samedi 9 octobre 2021

Lu « Nocturne indien » d’Antonio Tabucchi paru chez Gallimard avec une traduction de Bernard Comment.

 Je n’avais encore rien lu de Tabucchi, cet auteur italien né à Pise en 1943 et mort à
Lisbonne en 2012, qui partagea sa vie entre nos trois pays, Italie, Portugal et France, auteur de nombreux ouvrages traduits dans le monde entier. Voilà une lacune comblée, en tout cas très partiellement puisqu’il me faudra y revenir pour aller un peu plus loin que ce petit livre si je veux affiner mon jugement.

 
Ce « Nocturne indien » qui obtint le Prix Médicis étranger en 1987, est un roman qui fut adapté au cinéma par Alain Corneau, roman d’invitation au voyage puisque l’auteur y raconte son périple en, Inde à la recherche d’un ami, manifestement intime et disparu là-bas. L’Inde, de Bombay à Goa, dans sa diversité si contrastée d’hôtels pouilleux aux palaces les plus luxueux, des prostituées de Bombay aux prêtres d’un couvent de jésuites portugais. Tout est subtil et en nuances ou en allusions dans ce récit, jusqu’à la fin, mystérieuse et suggestive. 

Ça se lit aisément même si on reste un peu sur sa faim ( sa fin ?). Je reviendrai lire d’autres Tabucchi.

mardi 5 octobre 2021

Honneur à Jean-Marc Sauvé !

 Jean-Marc Sauvé est cet homme qui présidait la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église catholique qui vient de rendre son rapport aujourd’hui. Et quel rapport, quelles conclusions, quel courage, quelle lucidité!! Quels chiffres !
Et quel choc…
J’ai connu Jean-Marc Sauvé et l’ai croisé plus d’une fois, et même si nous n’étions pas intimes, j’ai pu apprécier ses qualités immenses de serviteur de l’Etat. Je n’oublie pas qu’il fut un proche collaborateur de Robert Badinter au moment de l’abolition de la peine de mort, mais il n’y a sans doute pas de vrai hasard.
Je me souviens qu’il ne fut pas seulement un « Haut fonctionnaire » comme il est présenté aujourd’hui dans la presse, mais « Le plus haut des fonctionnaires » puisqu’après avoir été Secrétaire Général du Gouvernement - c’est alors que je l’ai connu-, il fut Vice-Président du Conseil d’Etat ( qui préside de fait ledit conseil puisque l’autorité politique lui a, de fait, délégué ce pouvoir il y a longtemps ), la plus haute autorité de la justice administrative de la République.
Ce parcours et les qualités personnelles exceptionnelles qu’il a révélées expliquent le sérieux et l’honnêteté du travail rendu public aujourd’hui.
Mais il est un point qui m’intéresse encore plus à son sujet : c’est que Jean-Marc Sauvé est un catholique assumé. Mais, et là j’ajoute un qualificatif personnel qui va encore m’attirer des critiques véhémentes, c’est un «catholique laïc ». Que veux-je dire par ce concept ? Cela signifie que, pour lui, les lois de la République sont supérieures aux lois religieuses et, en particulier, que la justice de la République doit l’emporter sur la justice religieuse. Tu crois ou tu ne crois pas, si tu crois tu crois à la religion de ton choix, si tu ne crois pas tu peux être athée ou agnostique ou simplement indifférent à la chose religieuse, mais on a les mêmes droits et les mêmes devoirs, nous sommes égaux en droit.

Ce rapport est une démonstration spectaculaire, une démonstration appliquée et concrète du principe de laïcité et de l’universalisme républicain dans la mesure où le catholique qu’il est, au nom des lois de la République, condamne sévèrement l’église de sa religion. Et ça lui donne une valeur supplémentaire.
Oui, honneur à Jean-Marc Sauvé.

lundi 4 octobre 2021

Lu « un homme pareil aux autres » de René Maran datant de 1947 et paru aux Editions du Typhon.

René Maran, né en Martinique en 1887 et mort en 1960 est le premier auteur noir à
recevoir le prix Goncourt en 1921. Ce ne fut d’ailleurs pas pour ce livre mais pour « Batouala ». Sans s’en revendiquer lui-même, il fut considéré rétrospectivement comme un précurseur de la Négritude. Ce roman qui se passe entre Bordeaux et l’Afrique dans les années 20 : Jean Veneuse retourne en Afrique où il doit de nouveau servir comme administrateur colonial, laissant en France Andrée Marielle, jeune parisienne dont il est amoureux. Mais un amour impossible. En tout cas, impossible selon lui. Pourquoi ? On touche là une forme de racisme bien particulière, le racisme introjecté : car Andrée est blanche et Jean est noir. Mais le racisme ne vient pas de l’arrogance suprémaciste de la femme blanche, qui est au contraire respectueuse, amicale, affectueuse, ( amoureuse ?), il est vécu, profondément, par Jean, épouvantablement assigné à sa couleur de peau. La violence raciale, il la vit en permanence mais…tout seul. Elle le déchire, le tourmente, le traumatise : non, cet amour n’est pas possible puisqu’elle est blanche et que je suis noir. Et le livre nous fait vivre ces tourments tout au long du voyage maritime vers l’Afrique avec cette question permanente, obsédante: l’amour qui pousse deux êtres l’un vers l’autre saura-t-il vaincre cet invraisemblable obstacle?

Revenons en 2021 et au nouveau débat sur le racisme que voudraient nous imposer les indigénistes : ce traité sur l’assignation à la couleur de peau est d’un subtile et remarquable actualité…

dimanche 3 octobre 2021

Lu « Temps sauvages » de Mario Vargas LLOSA paru chez Gallimard et traduit de l’espagnol ( péruvien) par Albert Bensoussan et Daniel Lefort.

Le prix Nobel de littérature 2010, péruvien de naissance mais naturalisé espagnol, a
écrit là ce qu’on peut appeler un roman historique : roman car c’est une vraie fiction issue de l’imagination créative de l’auteur, historique car il raconte ce qui fut un moment fort de la guerre froide : le coup d’Etat au Guatemala en 1954, par lequel les Etats-Unis et en particulier bien sûr, la CIA sur ordre d’une multinationale du secteur fruitier United Fruit, renversa le Président légitime, Jacobo Arbenz pour le remplacer par Johnny Abbes Garcia, un « copain » du dictateur de Saint-Domingue, l’affreux Trujillo. C’est remarquablement écrit, vivant, mêlant pour le plus grand plaisir du lecteur les intrigues politiques et les histoires amoureuses, et ça se lit presque comme un roman policier. Mais le plus intéressant me semble-t-il relève de l’analyse politique : on sait ce que fut le parcours politique de Vargas Llosa : venu du communisme et soutien inconditionnel de Castro, il fit sa « révolution libérale» à la fin des années 60 et ne cessa depuis de dériver vers la droite, ce qui prit parfois des tours surprenants comme son soutien aux gouvernements d’Aznar en Espagne, Berlusconi en Italie, ou son récent appui à la fille de l’ex-président Fujimori, ( condamné pour corruption...) contre le candidat de gauche à l’élection présidentielle péruvienne. Et pourtant... dans ce livre très récent, il ne cesse de présenter le coup d’Etat de 54 au Guatemala, comme une erreur stratégique et historique ! Car Arbenz, soutient -il, contrairement aux thèses de la CIA et du pouvoir américain, évidemment sous influence de United Fruit, n’avait rien d’un « rouge », communiste et révolutionnaire, mais était bien un social-démocrate réformiste, épris de justice et de démocratie.... Compte tenu du parcours politique de l’auteur, ce retour en arrière en forme de mea-culpa apparaîtra comme savoureux pour les uns, déplacé pour les autres, choquant pour les derniers. C’est l’occasion de relancer le débat d’actualité en France à propos de la distinction entre l’auteur et son œuvre : je n’ai que peu d’estime pour cet homme et son parcours politique, mais ses écrits et celui-là en particulier sont de très belle facture....

mercredi 29 septembre 2021

Lu « Yes we Cam! » livre d’entretien entre le navigateur Jean Le Cam et le journaliste Jean-Louis Le Touzet.

Jean Le Cam, cet homme qui a ému la France entière lors du dernier Vendée Globe
en sauvant Kevin Escoffier, naufragé dans l’océan indien, bien qu’encore très jeune, 61 ans à peine, est le doyen des navigateurs transocéaniques ou tourdumondistes à la voile. Ce qui fait d’abord de lui un témoin privilégié de la véritable révolution technologique que la navigation à voile a connu ces 50 dernières années puisqu’il a fait son service militaire sur le Pen Duick VI d’Eric Tabarly et qu’il a navigué depuis sur tout ce qui se fait de mieux et surtout de plus sophistiqué dans le domaine de la navigation à voile, monocoques ou multicoques réunis. Son regard sur ces évolutions croisé avec ses réflexions sur l’inflation des budgets est en soi passionnant. Sa personnalité très particulière faite de gouaille, de simplicité parfois sauvage, de spontanéité souvent décoiffante, de refus systématique de la moindre concession à la mode et aux ravages de la communication si superficielle en font quelqu’un de bien à part dans ce milieu de la voile de compétition : jamais coiffé ni particulièrement élégant, il pourrait laisser croire qu’il est une sorte de vagabond des mers du sud, comme Moitessier, ou un écolo révolté et marginal façon Eugène Riguidel . Eh bien pas du tout ! Le Cam est d’abord et avant tout un compétiteur, un gagneur et, d’ailleurs, son palmarès parle pour lui. J’ai retenu de cette lecture de la conversation avec Jean -Louis Le Touzet, excellent journaliste avec lequel Le Cam a noué une vraie amitié, deux aspects étonnants de cette personnalité bien intéressante :

- d’abord, c’est un patron de PME qui a créé son entreprise, un chantier naval, il y a bien des années, 4 ou 5 salariés à peine mais une vraie cellule de veille technologique dont le principal savoir-faire, compte tenu des budgets ténus, est de sélectionner les vrais des faux progrès technologiques. Ce qui apporte vraiment quelque chose. Ce qui n’entraîne pas un poids superflu. Ce qui n’est pas une concession à un modernisme aveugle mais pas forcément utile. Ce qui ne fait pas prendre des risques inconsidérés. Bref, une démarche raisonnable et raisonnée.
- l’autre aspect qui m’a surpris, c’est que ce taiseux un peu marginal est, au fond, très conformiste dans les relations sociales, très respectueux des institutions, bien peu révolté, un esprit-critique qui ne semble pas savoir porter sur d’autres domaines que le sien, un petit garçon timide et impressionné quand il parle au Président de la République ou à Laurent Delahousse. Ça fait, au fond, un drôle de mélange .

vendredi 24 septembre 2021

Lu « 2022 la flambée populiste » de Damien Fleurot et Mathieu Souquière paru chez Plon et coédité avec la Fondation Jean Jaurés.

Mathieu Souquière est un consultant, ancien conseiller en cabinet ministériel et en
collectivité locale, et expert associé à la Fondation Jean Jaurés. Damien Fleurot est un journaliste politique que je connais depuis bien longtemps et dont j’apprécie particulièrement l’honnêteté et la rigueur professionnelle, qui est actuellement au service politique de TF1-LCI. Ils nous livrent ici un essai sur le populisme mais on devrait plutôt dire sur « les populismes » tant ils démontrent avec pertinence que ce positionnement, cette attitude, cette stratégie politique qui consiste à dresser le « peuple » ( je mets des guillemets à dessein tant les populistes, justement, s’appropriant le peuple sans vergogne, lui font dire souvent ce qui les arrange…) contre les élites, existe un peu partout dans le monde ( Trump, Bolsonaro, Orban, Salvini…) et pas seulement en France, et ne date pas d’hier ( ils évoquent notamment et à juste titre l’épisode du général Boulanger). Ce qui est interessant dans cet essai c’est qu’il s’efforce de ratisser toutes les causes et toutes les formes de ce phénomène et, en particulier, le terrifiant jeu des réseaux que j’appelle depuis longtemps «asociaux » tant ils sont destructeurs de lien social. Je dois dire, en particulier, mon aversion révoltée contre le fameux « Twitter »: imaginez, dans un monde de plus en plus complexe, des sociétés de plus en plus sophistiquées, des économies en perpétuel renouvellement, bref face à cette complexité triomphante si bien décrite par Edgard Morin, ces messieurs de Twitter obligent les politiques à s’exprimer en un nombre ô combien limité de signes. Quelques dizaines de signes , histoire d’empêcher l’appel à la raison et de provoquer le raccourci réducteur et, si possible, sensationnel. Et les politiques se plient à cette exigence !! Misère des comportements qui entraîne l’appauvrissement de la pensée politique.

Dans ce procès en responsabilité du populisme, les chaînes d’information continue sont aussi particulièrement mises en cause. Ou plutôt, l’une d’entre elles « CNews » qui, il faut le dire, en matière de populisme ne néglige rien par ses thématiques ou par ses invités. Mais curieusement les autres chaînes d’info continue sont épargnées ! Certes, BFM n’atteint pas le degré de vulgarité populiste de CNews mais je suis bien placé, pour en avoir été victime, pour savoir que l’honnêteté intellectuelle de certains de ses journalistes ne les fait reculer devant aucun obstacle quant il s’agit de faire passer les élus comme « tous pourris ».
Cet essai s’attaque à un sujet complexe, difficile, et offre des clefs très utiles pour comprendre ses fondements et ses mécanismes. Et nul doute, hélas, qu’il reste d’actualité encore quelques temps.

mercredi 22 septembre 2021

Lu «  Mon maître et mon vainqueur » de François-Henri Désérable paru chez Gallimard.

 J’ai rencontré l’auteur dans une récente rencontre littéraire à la mairie du Vème
arrondissement où nous étions invités tous deux à présenter nos livre et débattre avec le public. 

Homme jeune, moins de 40 ans assurément, romantique assumé, avec une personnalité assez riche pour être hockeyeur de profession et de publier son 3ème ou 4ème roman chez Gallimard ce qui est plutôt gage de qualité quelque fût la méfiance qu’on puisse avoir à l’égard des étiquettes. 

Ce roman contemporain est une histoire d’amour passionnelle qui, comme toutes les histoires d’amour passionnelles, est terriblement destructrice. C’est aussi une histoire d’adultère avec son lot invraisemblable de mensonges qui la rendent bien fragiles. Mais c’est aussi un roman qui flirte langoureusement et en permanence avec la poésie qui en rythme les épisodes et, en particulier, avec l’histoire de Rimbaud et Verlaine et le fameux coup de pistolet du 10 juillet 1873. Un pistolet mis aux enchères et vendu pour 450.00 euros...