Lu " Écoutez
nos défaites " de Laurent Gaudé , paru chez Actes Sud . Laurent Gaudé, qui
avait obtenu le Goncourt en 2004 pour " Le Soleil des Scorta " , nous
offre encore un bel objet de littérature autour de l'allégorie des victoires et
des défaites. Des défaites qui parfois sont des victoires quand elles sont
" fort l'honneur " et qu'elles vous enrichissent parce que vous en
tirez les leçons, des victoires qui souvent sont des défaites quand elles sont
indignes et l'expression d'une vanité exécrable. Son point de départ est une
aventure fugace entre une femme, archéologue irakienne et un agent secret des
services français. Une simple nuit d'amour, mais manifestement riche, profonde,
marquante. Ils ne vont plus se revoir mais leurs vies vont tourner, peu ou
prou, autour du même fléau , celui de la guerre mortifère que mènent les
talibans, Daech ou autres forces obscurantistes : elle , en Irak où elles veut
protéger et sauver tant de vestiges , dont, bien sûr, le site de Palmyre, lui
dans une mission qui le mène du Liban à la Lybie en passant par l'Ethiopie. Le
récit est émaillé, de façon assez
originale, par les histoires de trois "guerriers" fameux : Hannibal
marchant sur Rome avant d'essayer de sauver Carthage, le général Grant écrasant
les sudistes dans une guerre civile épouvantable, Hailé Selassié l'empereur
éthiopien , résistant face au fascisme
italien avant de devenir un dictateur victime d'un coup d'état. Eux aussi
" écoutaient" leurs défaites. Ce livre est grave mais il n'est pas
noir car il honore l'émotion et la beauté face à la folie des hommes . Écoutez
ce que dit Mariam , l'archéologue :
"...il n'y a pas de défaite possible. Cela voudrait dire accepter de
n'être plus ce que nous sommes, cela voudrait dire désapprendre à vivre. Nous
avons lu trop de poésie, nous avons admiré trop de mosaïques depuis trop
longtemps, il ne peut y avoir de renoncement. " A lire, vraiment.
mercredi 21 septembre 2016
lundi 19 septembre 2016
Lu " la succession" de Jean-Paul DUBOIS aux éditions de l'Olivier.
Jean-Paul Dubois fut longtemps journaliste au Nouvel
Observateur et nous propose un livre d'ambiance, triste, qui se passe entre
Toulouse, le Pays Basque et Miami dans les années 80 : le fils d'un médecin
généraliste toulousain, médecin lui-même, va essayer d'éviter
la succession du
cabinet de son père pour aller vivre sa passion de la pelote basque comme
professionnel sur les frontons de Floride. Il va vivre, comme cela, entre sa pala,
son chien, son bateau et un amour trop fugace à Miami, et Toulouse, le cabinet
médical de son père qu'il va reprendre, et sa vieille voiture, une Triumph
TR4... Il prend la succession de son père mais pas seulement dans le cabinet,
dans sa tête et ses angoisses face aux malades en fin de vie. Et ses pensées
restent ancrées à Miami. Il n'est vraiment pas heureux et ce mal-être va
l'accompagner jusqu'au bout. Un bouquin pas vraiment gai construit autour d'un
personnage ni vraiment sympathique ni vraiment séduisant, intéressant par sa
faiblesse et sa procrastination, mais qui se lit plutôt facilement. lundi 12 septembre 2016
Lu " l'insouciance" de Karine Tuil, paru chez Gallimard.
Un roman
d'actualité, d'une très grande actualité, qui se lit presque comme une
chronique d'une histoire humaine dans le monde d'aujourd'hui.
L'histoire de
trois hommes, trois français, qui sont très éloignés au début du livre et se rapprocheront
peu à peu : un chef d'entreprise très riche et plus proche de la jouissance des
plaisirs de la vie que de ses enfants, un soldat de retour d'Afghanistan, ayant
vécu la douloureuse embuscade d'Uzbin où il a vu mourir plusieurs de " ses"
hommes, et un jeune black qui, après avoir vécu de l'intérieur les émeutes de
Clichy-sous-Bois en 2005, a été récompensé de son engagement modérateur par un
poste au cabinet du Président de la République. Tous les trois vont connaitre
le trou noir de la dépression : le premier après la publication d'une photo qui
provoque une violente campagne le faisant passer pour raciste, le second par le
traumatisme psychologique de la violence et de la mort connues de près, le
troisième par la disgrâce subie après avoir osé résister à un conseiller du
prince venu de l'extrême- droite qui
l'avait renvoyé vulgairement à ses origines. Tout se mélange dans ces dérives,
le racisme ordinaire ou pas, l'antisemitisme
assumé ou pas, l'ambition sociale et
les jeux d'influence, les médiocrités politiques des cercles du pouvoir
, les passions amoureuses et les couples qui se délitent , les jeux capitalistiques des grandes entreprises
contrariés par les campagnes de presse, les petites vengeances et les grandes
trahisons. Seule l'insouciance est absente.
Et tout va se
dénouer dans un théâtre tragique, Bagdad en Irak, où le troisième invite le premier à participer à un séminaire de
chefs d'entreprises dont le second assure la sécurité. Le terrorisme et la mort
seront au rendez-vous libérant juste, dérisoire conséquence, les chances d'une
passion amoureuse jusque-là impossible entre le second et la femme du premier.
Karine Tuil, qui
avait beaucoup séduit avec son premier roman, « l'invention de nos
vies", confirme ici spectaculairement son talent.
Une candidate sérieuse
pour le Goncourt ?
L'entretien qu'accorde cette semaine Najat Vallaud-Belkacem à l'Obs, mérite d'être lu.
D'être lu, analysé, et commenté avec exigence
pour que vive utilement le débat démocratique. Car Najat n'est pas n'importe qui,
non pas pour ses origines qui me laissent indifférent comme on doit être
indifférent à la différence, car je
refuse ces sempiternelles " assignations identitaires" bien peu républicaines,
mais parce qu'elle est Ministre de l'Education Nationale, en charge de l'enjeu
majeur de la société française, du sujet qui conditionne l'avenir de notre pays.
Et si le Président et le Premier Ministre
l'ont nommée à ce poste essentiel, on imagine que c'est parce qu'ils ont
confiance dans ses convictions, ses
valeurs et ses idées. La lire quand elle les exprime est rare et, donc,
précieux, surtout en ces périodes de trouble et de peurs, d'angoisses
collectives dues à la guerre que nous mène l'islam radical.
Je passe sur son début un peu déroutant :
" le burkini n'est pas une atteinte à la République; c'est une atteinte à
la liberté des femmes " comme si une atteinte à la liberté des femmes - et
donc à l'égalité femmes-hommes !- n'était pas une atteinte à notre République dont le triptyque est ce qu'il est...
Non je veux m'attarder surtout sur ce que la
Ministre dit du Premier Ministre :
" Pour Manuel Valls, l'essor de l'islam radical est le combat central. Pour
moi la société française est d'abord minée par le repli identitaire, le
ressentiment à l'égard des musulmans."
Je passe - encore !- sur le petit jeu qui
pousse un certain nombre de Ministres à se démarquer du Premier Ministre, que
je trouve moyennement loyal (d’autant plus moyen que cette présentation des choses résonne
comme un procès d'intention où l'on sous-entend que le Premier Ministre ne
serait pas concerné par le repli identitaire et le ressentiment à l'égard des
musulmans...) pour m'en tenir au fond . Et le fond m'oblige à dire que je ne
vois pas bien l'intérêt d'opposer ces deux
fléaux , ces deux menaces , alors même qu'ils forment bien , ensemble,
une tenaille maléfique qui étreint la République : celle-ci est à la fois
menacée par la guerre que lui mène l'islamisme radical, ET par le repli
identitaire sous l'influence d'une extrême-droite prête à tout pour une
misérable exploitation politicienne fondée sur les peurs. Et la République doit bien combattre les deux. Ou, pour être
plus précis, doit combattre l'une sans tomber dans l'autre qui serait la
négation d'elle-même. Car il ne faut pas perdre de vue que les français tués
par la barbarie terroriste sont bien les victimes de la première menace et pas
-pas encore ?- de la seconde.
Puis la Ministre ajoute : " Je suis
convaincue que donner la priorité à ce second combat est le meilleur moyen de
faire durablement reculer l'islam radical qui enfante des monstres, le
djihadisme, le terrorisme. " Là, je commence à dire mon désaccord :
imaginer que le terrorisme ne serait que le fruit du repli sur soi, qu'il n'a
pas une spécificité qui implique une lutte spécifique, déterminée et méthodique, me paraît être
l'expression d'un angélisme trop répandu à Gauche. Il suffit pourtant
d'observer de près les parcours personnels des terroristes pour s'en convaincre.
Et puis je veux être franc : je considère que l'explication sociale ou
sociologique du radicalisme - qui serait le " fruit naturel" - des
conditions de vie dans nos cités, de la relégation dans des ghettos, est une
insulte insupportable aux millions de musulmans qui y vivent dans le respect scrupuleux
des lois de la République.
Enfin, la Ministre dit " Il y a une
responsabilité des musulmans à combattre ce cancer obscurantiste, mais cela n'a
rien à voir avec l'injonction qui leur est faite de se désolidariser des
terroristes, qui est scandaleuse, car elle présuppose une complaisance
généralisée alors que c'est l'inverse".
Il n'y a pas d'injonction, chère Najat, il y a deux évidences : pour
dire " ça n'est pas ça l'islam ", la République est incompétente et
seules les autorités musulmanes le peuvent ; et s'il y a urgence à couper ce
lien entre l'islam et le djihadisme, ça n'est pas parce qu'il a été inventé par
la République mais bien parce qu'il est revendiqué par les djihadistes.
Mais ce debat est essentiel et doit se
poursuivre.
Retour de mission parlementaire au Maroc et en Mauritanie,
Retour de mission parlementaire au Maroc et
en Mauritanie, deux pays amis de la France, membres d'un " Maghreb"
qui demeure, hélas, une virtualité plus qu'une réalité. Je reviendrai plus tard
sur cette mission qui nous conduira bientôt en Tunisie et en Algérie et nous
permettra de faire un point aussi exhaustif que possible sur cette rive sud de
la Méditerranée.
Je retiendrai pour l'instant un événement
majeur survenu le 20 août au Maroc et que nos médias français ont pour le moins
oublié, si ce n'est un édito très bien senti de Bernard Henry Lévy dans "
Le point" de la semaine dernière : ce jour-là, le roi Mohamed VI, dans un
grand discours du style " État de l'union", a évoqué avec clarté et
courage le difficile et douloureux problème de l'islamisme radical. Il l'a fait
comme chef de l'Etat mais aussi et peut-être surtout comme " chef des
croyants" de son pays. Et il n'y est pas allé de main morte, dénonçant
avec une fermeté spectaculaire ces " mécréants" qui usurpent leur
appartenance à l'Islam, leur déniant tout droit à s'exprimer et agir au nom de
celui-ci et leur promettant l'enfer comme issue collective fatale. On voit bien
ce que ce discours a de fondamental puisqu'il vient d'une personnalité du monde
musulman (et pas n'importe laquelle !)
au moment où, en France et face au terrorisme djihadiste, nous sommes
tant à nous plaindre que des grandes voix musulmanes ne s'élèvent pas, ou pas
assez, ou pas assez fort, pour en faire de même. C'est d'ailleurs pourquoi le
silence des médias sur ce discours du roi achemite a quelque chose de
déroutant.
Cette question est une question centrale et
j'en profite pour répondre à ceux qui, à Gauche notamment, nous font reproche
de mettre en cause l'unité de la Republique - rien que cela ! - en interpellant
de la sorte les musulmans de France. Mais le lien entre le terrorisme et
l'islam, ça n'est pas moi, ça n'est pas nous qui le faisons ! Ce sont les
terroristes eux-mêmes, qui disent agir au nom de l'Islam !! Et pour faire vivre
l'idée, que je crois juste, qu'il faut bien distinguer l'immense majorité des
musulmans de France, républicains et respectueux des lois de la République,
d'une infime minorité de fanatiques violents et barbares a bien des égards, il
faut bien couper ce lien ! Et qui d'autre que les musulmans est susceptible de
le faire ? J'avoue qu'autant je me sens, comme républicain, capable de dire
" ça n'est pas ça la laïcité " (ce qui n'est déjà pas toujours facile
tant les usurpations du terme ou le confusionnisme le concernant foisonnent
...), autant je ne me sens pas capable de dire " ça n'est pas ça l'islam
". Et ça n'est pas seulement une question de capacité ou de légitimité,
c'est aussi une question de légalité : la loi de 1905 n'a pas seulement pour
conséquence de priver les religions de toute ingérence politique, elle oblige
aussi les politiques à ne pas s'ingérer dans les affaires religieuses. J'ajoute que ladite loi de 1905 instaure un
équilibre que l'on ferait bien de mieux mesurer : elle garantit le libre
exercice des cultes dans la limite des considérations d'ordre public. Or, ce
n'est plus seulement l'ordre public qui est menacé en France, c'est la paix
civile mise en cause par la guerre que nous livrent les terroristes de l'islam
radical. Et il sera de plus en plus difficile pour la République de garantir le
libre-exercice de l'islam si ce fameux lien n'est pas coupé, c'est une évidence
.voila pourquoi le discours de Mohamed VI
méritait plus d'écho.
Paradoxe de l'histoire : à Rabat, nous
rencontrons le Premier Ministre Abdelilah Benkirane, chef du Parti de la
justice et du développement, que l'on qualifie " d'islamiste modéré
", et qui dirige la coalition gouvernementale depuis 2011 et sa victoire
aux élections avec 27% des élus (jusqu’aux prochaines élections au début du
mois d'octobre prochain.) Forcément, je l'interroge sur le discours du roi et
lui demande si son engagement islamiste n'a pas été malmené par sa loyauté
absolue au roi. Ou si c'est l'inverse. Il se lance alors dans un long
développement dans lequel il commence par approuver le roi puis insiste sur la
nécessaire dissociation entre l'engagement religieux, affaire personnelle
(" je ne suis pas un pratiquant
exemplaire" nous dit-il ...) et le service du pays qui ne peut être guidé
que par l'intérêt général. Comme l'homme est un séducteur manifeste, on aurait
presque tendance à le croire, jusqu' à ce qu'il nous reproche le vote, en
France, de la loi de 2004 sur l'interdiction des signes religieux à l'école....
lundi 5 septembre 2016
"La Mémoire des embruns" de Karen Viggers
Tiens,
voilà encore un très beau livre. Et, en plus, pas cher puisque vous le trouverez dans la collection " le
livre de poche». (Quelle chance nous avons de vivre dans un pays où l'on
peut
acheter de si beaux livres pour 8 euros à peine...). Il s'agit de "La
Mémoire des embruns" de Karen Viggers, traduit de l'anglais (de
l'australien en fait) par Isabelle Chapman. Karen Viggers est une vétérinaire
australienne, spécialiste de la faune sauvage, qui partage sa vie entre son
activité professionnelle et l’écriture.
Elle
raconte ici les dernières semaines de la vie d'une vieille femme qui a choisi
de finir ses jours dans l'île de Bruny où son mari, dont elle est veuve depuis
plusieurs années, a exercé longtemps le métier de gardien de phare. L'île de Bruny
est une petite ile au sud de l'île de Tasmanie, capitale Hobart, elle-même à la
pointe sud-est de l'Australie. L'endroit est sauvage de chez sauvage, exposé
aux vents violents et à la mer déchaînée- on est dans les quarantièmes
rugissants-, habité par les grands albatros et les aigles de Tasmanie. Mary,
l'héroïne, malade cardiaque et souffrante, veut y retrouver, avant de mourir,
un certain nombre de lieux-souvenirs. Et cette rencontre, on pourrait dire
cette osmose, entre ce pèlerinage de fin de vie et ces lieux sauvages donne une
ambiance captivante.
C'est,
vraiment, pardon d'y insister, un très beau livre.
J'ai
coutume de dire que j'habite depuis longtemps dans la plaine de l'Adour,
"au milieu d'un océan de maïs". De maïs irrigué pour être
précis.
Mais j'ai dû déménager car cet océan n'est plus exactement le même :
aux côtés du maïs, le tournesol avait fait son apparition depuis quelques
années et continue à se développer, et désormais le soja en fait de même. Je ne
m'en plains pas : ça donne de la variété aux paysages et ça épargne nos nappes
phréatiques car ces oleoproteagineux sont beaucoup moins consommateurs d'eau
que le maïs.
Mais, au fait, à quoi est dûe cette évolution ? A l'Europe
figurez-vous, et à la réforme de la PAC qui a introduit cette règle dite "
des trois cultures" . L'Europe fait aussi de bonnes choses ! Alors ,
pourquoi ne pas le dire ?
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