé par la meilleure amie d’Hélène. Mais leurs chemins se sont séparés après le bac : Hélène, très brillante, est partie à Nancy faire des études supérieures, école de commerce, belle situation, mariage bourgeois avec un sur -diplômé comme elle, famille, deux enfants, très belle maison, profession consultante, beau salaire…Christophe, lui, a privilégié l’enracinement sur place, les copains, le hockey, les troisièmes mi-temps, les bitures, et vit bien mais moyennement comme représentant de commerce en aliments pour chien. Il a eu un fils avec une femme qui est vite partie, et cohabite avec son père et son enfant en garde alternée.

Les hasards de la vie font qu’à la quarantaine, leurs routes vont se croiser et qu’un élan violent va les unir. Élan essentiellement sexuel ? Oui, mais pas seulement : la quarantaine est là et l’envie profonde de ne pas s’enfermer dans la routine, de tout remettre en cause, de prendre des risques. Seulement voilà : leurs routes les avaient conduits pendant vingt ans vers des contrées économiques, sociales, culturelles très profondément différentes et il n’est pas facile d’en faire abstraction.
Comme le précédent roman de Nicolas Mathieu, on ne voyage pas dans l’allégresse joyeuse des sentiments passionnels mais dans une mélancolie triste manquant parfois d’émotion. Mais c’est agréable à lire et tellement réaliste !